Voir ci-dessus, p. 2\H
n'en diffèrent en aucune façon pour l'emploi : on dira aussi bien : Xerxes evertit muros, mandata neglexit.
Entre l'accusatif régime et l'accusatif de direction la parenté n'est plus sentie. Aussi rien ne s'oppose à ce qu'un même verbe prenne simultanément l'un et l'autre. Quand, dans Homère, le devin Hélénus invile sa mère Hécube à mener les femmes trovennes au sanctuaire d'Atbénè,
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ces deux accusatifs ne se gênent nullement l'un l'autre. 11 en est de même quand Sarpédon, accusant Paris, se plaint des maux qu'il a causés aux Troyens :
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Hérodote, rapportant ce qu'il a appris de l'éducation chez les Perses, dit qu'ils forment leurs enfants à trois choses seulement : monter à cheval, tirer l'arc et dire la vérité. ITaioeuovffi toO^ tztXù%^ (c'est l'accusatif régime) Taia |aojvx (c'est l'accusatif de direction), ittizzùzw, toçs'jsiv xxl àXr.fKÇso'Oai. La même construction se retrouve en latin : Catilina juventutem maltis modis mala facinora edocebat f .
I. L'accusatif régime est celui «les deux qui, la construction étant renversée et le verbe mis au passif, devient le sujet de la phrase.
Une fois en possession de celte construction, le langage la retourne comme ferait le mathématicien d'une équation algébrique : il la met au passif. Rogatus sententiam, edoctus litteras, id jubeor, ôioà*-
xojjLat. tyjv [jLO'JTtxrjV, xp'JTcroiAa». touto to 7Tpây[jia : toutes
constructions qu'on aurait peine à comprendre sans la logique particulière dont nous avons parlé.
Si nous voulons comprendre le troisième emploi de l'accusatif, qui est de marquer la durée, il nous faut retourner à la signification originaire. L'espace et le temps étant, pour la logique du langage, deux choses toutes semblables *, on dira de la même façon jusqu'à quelle époque une action s'est continuée et jusqu'à quel endroit s'est prolongé un mouvement : des deux parts, l'accusatif marque la direction. Démosthène, rappelant que la puissance des Thébains a duré depuis la bataille de Leuctres jusqu'à ces derniers temps, s'exprime ainsi : Iv/yw
oè Tt xal Br.êaïo». touç TSÀSJTaio'j.; to , jto , jo , 1 ypovo'j* [AS'à
-r/iV sv Àe'jxTpow {Aàyrjv. Pour dire que Mithridate en est à la vingt-troisième année de son règne. Cicéron dit : Milhridates anmim jam tertiwn et vicesimum régnât.
1. On peut s'en assurer en examinant les adverbes de lieu, comme hic, ubiy inde,... qui servent également à exprimer une idée de lieu cl une idée temporelle.
Ainsi s'est formé ce que les grammairiens appellent l'accusatif de durée : Vejorum urbs decem œstates hiemestjue commuas circumsessa... Flamini Diali noctem unam extra urbem manere nefas est. On trouve chez Lysias, pour dire qu'un homme esl mort depuis trois ans : -ziHvrp.z tx'jto. Tpia stv Le latin dit de façon non moins étrange : Puer decem annos natus.
Il est arrivé, ce qui ne pouvait manquer, que l'accusatif de durée s'est quelquefois confondu avec l'accusatif régime. Quand, en français, nous disons : les années qu'il a vécu, on ne sait au juste comment il faut considérer cette construction. Le même fait se rencontre dans les langues anciennes '. On peut différer d'avis sur quelques-uns de ces cas et Ton connaît les hésitations de l'orthographe française, mais sauf ces rencontres particulières pour lesquelles il est difficile de formuler une règle, l'existence d'un accusatif de durée est hors de doute; il forme la troisième étape de cette histoire.
11 nous resterait à expliquer les locutions comme decem pedes lattis ou comme os humerosque deo
1. En sanscrit : çalam fjica çaradas, « puisses-tu vivre cent ans! • — En grec : £va fi.f,va jxévwv. - restant un mois •. Tt,v avp'.ov fié).Xou<rav £t (hwocTai (Euripide, Aie, "81) > personne ne saitj s'il vivra le jour de demain ». L:»s langues anciennes on! l'air de ranger ces constructions sous la catégorie de l'accusatif régime. Mais le français se montre plus préoccupé du fond des choses, qui exige l'accusatif de durée.
similis. Mais nous ne voulons pas prolonger une étude trop technique : ce que nous avons dit suffit pour montrer comment procède la logique populaire.
Cette logique, nous le répétons, repose tout entière sur l'analogie, l'analogie étant la façon de raisonner des enfants et de la foule. Une locution est donnée : on en tire une autre à peu près semblable. Celle-ci, à son tour, en produit une troisième, un peu différente, qui provoque de son côté des imitations, sans que, pour cela, la première et la seconde aient cessé d'être productives. Le langage, de cette façon, peut aller fort loin. Celui qui apprend la langue par l'usage n'est nullement surpris, car il ne songe pas à rapprocher, ni à comparer entre elles, des applications si différentes. Mais celui qui, dans un livre, les trouvant énumérées à la file, veut y découvrir une idée commune, une idée mère, risque de se perdre dans les plus pâles abstractions. 11 faut refaire le chemin parcouru, lAcher de reconnaître les tournants, et ne jamais oublier que, le langage étant l'œuvre du peuple, il faut, pour le comprendre, dépouiller le logicien et se faire peuple avec lui.