‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 72 sur 76 · Vaiigclns, Rei/iarqac · texte numérisé non relu

Vaiigclns, Rei/iarqac

Qli'APPELLE-T-ON PURETÉ DE LA LANGUE?

comme (l'un ornemenl de langage, qui se trouve en toutes les plus belles langues, mortes et vivantes. »

Le besoin d'ordre et de règle ne se borne pas luix mots : il s'étend aux locutions et au\ phrases. « Il est indubitable que chaque langue a ses phrases, et que l'essence, la richesse et la beauté de toutes les langues consistent principalement à se servir de ces phrases-là. Ce n'est pas qu'on n'en puisse faire quelquefois, au lieu qu'il n'est jamais permis de faire des mots; mais il faut bien des précautions... >i : sinon, au lieu d'enrichir la langue, ou la corrompt.

Ces savants du xvii' siècle sont donc convaincus qu'en toute rencontre il y a une bonne forme, et qu'il n'y en a qu'une. Aussi proscrivent-ils sans hésitation « la mauvaise forme », qui n'est souvent que la forme moins usitée ou plus ancienne.

L'idée de l'utilité l'emporte chez eux sur toute autre considération : comme les hommes ont reçu le langage pour se faire comprendre, admettre deux formes entre lesquelles serait laissée l'oplion, serait ouvrir la porte aux malentendus et aux disputes. 11 ne s'agit donc pas pour le grammairien de se dérober et '< de gauchir aux dilTicullés >i. 11 les faut regarder en face et établir des règles certaines..,. IS'ous pouvons sourire de ce ton d'autorité, mais il est heureux pour la durée de la langue frautitise qu'il y ait eu des esprits de cette trempe.

Mais ce n'est point au nom de leur propre autorité que ces savants prononcent leurs jugements. C'est au nom du bon usage : et si on leur demande où Ton trouve ce bon usage, ils répondent sans hésiter que c'est à la Côlir. La langue de la province ne peut que gî\lcr par son mauvais air la pureté du vrai langage français. Fénelon, sur ce point, est du même sentiment que Vaugelas : « Les personnes les plus polies ont de la peine à se corriger de certaines façons de parler qu'elles ont prises pendant

leur enfance en Gascogne, en Normandie, ou h Paris môme, par le commerce des domestiques... », ■ La Cour môme n'est pas toujours exempte de lijlâme : « Elle se ressent un peu, continue Fénelon, du langage de Paris, où les enfants de la plus haute condition sont d'ordinaire élevés ».

J'ai cité ces opinions à dessein pour montrer combien elles sont loin des théories aujourd'hui accréditées.

Pour la linguistique moderne, toutes les formes, du moment qu'elles sont employées, ont droit à l'existence. Plus même elles sont altérées, plus elles sont intéressantes.... La véritable vie du langage se concentre dans les dialectes : la langue littéraire, arrêtée artificiellement dans son développement, n'a pas à beaucoup près la môme valeur.... On devrait se garder de faire de la langue maternelle un objet d'enseignement : on ne fait que troubler par la

chez les enfants le libre épanouissement de leur faculté du langage*.... De même que Thistorien Savigny a montré que l'idée de droit et de morale n'était pas applicable au développement historique d'un peuple, de même l'idée de bien et de mal n'est pas applicable au développement d'une langue....

11 ne semble pas que ces doctrines aient le don de convaincre M. Norcen. Puisque le langage est notre grand moyen de communication, il faudra bien s'entendre sur la façon de s'en servir. Qui sera juge en celte matière? Ici nous demandons la permission de citer textuellement l'écrivain suédois : <( Ce ne sera pas, dit-il, l'historien de la langue, qui '/.*■ '^y n'a la parole que pour le passé; ce ne sera pas w^- \ ]: plus le linguiste, qui a la charge de décrire les ' '

du langage, mais non de les dicter; ce ne sera pfts*\Vl>\.' le statisticien, qui ne fait qu'enregistrer l'usage. A qui donc attribuer l'autorité? Elle appartient à l'inventeur, à celui qui crée les formes dont se sert ensuite le commun des hommes, à l'écrivain, au philosophe, au poète.... Nous sommes la foule, qui habillons notre pensée du vêtement créé par eux; nous usons de ce vêtement et nous l'usons. Par nous-mêmes, nous ne pouvons contribuer que peu de chose au développement du langage; encore est-ce seulement sous la direction de ces maîtres. II

1. Jacob Grimm, Préface de la première édition de sa Deutsche Grant' matik.

L LANGDBT

faut nous résigner ù n'être que des écoliers, et ce n'est pas aux écoliers à commander. "

Si CCS paroles venaient de moins loin, on eo serait sans doute moins i'rappé. Nous avon?; mainte fois entendu, en prose et en vers, à la Sorbonae, sous la Coupole et ailleurs, quelque chose de semblable. Mais il est intéressaat de trouver à Stockholm, chez un liomme qui possède une science dont nos Vaugelas et nos Bouliours n'avaient pas les premiers éléments, la confirmation des principes que ces anciens suivaient d'instinct en leurs remarques et critiques. L'idée d'un type de correction et de pureté, fourni par la société polie et par l'élite des écrivains, après avoir été presque un lieu commun durant deux siècles, avait été proclamée insullisante ou vaine au nom d'une science qui déclarait s'iuspirer d'un principe supérieur : cette même idée nous revient aujourd'hui du nord, exposée non sans conviction ni sans force, par un des maîtres de la philologie Scandinave....

Sous ce tilre : La vie des mots étudiés dans leurs significations, un professeur de la Sorbonne, romaniste distingué, M. A. Darmesteter, vient d'écrire un agréable petit livre, bien fait pour ajouter à la popularité des études de linguistique. Nous y voyons successivement comment naissent les mots, comment ils vivent entre eux, comment ils meurent. Il s'agit du sens des mots, non des transformations de la forme, lesquelles appartiennent à un autre chapitre de la science. De toutes les parties de la linguistique, c'est certainement la plus propre à intéresser le grand public. Ici, tout appareil de haute érudition serait déplacé. Les faits qu'il s'agit d'observer n'ont rien de bien mystérieux. Ordinairement les change-

1. Nous reproduisons ici par extraits ce que nous avons écrit sur It Vie des mots d'Arsène Darmesteter. On trouvera dans cet article, qui est de 1887, l'idée première de notre Sémantique. Pour cette raison, comme pour quelques-uns des exemples cités, nous avons pensé que celle reproduction partielle ne serait pas sans intérêt (voir ci-dessus, p. 3).

mcnls survenus dans le seog des mots sont l'ouvragor] du peuple, et comme partout où l'intclligetice popu->: lairc est ea jeu, il faut s'attendre, non à une grandel profondeur de réllcxion, mais à des ïntuitious, à des associations d'idées, — quelquefois imprévues et bizarres, — mais toujours aisées à suivre. C'est donc h. un spectacle curieux et attacliaut que noua j convie cette histoire.

