Cf. Boo-TCopoç, « le Bosphore
einwirken, si souvent employé de la façon la plus abstraite, répond au latin intexere. Et pareillement le latin exprimerez qui revient si souvent dans ce livre, est un emprunt fait aux beaux-arts, puisqu'il marque l'idée d'une empreinte : à lui seul, il pourrait nous apprendre, si nous ne le savions déjà, que les anciens connaissaient le travail au repoussé. Beaucoup d'usages abolis se perpétuent dans une locution devenue banale : en disant d'un personnage qu'il est revêtu d'un titre ou d'une dignité, personne ne songe aujourd'hui à l'investiture \
11 y a une satisfaction que le langage réserve à l'observateur, satisfaction d'autant plus vive qu'elle aura été moins cherchée : c'est de sentir, en parlant, quelque métaphore dont la valeur n'avait pas été comprise jusque-là, s'ouvrir et s'illuminer subitement. Nous constatons alors un secret accord entre notre propre pensée et le vieil héritage de la parole..
Aucun chapitre ne montre aussi bien le pouvoir que, même aujourd'hui, avec nos langues depuis
1. Combien d'expressions ne devons-nous pas au théâtre! Jouer un rôle dans une affaire, faire une scène à quelqu'un, une personne qui se tient dans la coulisse, un drame qui s'est passé hier, un changement à vue, un personnage muet, etc. Ce nom môme de personne — persona, — que Cicëron employait déjà comme nous, est un mot de théâtre, puisqu'il signifie « masque ».
longtemps fixées, l'action individuelle continue d'exercer. Telle image éclose dans quelque tête bien faite devient, en se répandant, propriété commune. Elle cesse alors d'être une image et devient appellation courante. Entre les tropes du langage et les métaphores des poètes il y a la même différence qu'entre un produit d'usage commun et une conquête récente de la science. L'écrivain évite les figures devenues banales : il aime mieux en créer de nouvelles. Ainsi se transforme le langage. C'est ce qu'ont parfois oublié nos étymologistes, toujours prêts à supposer une prétendue racine verbale, comme si l'imagination avait jamais été à court pour transporter un mot tout fait d'un ordre d'idées dans un autre.
Une espèce particulière de métaphore, extrêmement fréquente dans toutes les langues, vient de la communication entre les organes de nos sens, qui nous permet de transporter à l'ouïe des sensations éprouvées par la vue, ou au goût les idées que nous devons au toucher. Nous parlons d'une voix chaude, d'an chant large, d'un reproche amer, d'un ennui noir, avec la certitude d'être compris de tout le monde. La critique moderne, qui use et abuse de ce genre de transposition, ne fait que développer ce qui se trouve
en germe dans le langage le plus simple. Un son grave, une note aiguë ont commencé par être des
images.
Le peuple transporte à des objets inanimés des adjectifs dont il emprunte l'idée à l'homme : il dira une lanterne sourde, une maison louche, aveugler une voie d'eau, de même que les Grecs disaient déjà y.ix>ybv fièloq (surdum jaculum) pour un trait qui ne porte pas, et luiXxt.va cpwvv] (vox atra) pour une voix enrouée. Les Indous appellent andha-kûpa, « puits aveugle », un puits dont l'ouverture est cachée par des plantes. Quelquefois on ne sait plus au juste de quel organe ces expressions sont parties : pour l'adjectif clan/s, par exemple, on a pu longtemps se demander s'il vient de la vue ou de l'ouïe. Sans les mots acies, acus, acutus, acer, nous ne saurions pas que le français aigre n'a pas toujours appartenu au sens du goût.
La langue homérique ne manquait pas de mots pour l'idée de « méditer, préparer ». Mais cela n'a pas empêché le poète de créer le verbe ^uTcroSopuw, qui signifie littéralement « intus sedificare ».
"EaôV àyope'JovTeç, xaxà Ss çpe<7t pucraooôjxeyov.
« Tenant de beaux discours, ils bâtissaient le mal au fond de leur cœur. »
Et ailleurs :
'A>V àxswv xîvT)<re xapï}, xaxà |3uo-<7o8ofj!.E'ja>v *,
« Il secoua la tête en silence, bâtissant le mal intérieurement. »
Pour la même idée, Homère a encore le verbe jjiv/avàco, qui du grec a passé au latin 2.
Il est difficile de reconnaître les métaphores les plus anciennes. L'état de choses qui les avait suggérées ayant disparu, l'on reste en présence d'une racine à signification incolore. C'est ce qui nous explique comment les grammairiens indous, en dressant leurs listes, ont pu inscrire tant de racines signifiant « penser, savoir, sentir ». S'il nous était possible de remonter plus haut dans le passé de l'humanité, nous trouverions sans doute, tout comme dans les langues que nous connaissons mieux, la métaphore partout présente.
Avant de quitter ce sujet, qui est infini, nous voulons encore mentionner un point.
1. Or/., XVII, 6G, 465. — On remarquera que c'est exactement la même expression que le latin ïndustrhis (de indu et struere). Il est resté quelque chose de l'ancien sens péjoratif dans la locution : de industriel.