‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 35 sur 76 · Voir ci-dessous, p. iOd · texte numérisé non relu

Voir ci-dessous, p. iOd

sens a fini par èlre faussé, car il est contraire à l'élymologie de donner le nom d' « obéissant )i h celui qui fait les commandes.

Dans nos sociétés modernes, le sens des mots se modifie plus vite qu'il n'avait coutume dans l'antiquité et même chez les générations qui nous ont immédiatement précédés. U y faut voir l'effet de la guerre des partis, du mélange des classes, de la lutte des intérêts et des opinions, de la diversité des aspirations et des goûts. Qu'on veuille seulement songer à quelle nuance de dédain arrive chez nous ^ le terme autrefois respecté de bourgeois : ù tel point que la littérature de nos voisins de l'est, pour donner la môme note de dépréciation, emprunte le mot français, en laissant à Bûrger sa valeur primitive. Une autre cause d'accélération vient de la production industrielle : les penseurs et les philosophes ont le privilège de créer des mots nouveaux qui frappent par leur ampleur, par l'aspect savant de leur contexture. Ces mêmes mots passent ensuite dans le vocabulaire de la critique, et trouvent de cette façon leur entrée chez les artistes : mais une fois re(.^us dans l'atelier du peintre ou du sculpteur, ils ne tardent pas à en sortir, pour se répandre dans le monde de l'industrie et du commerce, qui en fait

usage sans mesure ni scrupule. C'est ainsi qu'en un temps relativement court le vocabulaire de la métaphysique va alimenter le langage de la réclame. La langue, comme on le voit, subit en bien des manières les fluctuations du dehors. Mais outre ces causes extrinsèques, il y a des changements qui s'expliquent par la nature même du langage : nous allons essayer de les faire connaître.

Page 1