Cependant, sous l'aspect varié et changeant qu'elle I présente, un esprit qui ne se contente pas des apparences peut désirer pénétrer jusqu'à la cause première, qui n'est autre que l'intelligence humaine :car de dire que les mots naissent, vivent entre eux J et meurent, cela est, n'esl-il point vrai? pure mêla- I phore. Parler de la vie du langage, appeler les langues des organismes vivants, c'est user de figures I qui peuvent servir îi nous faire mieux comprendre, mais qui, si nous les prenions k la lettre, nous traos- 1 porteraient en plein rêve. M. Darmesteter ne s'est j peut-être pas toujours assez délié de celle sorte de j mise en scène. Comme il est plus aisé aux liommes j d'observer les objels extérieurs que de lire en euxmêmes, nous raisonnons sur les produits de l'intelligence plus volontiers que sur la faculté dont ils-J émanent. Mais tout en nous laissant aller, pour la ] facilité du discours, h. cette pente naturelle, il est \ bon de corriger de temps à autre l'illusion. Ne crai- I gnons pas de regarder quelquefois l'inférieur de j

rinstrument auquel nous devons ces projections : hors de noire esprit, le langage n'a ni vie ni réalité. Presque en même temps que le livre dont nous parlons, paraissait en Allemagne la seconde édition d'un ouvrage un peu ardu, un peu touffu, qui discute entre autres questions celle qu'a traitée M. Darmesteter. Nous voulons parler des Principes de linguistique à^yi.. Hermann Paul. L'auteur est professeur de langue et de littérature allemande à l'université de Fribourg. Au fond, ces deux ouvrages se complètent l'un l'autre : ce sont des livres de Sémantique.

Par une coïncidence remarquable, les deux auteurs se sont d'abord rencontrés sur un point : c'est que chacun, quoique ayant sans doute à son service un assez grand nombre d'idiomes, a préféré prendre spécialement pour champ d'étude sa langue maternelle. C'est là une indication qui n'est pas sans valeur. La recherche dont il s'agit est de celles qui exigent une connaissance intime et directe du sujet : il n'en est pas ici comme de la phonétique ou de la morphologie. Les modifications survenues dans le corps du langage, telles que le retranchemeiit d'une lettre ou d'une syllabe, la soudure d'une nouvelle flexion, le remplacement d'une désinence par

LatSTOlRE DES MOTS, fine iiulrc, frappent les yeux à première vue; miiis , les olisorvaltons dont s'occupe le sêmanttsle se dùroliciil un peu plus au regard. C'est surtout quand it Tiiut uolcr l'impression faite par les mots sur l'esprit que se multiplient les chances d'erreur; elles ' Roiil presque inévitables en maniant une langue étrangère. Un écrivain allemand qui a touché à ces matière» s'en va répétant de livre en livre que le mot français ami est loin d'avoir l'accent de sincérité ni la profondeur de l'allemand Freund. Prévention niilve, mais facile k comprendre! Il y a quelques années, un autre savan [ avait trouvé dans le français merci quelque eho.se de blessant et de bas : il pensait au latin merceilem. Ces sortes d'illusions montrent le danger; elles prouvent que le terrain le plus familii't' est aussi le meilleur pour ce genre de recherche. Quand les lignes générales de la sémantique auront été tracées, on n'aura pas de peine à vérilier sur les autres idiomes les observations prises Bur lu langue maternelle. Les divisions générales une fois établies, on y fera entrer les faits de même ordre recueillis un peu partout.

Pénétrons donc, sans plus tarder, sur le domaine do la sémantique, et voyons quelques-unes des causes qui régissent ce monde de la parole.

l'iIISTOIRE DES MOTS. 309

Nous commencerons par un point qui a une vraie importance pour l'histoire des sens, et dont, jusqu'à ces dernières années, on n'avait pas tenu assez de compte : c'est l'action que les mots d'une langue exercent à distance les uns sur les autres. Un mot est amené à restreindre de plus en plus sa signification, parce qu'il a un collègue qui étend la sienne. Dans les dictionnaires, où chaque terme est étudié pour lui-même, nous n'apercevons pas bien le jeu de cette sorte de compensation et d'équilibre : c'est seulement dans les vocabulaires les plus récents et les plus développés, par exemple dans la continuation du dictionnaire de Grimm, que les auteurs ont commencé de faire une part à cette intéressante série de rapprochements. Ainsi le verbe traire avait dans l'ancienne langue française tous les emplois du latin trahere : on disait traire Vépée^ traire l'aiguille j traire les cheveux. D'où vient qu'un terme si usité ait fini par être réduit à la seule signification qu'il a aujourd'hui, de traire les vaches, traire le laitl C'est qu'un rival d'origine germanique — tirer — a, dans le cours des siècles, envahi et occupé tout son domaine. Notre esprit répugne à garder des richesses inutiles : il écarte peu à peu le superflu. Toutefois, et c'est là une observation sur laquelle M. Darmesteter a raison d'insister, un mot peut péricliter et môme succomber sans que ses composés et ses dérivés soient atteints. Comme témoins de l'ancien

L'fltrrOtRB DES MOTS.

usagp, nous avons encore les composés extraire, soustraire, fUstralre, les subslanUfs trait, attrait, retraite.

Parpillf! (iveiiliire est arrivûf û mt/er, qui a dû rC'der la pince, sauf un pelîl ooin, à un nouveau venu, le verbe changer. Commuer et remuer ont survécu ù la mine de leur primitif. C'est également l'histoire de sevrer, que séparer a dépossédé presque entièrement. Cette sorte de lutte, ou, comme on l'appelle en langage darwinien, de concurrence vitale, est particidièrcmenf frappante quand les deux concurrents sont, comme dans le dernier exemple, des enfanta de nicme souche. Cette parenté d'origine ne change d'ailleurs rien au fond des choses.

Dans nos provinces du centre, vers le xvi* siècle, IV placé entre deux voyelles [irit le son d'un * ou d'un :. Ce changement de prononciation détermina le changement de c/iaire (cathet/ra) en chaise. Commines, nu xv" siècle, disait encore : « Ladite demoiselle était en sa chaire cl le duc de Clèves à côté d'elle 11. La forme moderne ayant prévalu, l'ancien vocable a dû battre en retraite, ne se maintenant que pour désigner le siège du professeur ou du prédicateur.

Tout mot nouveau introduit dans la langue y cause une perturbation analogue i'i celle d'un être nouveau introduit dans le monde physique ou social. Il faut quelque temps pour que les choses s'accom-

modent et se tassent. D'abord l'esprit hésite entre les deux termes : c'est le commencement d'une période de fluctuation. Quand, pour marquer la pluralité, l'on s'habitua, au xv° siècle, à employer la périphrase beau coup^ l'ancien adjectif moult ne disparut point incontinent , mais il commença de vieillir. Puis, après toutes sortes d'incertitudes et de contradictions, l'un des deux rivaux prend décidément l'avantage sur l'autre, distance son adversaire, le réduit à un petit nombre d'emplois, quand il ne l'efface pas absolument. En exposant ces faits, voici que nous tombons, à notre tour, dans le langage figuré que nous reprochions à M. Darmesteter, tant il s'offre naturellement à l'esprit. Mais tout le monde comprend bien qu'il est question de simples actes de notre esprit : quand, pour une raison ou pour une autre, nous avons commencé d'adopter un terme nouveau, nous le gravons peu à peu dans notre mémoire, nous le rendons familier i\ nos organes, nous le faisons passer des régions réfléchies dans les régions spontanées de notre intelligence, de sorte qu'il en est de ce terme nouveau comme d'un geste qui, par la répétition, nous devient propre, et finit ii la longue par faire partie de notre personne.

