‹ Essai de SémantiqueChapitre 54 sur 73 · tyyâvetv, ^aûeiv, tv>yx°<vE'v · texte numérisé non relu

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2. C'est ce qu'ont méconnu d'excellents grammairiens, qui ont préféré supposer une ellipse. Ainsi Kiïhner (§ 415) explique È7u6u(xo5 tt,ç ffoçta; par £7ct6ufx.tt) È7u6v{Ai'av xf,ç aoçt'a;.

comme « entendre, voir, connaître, savoir, se souvenir » complètent cette série. 11 y a, en effet, une différence entre la prise de possession effective et directe, qu'exprime l'accusatif, et l'atteinte plus ou moins superficielle qu'exprime le génitif, et qui convient pour ces verbes à signification intellectuelle. Le latin a gardé un seul exemplaire des verbes de cette sorte, memini, qui prend le génitif, comme pour attester que cette construction n'a pas toujours été étrangère aux langues de l'Italie. Mais déjà memini lui-même se rencontre avec un complément à l'accusatif : Suam quisque homo rem meminit, dit Plaute. Et Virgile : Numéros memini, si verba tenerem.

Le latin, tout en nivelant sa syntaxe, a cependant gardé le souvenir d'un état plus ancien et plus semblable au grec. Les verbes signifiant « désirer, aimer » ont fini par prendre la route commune, c'està-dire qu'ils se sont fait suivre de l'accusatif : mais les adjectifs ou participes dérivés de ces verbes restent fidèles à l'ancienne construction. On continua de dire avec le génitif : cupidas famœ, amans laitdis, quoique cupere, amare eussent depuis longtemps cessé d'être employés de cette façon.

La construction avec le génitif s'est conservée pareillement en sanscrit. Elle se maintient même, pour quelques-uns d'entre eux, en allemand moderne : Tss des Brodes. Geniesse dieser Freude. Wirpflegen der Ruhe.

L'ancien appareil grammatical n'est donc pas supprimé : mais il est dépouillé de sa valeur originaire au profit d'un ordre nouveau. La phrase, en cette nouvelle période du langage, se compose de mots qui sont les uns régissants, les autres régis. La syntaxe confisque à son profit la signification individuelle des flexions. C'est ce qu'on pourrait appeler, en faisant un emprunt à la mythologie germanique, « le crépuscule des désinences ».

Faut-il, dans cette adaptation à de nouveaux usages, voir une décadence ou un progrès? La question peut sembler oiseuse, puisque chaque époque se fait le langage dont elle a besoin. Mais s'il fallait répondre, je dirais qu'on y doit voir un progrès. S'il est dans la nature de tous les arts de se transformer, comment le plus nécessaire des arts, celui qui est fait pour accompagner la pensée à chacun de ses pas, n'aurait-il pas transformé la matière à lui léguée par l'enfance de l'humanité? Le progrès paraît à tous les yeux. Les mots qui étaient, pour ainsi dire, enfermés en eux-mêmes, contractent peu à peu des liens avec les autres mots de la phrase. Celle-ci, quoique composée de petites pièces immobiles et rapportées, nous apparaît tantôt comme une œuvre d'art ayant son centre, ses parties latérales et ses dépendances, tantôt comme une armée en marche dont toutes les subdivisions se relient et se soutiennent.

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