‹ Essai de sémantique: (science des significations) (volume 3)Chapitre 81 sur 87 · Voir ci-dessus les chapitres i, vi et vin · texte numérisé non relu

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2. « La malechance de Tordre alphabétique voulut que, pour mon début, j'eusse à traiter la préposition à, mot laborieux entre tous et

sans difficulté dans cet apparent chaos. Ce n'est point, nous l'avons vu, grâce à une notion plus ou moins nette de la valeur du mot : pas plus que les linguistes, il n'en saurait donner une définition qui convint à tous les emplois. Il se laisse diriger par un certain nombre de locutions que la mémoire relient et qui servent de modèles. Ainsi se maintiennent et se propagent les tours de la langue : l'invention travaille toujours sur un fonds déjà existant.

A qui n'est-il pas arrivé d'admirer les tours imprévus de la langue populaire? Outre le plaisir qu'on a toujours en présence d'une trouvaille, ces rencontres ont encore l'avantage de laisser voir les chemins par où l'intelligence a passé. C'est surtout dans les occasions où quelque passion échauffe rame et en augmente la force, qu'on peut observer ces improvisations du moment.

L'intelligence humaine tire du langage, pour les opérations de toutes les heures, les mêmes services qu'elle lire des chiffres pour le calcul. C'est une conséquence de l'infirmité de notre entendement, infirmité bien connue de tous les philosophes, qu'il nous est plus facile d'opérer sur les signes des idées que

dont je ne me (irai pas à ma satisfaction. » Littré, Comment j'ai fait mon Dictionnaire.

sur les idées elles-mêmes \ Avant l'invention de ; l'écriture, les hommes comptaient au moyen de cailla ïoux. Sans doute il a fallu que l'idée précédât : mais cette idée est vacillante, fugitive, difficile à transmettre; une fois incorporée dans un signe, nous sommes plus sûrs de la posséder, de la manier à volonté et de la communiquer à d'autres. Tel est le service rendu par le langage : il objective la pensée. Après avoir été d'abord, et tout au commencement, «associés à la conception, les mots ne tardent pas à en tenir lieu : nous comparons, nous enchaînons, nous opposons les signes, non les idées. Il est vrai que derrière ces signes subsiste un demi-souvenir, un quart de souvenir, un dixième de souvenir de l'idée qu'il représente, et nous avons intérieurement le sentiment que si nous le voulions, nous pourrions rappeler l'idée à son ancienne netteté \ Mais il n'en est pas moins vrai que, pour les opérations un peu compliquées, pour les opérations à faire rapidement, les signes nous suffisent. Non seulement les mots, mais ces assemblages de mots que nous avons appelés « les groupes articulés 3 », nous sont nécessaires. Le

1. On demande pourquoi l'intelligence des animaux reste stationnaire : il n'en faut pas chercher ailleurs la raison. Us ne sont pas arrivés jusqu'à ce point d'incorporer volontairement leur pensée dans un signe : tout leur développement ultérieur est dès lors resté arrêté aux premiers pas. L'enfant idiot ne parie point : ce n'est pas que les organes de la parole lui manquent. Le travail intérieur d'observation et de classement qui permet d'attacher l'idée au signe s'est trouvé au-dessus de ses forces.

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