A vrai dire, l'acquisition d'un mot nouveau, soit qu'il nous vienne de quelque idiome étranger, soit

qu'il ail été formé jiar l'association de deux mois, ou (ju'il sorte tout à coup d'un coin ignoré de notre société, est chose relatnement rare. Ce qui est infiniment plus fréquent, c'est l'application d'un mot (Icjii en usage k une idée nouvelle. Là réside, en réalité, le secret du renouvellement et de l'accroissement de nos langues. 11 faut remarquer, en effet, que l'addition d'une signiiicalîon nouvelle ne porte nullement atteinte à l'ancienne. Klles peuvent exister toutes deux, sans s'inlluencer ni se nuire. Plus une nation est avancée en culture, plus les termes dont elle se sert accumulent d'acceptions diverses. Est-ce pauvreté de lu langue'? est-ce stérilité d'invention? Les observateurs superficiels peuvent seuls le croire. Voici, en réalité, comment les clioses se passent.

A mesure qu'une civilisalion gagne en variété et en richesse, les occupations, les actes, les intérêts dont se compose la vie de la société se partagent entre différents groupes d'hommes ; ni l'état d'espril, ni la direction de l'activité ne sont les mêmes olie/ le prêtre, le soldat, l'Iiomme politique, l'artiste, le marchand, l'agricuUeur. Bien qu'ils aient hérité de la même langue, les mots se colorent chez eux d'une nuance distincle, laquelle s'y fixe et finit par y adhérer. L'habitude, le milieu, toute l'almosphère ambiante déterminent le sens du mot et corrigent ce qu'il avait de trop général. Les mots les plus

larges sont par là même ceux qui ont le plus d'aptitude à se prêter à des usages nombreux. Au mot A' opération^ s'il est prononcé par un chirurgien, nous voyons un patient, une plaie, des instruments pour couper et tailler; supposez un militaire qui parle, nous pensons à des armées en campagne; que ce soit Un financier, nous comprenons qu'il s'agit de capitaux en mouvement ; un maître de calcul , il est question d'additions et de soustractions. Chaque science, chaque art, chaque métier, en composant sa terminologie, marque de son empreinte les mots de la langue commune. Supposez maintenant qu'on recueille à la file, comme font nos dictionnaires, toutes ces acceptions diverses : nous serons surpris du nombre et de la variété des significations. Est-ce indigence de la langue? Non. C'est richesse et activité de la nation.

J'ai sous les yeux un dictionnaire français-allemand où, pour gagner de la place, l'auteur commence par distinguer dans la langue française 234 occupations, sciences ou professions difTérentes, dont il donne la liste et dont chacune est accompagnée d'un numéro d'ordre. Le lecteur est averti qu'il doit toujours se reporter à ce tableau. Quand le mot est suivi d'un 1, il est pris comme terme de théologie, 7 indique l'anatomie, 9 l'arithmétique, 21 l'astronomie, 51 la langue des charpentiers, 188 celle des relieurs, 233 celle du voiturier. Un

L'tilSTOlHE DES MOTS.

seul el même mol, par exemple effel, exercice, conversion, dans le corps du dictionnaire, est suivi de cinq ou six traductions différentes, dont chacune a soa numéro. On voit quelle est l'erreur de ceux qui, pour estimer la richesse d'une langue, se contenleat de compter les vocables.

Il n'a pas ûté donné de nom, jusqu'à présent, ù la faculté que possèdent les mots de se présenter 80US tant de faces. On pourrait l'appeler polysémie. Pour le dire ici en passant, les inventeurs de langues nouvelles (et le nombre s'en est particulièremenl accru dans ces dernières années) ne tionnenl part assez compte de celle faculté : ils croient avoir beaucoup fait quand Ils ont rendu un mot par un autre, ne songeant pas qu'il faudrait, pour un seul mot, en créer souvent six ou huit; ou bien si, dans leur idiome, ils reproduisent la polysémie française, nP donnent-ils pas aux Allemands ou aux Anglais lieu de se plaindre qu'on les fait parler français en volapDk?

Comment cette multiplicité des sens ne produitelle ni obscurité ni confusion? C'est que le mot arrive préparé par ce qui le précède et ce qui l'entoure, commenté par le temps et le lieu, déterminé par les personnages qui sont en scène. Chose remarquable! il n'a qu'un sens, non pas seulement pour toiui qui parle, mais encore pour celui qui écoule, cur il y a une manière active d'écouler qui accom-

pagne et prévient Toraleur. Il suffit de tomber à rimprovîste dans une conversation commencée, pour voir que les mots sont un guide peu sûr par euxmêmes, et qu'ils ont besoin de cet ensemble de circonstances, lequel, comme' la clé en musique, fixe la valeur des signes. Les auteurs comiques connaissent à merveille cette faculté de polysémie, qui se trouve au fond des quiproquos dont ils égaient leur théâtre.

La diversité du milieu social n'est pas la seule cause qui contribue à Taccroissement et au renouvellement du vocabulaire. Une autre cause, c'est le besoin que nous portons en nous de représenter et de peindre par des images ce que nous pensons et ce que nous sentons. Les mots souvent employés cessent de faire impression. On ne peut pas dire qu'ils s'usent; si le seul office du langage était de parler à l'intelligence, les mots les plus ordinaires seraient les meilleurs : la nomenclature de l'algèbre ne change pas. Mais le langage ne s'adresse pas seulement à la raison : il veut émouvoir, il veut persuader, il veut plaire. Aussi voyons-nous, pour des choses vieilles comme le monde, naître des images nouvelles, sorties on ne sait d'où, quelquefois de la tète d'un grand écrivain, plus souvent de celle d'un

iDcooDu; si les images sont justes et pittoresques, elles trouvent accueil et se font adopter. Employées dans le prîacipe à litre de figures, elles peuveol devenir h la longue le nom inême de la rliose.

Ce ctiapitre de ta métaphore est infini. Il n'e-t rapport réel ou ressemblance fugitive qui n'ait fourni son contingent; les traités de rtiélorique ne contiennent trope si hardi que le langage n'emploie tous les jours comme la chose du monde la plus simple. Les exemples sont si nouibreux que la seule difficulté est de choisir.

En tout temps le vocabulaire maritime parait avoir otTerl un attrait particulier à l'habitant de terre ferme : de là, pour les actes les plus ordinaires, un apport continuel de termes nautiques. Accoster un passant, aborder une question, échouer dans une entreprise, autant de métapliores venues de la mer. Des mots employés à tout instant, comme arriver, ont la même origine. 11 ne faut pas croire qu'il en soit seulement ainsi dans les langues modernes. Le verbe latin signiiiant « porter », porlare, qui de bonne heure a commencé de disputer la place à fero, et que Térence emploie déjîi en parlant d'une nouvelle qu'on apporte, signifiait « amener au port». Nous en avons repris quelque chose dans importer exporter et déporter. C'était un terme de marine marchande. Le grec, sur ce point, s'est montré moins novateur, de sorte que portare

appartient exclusivement à la langue latine. En général, quand Tune des langues anciennes s'éloigne, pour une idée familière^ de l'usage de ses sœurs, on peut présumer qu'elle a adopté une expression métaphorique. On sait qu'opporiun et importun sont pareillement des images empruntées à l'idée d'une rive d'atterrissage plus ou moins facile.

