VIEILLESSES
Nous allons, par des jours pareils aux soirs. De la neige blême à la glace bleue...
(Fragments de vie.) (J.-A. Nau.)
Nous sommes vieux, nous sommes vieux, Notre caresse est consommée :
Nous avons, les yeux dans les yeux.
Vécu mille ans, ma bien-aimée...
Mille ans comme en un conte Dans Psuris qui plus fou
Que nous N'a vécu que treize secondes En autobus, ou bien vingt -six
Eln taxi !
Quelles morts, quelles renaissances !
Nous avons failli, quinze joujrs, Mourir aux refrains de tambours De gosses qui maintenant dansent...
Nous avons écouté
Tout un été Des concierges calomnieuses Sans pour cela Que se troublât Le ciel de ton regard et ma gaieté pieuse
Nous avons écouté, ma mie.
Tout un automne ensorceleur Ce Paris qu'on dit oiseleur Et qui crève les yeux des oiseaux qu'il épie.
Nous sommes vieux, nous sommes vieux, L'azur n'est plus de mode aux yeux !
d'amour 1 53
Nous avons — oh ! les misérables Saisons dont notre ccEur saigna ! — Pour manger du charbon, à table. Assassiné notre bougnat !
Nous sommes vieux, tellement vieux Nous avons de la joie aux yeux !
Un hiver de hâte et de pluie.
Sans songer à mal, nous avons Pris le métro par où s'en vont Tant de bau-bares qui s'ennuient.
L'Electricité Reine des gaietés Provisoires Pâlissait le front d'un barbon; Et pour mieux s'asseoir.
Détendant ses gros genoux ronds,
Le barbon Tirait sur son pantalon...
Nous sommes vieux, nous sommes vieux.
L'azur n'est plus de mode aux yeux.
Nous avons vu Dauphine Ostôis des amants En l'éblouissement Des boîtes de sardine...
Et tout le long de l'avenue,
Fresques nues, Des femmes — attendant quoi ?
Le geste d'un vieux narquois...
A côté d'elles
Leur ombrelle Gonflée ainsi qu'un carquois
Nous sommes vieux, nous sommes vieux.
Notre caresse est consommée Nous avons, les yeux dans les yeux, Vécu mille ans, ma bien-aimée.
RÉFLÉCfflSSANT
Et l'on dit que là-haut sont mortes les étoiles Pour ne plus resseinbler à des pièces d'argent... (Saint-Pol-Roux le Magnifique:
Anciennetés...)
PREPARATIFS THEATRAUX
Pendeoit qu'entre deux amourettes Le snobisme ose consentir A prendre l'air vierge et martyr Des dilettanti d'opérette.
Le Décor-Frise, idolâtré, Renaît sous la main qui le gratte.
Pour que l'envol du talent rate.
Superbe, en un ciel replâtré...
Des fards blêmissent les peaux blanches; — Etait-il nécessaire aux planches L'art de « rimer » et de « ravir » ?...
Et faut-il qu'un dramaturge aime Ajouter à des pots de crème La « manière de s'en servir » !