. Le cheval et l'équitation ont fourni une grande quantité d'expressions figurées. 11 en a été composé tout un volume, Elles peuvent se classer par époques, les plus anciennes étant déjà passées à l'état de termes décolorés. On dit, par exemple, d'un homme qui a momentanément^ par un coup de surprise, perdu l'usage de ses facultés, qu'il est désarçonné ou démonté \ d'un orateur embrouillé nous disons qu'il s'enchevêtre dans ses raisonnements, le comparant h un cheval dont les jambes se prennent dans là longe de son licou (chevêtre = capistrum). Nous continuons la même comparaison d'un animal au pâturage en disant qu'il a l'air empêtré (ùnpastoriatus); embarrassé serait plus poli, mais nous ramènerait à la môme idée d'une barre servant d'entrave, 11 y a enfin des mots dont personne ne sent plus l'origine métaphorique. Ainsi travail^ qui joue un si grand rôle dans nos discussions économiques, et qu'un écrivain ou un artiste emploie couramment en parlant de ses œuvries, conduit encore à celle même image du cheval entravé et assujelti. Grftce au turf,

L'HISTUinE DES VuTs.

i:cllo fabriqut; de mùlapliores n'est pas près de cliftiiier. Nous enloiidons parler aujourd'hui d'élèves qu'on entraîne el d'amaleurs ijui s'emba/lenl.

Combien d'expressions, ul du genre le plus diffiériïiit, nolro langue ne doit-elle pas h la cliasse? Quand, iIunH un liingugc familier, nous disons d'une personne qu'elle a Va\r déluré, nous employons une figure empruntée li la fauconnerie, l'épervier déluré ou déleurrû élunl eelui qui ne se laisse pas prendre au leurre. Dana un tout autre style, quand Pauline, porlanl de Polycucte mort, s'écrie :

Son BAiiK, dont oes bourreaux vienncni ijc me couvrir, M'a doRslIliï le» youx el me les vient d'ouvrir,

riiéroïtic de Corneille se sert d'une image de même provenani:e, rtemUcr [qu'il faudrait écrire déciller) o't^tant pas autre chose que dût^oudre les cils de l'épervicr, qu'on avait rendu raoraenlanément aveugle pour l'npprivoiscr.

On voit la fortune diiïéreale que peuvent avoir, dans la suite des temps, deux termes d'origine identique : un écart si grand s'explique par les stations successives du voyage et par les accointances, bonnes ou mauvaises, que le mol a eues en route. Dessiller les yeux a été employé dans la langue religieuse : c'est ce qui lu! a donné de la dignité et de la noblesse. Grand et inestimable bienfait, pour une nation, d'avoir dans sa littérature un livre sacré, lu

et connu de tous! La langue peut ensuite subir toute sorte d'atteintes : il existera pour elle une source de purification. C'est le service que Ihe holy Bible de 1611 a rendu à l'anglais, la traduction de Luther à Tallemand. Nos grands prédicateurs du xvn° siècle ont rendu à la langue française un service analogue. Il y a, au contraire, des coins de la littérature qui flétrissent tout ce qu'ils touchent, et qui, s'ils s'emparent d'une expression , la restituent ternie et

déshonorée.

Comme ces coquilles qui jonchent le bord de la mer, débris d'animaux qui ont vécu, les uns hier, les autres il y a des siècles, les langues sont remplies de la dépouille d'idées modernes ou anciennes, les unes encore vivantes, les autres depuis longtemps oubliées. Toutes les civilisations, toutes les coutumes, toutes les conquêtes et tous les rêves de l'humanité ont laissé leur trace, qu'avec un peu d'attention l'on voit reparaître.

Celte conséquence dans le style, cette suite dans la métaphore, qu'on recommande avec raison, fait absolument défaut au langage; ou plutôt, c'est seule* ment pour la dernière couche qu'elle est possible et nécessaire : autrement, nous nous interdirions les locutions les plus simples, et la parole deviendrait aussi difficile que Test le commerce journalier de la vie dans ces religions asiatiques où tout ce qui a eu vie passe pour impureté. Les langues anciennes sont,

ÎÎO L'ilISTOrilE DES MOTS-

k cet égard, daoA les marnes coadîUons que les moderne», n'élanl ancienne» tjue par rapporl nous,

el n janl lU-jà. ellf^-mêmes reçu rbdiitage des siècles. Ouitnd Sîilliisle fail dire & Calîtina : Cum vos eojuiidcro, milite», fl cum faeta voslra œslumo,.,. il ne songe pa» plus que nouH ft l'orîf^ine d'expressions qui lui paratHNnienl toutes simples. Cependant considéra est une tiiéliipltore empruntée ù l'astrologie et xstumoh la hiniquc. Si nous en croyions les listes de racines fHi'onl dri'ss(';(rH l'i l'envi grammairiens indous et arabe», nous pourrionn être pris de l'illusion que les liitigucs ont di^huli: par le>t idées les plus générâtes. Ou trouve h tout instant rlie/ eux des racines dont le sens e-il « aller, résonner, briller, parler, penser, sentir •>. Mai^ c'est noire ignorance d'un Age antérieur qui (inI seule cause de cette illusion.

Le» recueils do rhétorique ne contiennent calachrèse, litote ou hyperbole dont le peuple ne fournisse tous les jours des spécimens k foison. Un grammairien du xviii" siècle, Uumarsais, a écrit un Trailé des tropes dont une édition a eu l'honneur inattendu d'ûtre dédiée à Mme de Pompadour. Mais que sout ces exemples recueillis à Heur de sol auprès de ceux que des fouilles un peu approfondies melleiil à découvert? Si l'on disait qu'il existe un idiome où le même mot qui désigne le lé/ard signifie aussi un bras musculeux, parce que le tressaillement des muscles Kfious la pciiu a été comparé à un lézard qui passe,

celle explication sérail accueillie avec doute, ou bien croiniit-on qu'il est parlé des imaginations de quelque peuple sauvage. Cependant il s'agil du mot l&lialaeer/tis, lequel veut dire lézard, et que les poètes et les prosateurs ont mainte fois employé pour désigner le bras d'un liéros ou d'un athlète. D'autres fois, le lézard a été rcniplaté par la souris, ce qui nous a donné musculiis, mot qui signifie, comme on sait, tantôt souris et tantôt ttmsc/e. Cette singulière image parait avoir eu du succès en tout temps. Lillré fait remarquer que dans le gigot de mouton le muscle de la jambe se nomme sotirix. En grec moderne, le rat s'appelle myspontikos (rat d'eau), ou, pour abréger, pontikos. Or, l'adjectif a également remplacé le substantif dans l'autre signification, et pontikos désigne le muscle.

Notre auteur a essayé de rendre visible aux yeux par des tableaux ou, comme on dît aujourd'hui, par des schèmes, le rayonnement ou l'enchaînement des dilTérents sens d'un mot. Tantôt c'est une étoile, tantôt une ligne brisée. Mais il faut bien se rappeler que ces figures compliquées n'ont de valeur que pour le seul linguiste : celui qui invente le sens nouveau oublie dans le moment tous les sens antérieurs, excepté un seul, de sorte que les associations d'idées se font toujours deux à deux. Le peuple n'a que faire de remonter dans le passé : il ne connaît que la vignîfication du jour. Ou a ingénieusement rappelé

à ce propos ces hardis grimpeurs qui retirent sous leur pied droit le crampon qui le soutenait, après qu'ils ont mis le pied gauche sur le suivant. Le linguiste est seul k chercher la trace de ces mobiles échelons.

Celui qui, faisant l'histoire de la variation des sens, ne considérerait que les mots, risquerait de laisser échapper une partie des faits, ou bien il courrait le danger de les expliquer faussement. Uoe langue ne se compose pas uniquement de mots : elle se compose de groupes de mots et de phrases.

Tout le monde se souvient d'avoir lu dans les dictionnaires, en cherchant un mot rare : « Il ne se dit plus que dans cette locution... ». Suit ordinairement une expression proverbiale, ou quelque terme technique, ou quelque phrase plus ou moins consacrée. Si l'on veut bien réfléchir sur la cause do ce phénomène, on sera amené à envisager les éléments du langage sous un aspect nouveau. Le linguiste attribue au mot une existence personnelle et continue à travers toutes les associations et combinaisons où il entre. Mais, dans la réalité, dès que le mot est entré eu une formule devenue usuelle, nous ne percevons plus que la formule. Des vocables se sont conservés en certaines associations , lesquels ont depuis longtemps cessé d'élre employés pour eux-

'miSTOIBE DÈS MOTS- 353

mêmes, et que nous avons peine à reconnaître, quand on nons les présente hors de celte place unique qui leur est restée. Qu'est-ce, par exemple, que le mot conteniez II y a si longtemps qu'il est sorti de l'usage, que nous serions embarrassés de dire seulement de quel genre il est. Mais nous l'employons encore duns la locution : sans conteste. — Qu'est-ce, comme nom de couleur, que bisl II désignait autrefois le brun ou le uoir. Go disait : à tort au à droit, à bis ou à blanc. . . . L'un veut du blanc, l'autre du bis.... C'est l'italien bigio. iVous ne l'employons plus qu'en parlant du pain. — Demeure, dans le sens de retard, a presque disparu; mais tout le monde comprend l'expression : il y a péril en la demeure.

Ce n'est pas le mot qui forme pour notre esprit Une unité distincte : c'est l'idée. Si l'idée est simple, peu importe que l'expression soit complexe; notre esprit n'en percevra que la totalité. On peut même aller plus loin et se demander si, pour le plus grand nombre des hommes, il y a une conception nette et distincte du mot. Tout le monde sait que les personnes illettrées se laissent aller dans l'écriture aux plus étranges séparations, comme aux plus bizarres accouplements. Cela n'erapéche pas que parmi elles il s'en trouve qui manient la pensée avec justesse, la parole avec propriété. Leur intelligence, en embras- Bnnl les niasses, n'ajamais eu le loisir d'aller jusqu'au

3M L'inSTOIHE DES MOTS.

détail. Les missionnaires qui fixent les premiers par l'écriture la langue des peuples sauvages savent comiiicn il esl difficile de recoonaltre où commencent «l finissent les mots. Si l'étrusque a résisté jusqu'Ji présent aux tentatives de déchiiïrement, cela lient en partie à la défectuosité des séparations.

Habitués au service que nous rend l'écriture, nous sommes exposés à nous montrer ingrats envers elle. La nouvelle école des fonêlistes n'y pense peut-être pas assez, au moins le parti avancé, — car je ne veux pas tout désapprouver en leur entreprise. Dans nos langues modernes, où tant de vocables différents d'origine et de signification sont devenus semblables entre eux pour l'oreille, le mot ne se grave pas seulement dans J'esprit par le son,' mais encore par l'aspect. A défaut d'orthographe, il faudrait recourir à un commentaire explicatif, comme font les Cliinois, et comme nous faisons nous-mêmes quand nous disons : le nom de nombre cent, le sang qui coule dans nos veines.

Une fois encadré dans une locution, le mot perd j son individualité et se désintéresse de ce qui arrive 'j au dehors. Il n'est donc pas exact de parler, même ] à titre d'image, de la vie et de la mort des mots. Tel J ne dit plus rien à l'intelligence, qui continue de j figurer dans un contexte, où il est perçu non en tant I que mol, mais en tant que partie intégrante d'un j ensemble. Dans ce réduit où il est confiné, on le voit I

qui échappe aux changements de la langue, aux révolutions de l'usage et des idées. Nous disons rczde-chaussêe, quoique {rez, rasus) soit sorti du parler habituel. Faire un pied de nez se maintient en dépîl du système métrique. Nous avons toujours des rhumes de cerveau, quoique aux yeux de la médecine moderne le cerveau soit bien étranger k l'afTaire.

Aussitôt qu'un mot est entré dans une locution, son sens propre et individuel est oblitéré pour nous. Ces sortes d'incohérences frappent babiluellement les étrangers plus que nous, surtout s'ils ont appris la langue non par l'usage, mais par des méthodes scientifiques. De là le purisme qu'affectent volontiers les étrangers qui parlent ou écrivent le français pour l'avoir appris à l'université.

On peut tirer de cet ordre de faits quelques réflexions sur la manière dont se modifient et se décomposent les langues. Si l'on s'en rapportait aux enseignements de la seule phonétique, les mois se transformeraient un i un, chacun pour soi, selon le nombre de syllabes, scion la place de l'accent, conformément & des règles invariables, En outre, les désinences destinées à périr s'éteindraient simultanément dans tous les mots de même espèce. La construction se modifierait d'une manière uniforme

L'inSTOinE DES MOTS.

élé-

(liiiis loulps les pbni-'s composées des mêmes i meiils logiques. Mais il n'en est rien. Cette régula-, rite n'existe point, parce qu'une langue n'est point un assemblage de mots, mais qu'elle renferme des groupes déjSï assemblés et pour ainsi dire articulés. Dans les inscriptions chrétiennes des premiers siècles, on voit qu'au milieu d'un latin extrêmement incorrect et déjfi à moitié roman, subsistent des formules entières d'une latinité très supportable : ce sont les formules qu'un usiige quotidien empêchait d'oublier, et dont une connaissance préalable dispensait d'iiunlyscr et de comprendre les éléments. Un peuple qui désapprend sa langue ressemble un peu i\ l'écolier qui récite une lei;on à moitié sue : s'il y a des morceaux dont les mots no se présentent qu'isolément et imparfaitement à sa mémoire, il y en a d'autres qui reviennent en bloc et passent tout d'une haleine Nous observons encore quelque chose de semblable quand deux idiomes se côtoient et se mêlent, par exemple sur les frontières de deux pays; ce ne sont pas seulement des mots, mais des phrases qui passent d'un peuple i\ l'autre. L'étude de M. Scbuchardt sur le mélange des langues en fournit des exemples aussi étranges que variés.

On enseigne, non sans raison, que les cas de la déclinaison latine n'existent plus en français : cependant leur et Chandeleur sont des génitifs pluriels. Ce n'est sans doute point par un don spécial de

longévité qu'ils ont survécu à leurs congénères :' c'est grâce aux locutions où ils étaient comme embaumés.

Fèvre^ en ancien français, signifie « ouvrier » (faber) : orfèvre conserve la construction latine. Quand nous disons la grancTrue^ la grandmère^ nous parlons la langue du xiii'' siècle. Vrais blocs de latin ou d'ancien français que charrie la langue d'aujourd'hui, sans égard pour les changements dans là grammaire et dans la construction....

Chacun de nous possède son assortiment de locutions abrégées, intelligibles pour les seuls intimes. Supposez qu'elles soient adoptées autour de nous, qu'elles deviennent d'usage courant parmi toute une catégorie de personnes, qu'elles soient répandues par la presse, ces abréviations pourront un jour prendre place dans la langue. Telle est l'origine de général. Il est évident que c'est là, pour désigner un grade militaire, une expression insuffisante. Mais si nous remontons jusqu'au xvi** siècle, nous voyons que la locution se complète en capitaine général. Il y a, dans le règne animal, des crustacés qui, quand on les saisit par une patte, se laissent tomber à terre en laissant l'ennemi en possession de la patte, et en employant les neuf autres à fuir au plus vite. C'est

3tt L'aiSTOlBE DES MOTS-

une ampulalîoD de ce genre que subissent oos locu-

lion», avec cette dilTérence que la patte dou« tient lieu de l'animal entier. Que signifie le nom d'école centrale'! Absolument rien. Il faut ajouter : des artt et manufarlures. J'ai assistJ^ à d'interminables discussions sur Cemeit/nemenl xpieial, et sur le sens que le fondiileur avait bien pu allribuer à cet adjectif. Personne, pas même le fondateur, ne s'est avisé de recourir h la ctturte de fondation, où il est parlé d'un criReignement spécial pour Cagriculliire, le commerce et l'induitrie. L« plus belle époque de notre langue a ronriu ce jiirf;i}n. Il y avait canal quand le roi et la r-our SI' diverlissuicnl sur le canal de Versailles. Il y avait caveau quand on jouait chez monseigneur dans lu petite chambre ainsi nommée. Ces noms mêmes de monseigneur, de monsieur, de madame, sont des elli|)ses qui nous cachent un titre plus complet et plus retentissant.

Le linguiste constate qu'en tous les idiomes l'adjectif a une tendance à remplacer le substantif. Celle loi, qui semble appartenir uniquement h. la grammaire, en suppose une autre qui appartient à la psychologie et à l'histoire. Quelques exemples vont aider à mieux me faire comprendre. Le français a perdu l'ancien mol qui scnail à désigner le foie ijcrur), et l'a remplacé par un adjectif signifiant « nourri de figues •> ijicatum). Mais que faut-il conclure de ce changement? Que nous avons ici un mot

rUlSTOlBB DES MOTS, de la langue des cuisiniers. Ceux qui, dans nos restaurants, écoutent les appels de la salle à manger au sous-sol, peuvent surprendre mainte ellipse du même genre. — il est question dans les livres de droit d'un certain genre de prêt qui s'appelle le prêt à la grosse : cet adjectif pourrait longtemps nous laisser rêveurs, si nous n'apprenions par ailleurs qu'il s'agit du prêt à la grosse aventure, sorte de contrat s'appliquant aux risques en mer. Plus on sera au fait d'une profession ou d'un genre de vie, ou bien encore plus on voudra le paraître, plus on usera de cette langue sténograpliique. Un soldat passe de factive dans la terriloriale. Un horanae lancé assiste & toutes les premières . Outre la célérité, il y a dans ces sous-entendus quelque chose qui flatte l'amourpropre, comme l'attrait d'une initiation. Tous les progrès, toutes les inventions modernes en augmentent le nombre. Nous attendons le rapide dans les gares de chemin de fer. Au temps de l'esposition de J878, on allait visiter le captif des Tuileries. C'est le même procédé dont se sert l'argot. « Cache ta menteuse 11, dit un personnage de Zola & sa fille qui bavarde. Ces exemples sont pris tout près de nous, empruntés au langage d'aujourd'hui ou d'hier : mais nous pourrions aussi bien en prendre à l'étranger ou dans l'antiquilê. Frère se dît en espagnol hermano, qui représente le latia germatius, lequel s'employait déjà dans le même sens; mais par lui-

330 L'aiSTUtRE UES MOTS.

nii>me, c'esl un adjectif qiii signilie « véritable, naliirel ». Cicrron, disant dans une de ses lettres familières qu'en une certaine occasion il s'csl conduit comme un véritable fine, se sert de ce mol : Me asiimm germamim fuisse.

Nous n'avons guère cilé que des substantifs; mais il existe quelque cbose de semblable pour les verbes. L'habitude fait que les compléments se sous-entendent et que, de Iransilif, le verbe devient neutre. C'est la contre-partie de ce que nous avons vu pour l'adjectif devenu substantif. — Ejposez-vous? est une question parfaitement claire pour un peintre. Vue femme gui reçoit est admis par l'Académie. Les acheteurs savent ce qu'il faut entendre par rm magasin qui envoie ou une maison gui liquide. Notre langue parlée est pleine de ces locutions : si bien qu'on a pu dire que l'abondance des verbes neutres est UD signe de civilisation. Quelquefois la locution est allégée vers le milieu ; de toutes les soiies d'abréviation, c'est sans doute la moins bonne. Les géologues dissertent cependant sur Chomme terliaire. En médecine, il est question de paralytiques progressifs. J'ai vu un membre de l'Académie française, parlant de M. Max Muller, l'appeler un philologue comparé. A la Sorbonne, entre candidats, tout le monde sait ce qu'il faut entendre par un bachelier scinde. Barbarismes aiïreux, si l'on veut, maïs quand, en religion, on parle de réformés et de catholiques, l'ellipse, pour

être plus ancienne, n'en est pas moins de même espèce.

Nous conclurons qu'en matière de langage, il y a une règle qui domine toutes les autres. Une fois qu'un signe a été trouvé et adopté pour un objet, il devient adéquat à l'objet. Vous pouvez le tronquer, le réduire matériellement : il gardera toujours sa valeur. A une condition toutefois, savoir, que l'usage qui attache le signe à l'objet signifié reste ininterrompu. Reconstruire une langue avec le seul secours de l'étymologie est une tentative risquée, qui peut réussir jusqu'à un certain point pour le commun des mots, mais qui vient se heurter à ce genre particulier d'obstacle résultant des locutions. On le sent bien quand on déchiffre un texte dont la langue ne nous est point parvenue par une tradition vivante. L'origine des mots est souvent claire, la forme grammaticale ne laisse prise à aucun doute, mais le sens intime nous échappe. Ce sont des visages dont nous découvrons les traits, mais dont la pensée reste impénétrable. Les seules langues anciennes que nous connaissions véritablement sont celles qui nous sont arrivées accompagnées de lexiques et de commentaires : le latin, le grec, l'hébreu, le sanscrit, l'arabe, le chinois.

Littré, dans un charmant travail intitulé : Palho-

logie du langage, a réuni ud certain nombre de faits du même genre. Nous ne pouvons assez recommander la lecture de ce morceau, qui est un extrait de son grand dictionnaire, et comme un recueil de cas intéressants et curieux *. Mais ce que le grand savant français appelle pathologie est le développement normal du langage et l'événement de tous les jours. Les langues ne se prêtent qu'à ce prix à l'expression d'idées nouvelles; il n'j a point là de maladie : quand elles sont arrivées par un circuit à créer quelque terme nouveau, elles eifacent le chemin par où elles ont passé. Aussi l'étymologie c'a-t-elle la plupart du temps qu'un intérêt historique. Dans la vie de tous les jours, dans la discussion d'idées philosophiques ou politiques, l'examen des origines d'un mot peut constituer uo point de départ; mais ce ne serait pas la preuve d'un esprit bien fait d'y insister trop fortement et d'en tirer de trop longues ni de trop importantes conséquences.

Les mois, a-t-on dit avec raison, sont des verres qu'il faut polir et frotter longtemps, faute de quoi, au lieu de montrer les choses, ils les obscurcissent. Le souvenir trop présent de l'étymologie nuit souvent à l'expression de la pensée, qu'il risque de troubler par toute sorte de faux reflets. Le travail des

I. Uttré, Êtudei et glaniires. (Ce raorcoou a élé réédité dons 11 Bibtiolhique pidajogiqut. Delagrave.)

L'BISTOIRE DES MOTS. 333

siècles et le bienfait d'une longue sui(e de penseurs est d'aflrancliir et d'émanciper les mots, sans cependant les rendre pour cela entièrement étrangers à leurs parents ni k leur lieu d'origine.

Le seul cas où il puisse être légitimement parlé de pathologie, c'est le cas où un mot est employé par erreur pour un autre, soit à. cause d'une ressemblance de son, soit par suite de quelque autre accident. Telle est la confusion qui s'est faite dans les esprits entre habit et habillé : ce dernier, qui devrait s'écrire abiité, est une expression métaphorique dont la signification est « apprêté, arrangé ». Elle a été d'abord employée en parlant du bois. Nous disons encore aujourd'hui ; du bois en bille. Le souvenir de l'ancien sens s'est conservé dans quelques locutions, telles que : habiller un poulet, le voilà bien habillé ' ! ici encore, nous constatons la fidélité des locutions, lesquelles continuent leur existence sans se soucier du courant général.

Une langue ne se compose pas seulement de mots et de locutions, il faut un appareil pour contenir et maintenir ces matériaux.

Guillaume de Humboldt dit que nous portons dans

no In

^lllSTOlRG Dra MOTS.

■s|iriliinc sorte de grammaire qui, tôt ou larJ,

Lel langibh Celle su

Riiil par inorqiicrson empreinte sur le langage. C'est cv qu'il iippollo Die innere Sprac/iform (la forme linguistique inl(5rieure). llien n'empêche d'accepter cclti< expresiiiion, mais & condition de la bien com' prendre, II est bien clair que la forme linguistique Ink^i'iouro n'est pas uu don de la nature, puisqu'elle varie d'un idiome fi l'autre, et puisijue pour un seul ol mùnui iiiiome elle se modifie dans le cours des Ages . La forme Hngnislique intérieure n'est pas autre rlmse que le souvenir de la langue maternelle. Mais, d son tour, ce souvenir s'impose aux parties rci^lccB llollautcs de la langue, et les fait entrer dans luH cadres tHatilis.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul problème de ce gpnro. Ku voici un autre non moins curieux.

La mort matérielle d'une désinence n'en suspend point l'ueaffo. Longtemps encore après qu'elle a dispai'ii, le langage y peut faire appel et lui demander dos «iorvicoît runimo si elle existait encore. Chose remarquable, ces services, la désinence absente continue do le.'; rentlre. Bien plus, on voit la fonction grammaticale dont elle était l'exposant se propager, quoique privée do toute expression, en t^orte que la portion ta plus importante deson histoire est quelquefois celle 01*1 elle a perdu son représentant extérieur et tangible.

Cette survivance des désinences peul se constater

L HISTOIRE DES MOTS- 33o

dans toutes les langues. Un exemple frappant en français, ee sont les locutions comme la rue Monsiew'-le-Prinre, Chospice Coc/u'n, Cinsiilut Pasteur. Quoique le français depuis des siècles ait perdu l'exposant du génitif, nous employons ici de véritables génitifs. Bien entendu, pour qu'un fait de ce genre puisse se produire, il faut que la langue ait conservé un. certain nombre de modèles. Des expressions comme l'Hôtel-Dieu, l'fglise Notre-Dame, la place Daupliine ont été le type sur lequel le langage a continué de travailler. Qu'on veuille bien parcourir aujourd'hui une liste des rues et places de Paris : jamais le génitif n'a été plus employé que depuis qu'il est dépourvu de tout signe. 11 faut ajouter toutefois que, comme cet emploi se borne en général à des noms propres, la conscience populaire a un peu varié en ce qui le concerne, et aujourd'iiui elle sent plutôt en ces noms une sorte de baptême qu'un cas marquant la possession.

Je dirai à ce sujet qu'on doit prendre garde de confondre les langues qui ont eu une flexion et qui l'ont perdue avec celles qui ne l'ont jamais possédée. L'anglais, avec une facilité qu'il est permis de lui envier, transforme ses substantifs en verbes. Il prendra, par exemple, le substantif '/;■«/■? (beauté) et il dira ; It would grâce our life, « cela embellirait notre vie ». Ce que sent l'Anglais, c'est positivement un intînilif : quoique nullement exprimée, l'idée de

SSt L'BISTXMRE DES MOTS-

riat)niUrM> pK'senl* sans équivoque à son espril. La |tliraso vient jv placvr dans ua ancien moule formé à IViK^jne Je la flexion, elqui y sunît....

Les ilini>^reQleii langues s'écarteot notablement les unes »l»s "autre-* sur t* poinL La clarté du discours <lé|tond du |ttus i>u moins grand usage qui est fait de eoa Minixanc^s. l'n idiome tire son caractère de ce qu'il sous-entend aussi bien que de ce qu'il exprime. l^ juste pro|Htrtion «i ce genre fait le mérite d'une liinguo, oou)mt^ la pro|H>riion des pleins et des videg en nn,'hitecturv.

L'allemund a garxlè les tours d'une langue synthétique, quoique beaucoup de désinences aient dis- |vuru ou aient cessé d'être reconnaissablcs. Quand Sclùtler, dans la FinHfi* tie Messine, ^t dire à don i'.iaar : AVcA/ Kldnittuth zetÀt Don Cesem wtr Um kfiiHt, c'est un génitif qu'il prétend employer. Mais rien ne l'indique au dehors. La difficulté de la langue allemande tient en partie à ces touches qui résonnent seulement |K>ur l'oreille interne.

Ce n'est pas ici te lieu de multiplier les exemples. MtiiH cette forme linguistique intérieure dont parle Humboldt ne bonie {vts là son action : elle est, pour ainsi dire, présente & tout le développement du langage, liitbite Ji réparer les pertes, à sauver par t d'utiles accroissements les désinences en péril, prête h proliter dos accidents, prompte ii étendre les acquisitions. C'est elle qui n donné h l'anglais son triple

L'HlStOlRE DES MOTS: 33t

pronom possessif, his, her, its^ dont lés langues romanes ne possèdent pas Téquivalent. C'est elle qui a enrichi la conjugaison française de temps que ne connaissait point le latin. Elle fait concourir à un seul et même but des phénomènes d'origine très différente. Elle infuse une signification à des syllabes primitivement vides ou indifférentes. ...

Nous arrivons de la sorte à une question extrêmement importante et délicate : jusqu'à quel point l'intention a-t-elle une part dans les faits du langage? Les linguistes modernes, en général, sont très nets pour repousser l'idée d'intention. Tout au plus admettent-ils que des accidents survenus fatalement et sans aucune prévision aient été utilisés d'une façon spontanée et inconsciente. 11 est certain qu'on a singulièrement abusé autrefois des intentions prêtées au langage, et qu'on lui a attribué dans le détail toute sorte de distinctions et d'arrière-pensées dont il est innocent. Mais la doctrine contraire n'est pas moins éloignée de la vérité. Il semble que la linguistique moderne confonde l'intelligence avec la réflexion. Pour n'être pas prémédités, les faits du langage n'en sont pas moins inspirés et conduits par une volonté intelligente. Entre l'acte populaire

qui crée subitement un nom pour quelque idée nou-

^:t{( l/niSTOlUK DES MOTS.

If • <

\%'\\\\ ol Tiirlo tlii savatil qui invente une désigna- \\\\\\ pour un |)lh^U(unone scientifique récemment «l0\ou\oii, il ) a iliIVrronce quant à la promptitude s\\\ lo^ullal ol quant (\ Tintonsité de l'eiïort, mais il u \ i\ |M^ dilVoivnoo do nature. Des deux parts, la Wu \\\\s' uuv' ou jou rsl la momo. I/exagét*ation serait u\s*iluMo, do^upposor d*un ciMé un agent intelligent \\ \^\^^\ do Luiliv un agoni inconscient et aveugle. Mo\uo ^oUo ,uUro partie, plus matérielle, de la lut.u^ (^)\)o y\\\\ \\mW dos sons, la phonétique, pour I » ;s», ;i> ou \vMuiKUI aigouixriuli rtnendiquer, avec \ \»^ .^M^M \. luo ^lo'^ phonomom^ physiologiques, la p * '.^^^ /» X io.x nulhonuiliquos^ nVst pas absolu- »^* •*» nI x- ' M.r.v . uîïv, car oVsl lo cerveau, tout v' ' \î' \ ;*i\n\. qui osl la cause dos change- \»i '\,^ >* i.iad,\ul'il faîrt^ une distinction \ p^.^^,-,\^M\,^x ,j;îi tionnoni à la structure * • »^^ . ♦ \ , ',- ..^;,vio;;so nooossité do pro-

\ .;. . \ . .v,\^r,: do rinstinci d*inu-

. ,' \ , V 'vOv S.^ns nous étendre

{ ^s X , / N ,;,':\îUor.s. disons que

^ V sH^^is^ •* ;v;w,j;C:vs xi'un principe

\ V4W t VÀ'-*Ar:to dos phono-

V . H , ., X .',• ,:.,::,::> |v*> que ' ' * X . . , x,x \M',^,;, \î> -;S do ses

• kl < « k

L'HISTOIAE des mots. 339

formaUon qui' à fait sortir le français du latîn, comme le persan du zend et comme l'anglais de l'anglo-saxon, et qui présente partout sur les faits essentiels un ensemble frappant de rencontres et d'identités, n'est pas le simple produit de la décadence des sons et de l'usure des flexions; sous ces phénomènes où tout nous parle de ruine, nous sentons l'action d'une pensée qui se dégage de la forme à laquelle elle est enchaînée, qui travaille à la modifier et qui tire souvent avantage de ce qui semble d'abord perte et destruction. Mens agitât molem....

riN

«^jt^

INDEX

AMalir absolu (survivance de T),

Ablaut, 65.

Abstraits (noms), 448, 213.

Ablreleriy 213.

Accabler, 432.

Accusalir (sens divers de 1'), 245.

Adjectifs devenus substantifs, 327.

Adolere, 412.

AduUerium, 423. »

Adverbe (la catégorie du T), 200.

Adverbes latins en e, 97.

ACf/erj 406.

Altaiblissement du sens, 443.

Afnigé, 443.

Aigre, 444.

Amant, 4 12.

Anxioiis (l'anglais), 413, Antiquité des langues (ce qu'il

faut entendre par), 98.

Aoriste (l'analogie étend l'aoriste

à tous les modes), 84.

Armare, 434.

Article (origine de 1'), 234.

-Atre (mots français en).

Audire, 406.

Augment (i'augment modifiant un - adverbe ou un pronom), 82.

Avis (mots latins contenant), 440.

Dérivés français, 107.

Bourgeois, 116.

briller, 132.

Buhle (l'allemand), 442.

Busse (l'allemand), 426.

But (anglais), 223.

Calvados, 496.

Cas. AfTaiblissement de la valeur signiflcative des cas, 216. — Pourquoi les cas du latin n'ont pas passé dans les langues romanes, 17.

Catégories grammaticales, 199.

Cedere, 242.

Chaire, 346. .

CivitaSy 450.

Classis, 450.

C liens, 406, 445.

Comparatif latin , ce qu'il est devenu dans les langues romanes, 44.

Cowpello, 144.

Composés, 172.

Conjonction (la catégorie de la), 204.

Conjugaison française, 73

Conjugaison grecque, 68, 404.

Conjugaison germanique, 25.

ConsuUSf 424.

Contagion, 224.

Dame, 403.

Danger, 458.

Déclinaison grecque, 70.

Déclinaison latine (survivances de la), 55.

Déclinaison dans les langues modernes de l'Inde, 241.

INDEX

l*e/W#ic/iMt, 170.

Déluré, 318.

Dessiller, 318.

DNNfojro/, 18^.

*#i (le suffixe allemand), 75.

Élar}tîs;»ement du sens, 12:^.

-^U (verbes allemands en), •en ^f^usse désinence du pluriel

en an^lais^. &î.

Entendiv, 111.

^paississemenl du sens, 148.

Épices, I2â.

«r»* (fausse désinence du pluriel

allemand), 63« èV et sit^ pronoms allemands,

anciennes formules de politesse^

*>« ih>r, 138.

t^jrstinyuenr, I3S.

Facio. 123.

fiti'uitas^ 150.

Fitctio. 123.

Fttst ^allomand), 257.

FtttitfiU 113.

Fet^ J'anglaise 130.

Feiis, 120.

Ff'«>, S2.

FenuMy 121.

^Vrwjf, 257.

Fin;/erf^ 195.

F/(iiy(ilèrivésde/lareen français),

I'^\7l« ^allemand). 103.

Fréi|uentalif (rerbes fréquentatifs

remplaçant les verbes simples^,

Fntclus, 149.

(îa^ner, gain, 129.

Gaz, 195.

Gemma y 139.

Génitif avec les verbes, 218.

Génitif anglais, 24.

GermanuSt 329.

Gérondif lalin, 50. — Gérondif

français, son emploi» 299.

Gelreide (rallemand), 122.

Géthlha (sanscrit), i3S.

Grammairiens français, 297.

Groupes articulés, 1S6.

Habiller, 333.

f/err J'aUemand), 115.

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