‹ Essai de statistique de l'île BourbonChapitre 39 sur 90 · TROUPEAUX · texte numérisé non relu

TROUPEAUX

Lb» troupeaux étaient que portion considérabk (le la fortune des premiers habitans, ai-je dit. Ceuv ci durent s en occuper d'autant plus que c'était une des obligations imposées par les actes de concession. Il semble que Ton ait voulu d'abord assurer en ce genre les subsistances de la nouvelle coloaie. Ce fut encore alors un moyen de déterminer la relâche des bâtimens, qui, se rendant aux Indes, trouTaient à Bourbon la facilité de remplacer à bon compte une partie des vivres consommés dans cette première portion d'un long voyage. La Barbinais , qui parle de tout ce qui l'a frappé dans le court séjour qu'il fit en cette ile en 1 7 1 7 , ne consacre que quatre lignes à l'objet de cet article. « Dans les mois de juin , juillet »et août, dit-il, on chasse les troupeaux dans les t montagnes, où ils vivent de feuilles d'arbres. Ils »sont marqués du nom de leur maître, et jamais on » ne s'en dérobe. »

Lors de l'introduction de la culture du cafier, on en fit la principale obligation imposée aux concessionnaires de terres , et l'on oublia de parler des troupeaux , si abondans alors qu'on croyait qu'ils ne s'épuiseraient jamais. Les colons de leur côté trouvaient dans les produits de la nouvelle culture des moyens

d'édiaoge d'une bien autre videur , quoiqu'elle ré^ clamât lant d'autres soîbs. L'éducation des troupeaux ne fut plors qu'un accessoire dans leurs occupations; et conmie ce qui en existait , excédait de beaucoup encore non seulement les besoins présens, mais ceux que l'on pouvait prévoir pour l'avenir , d'après le passé , ils défrichèrent ^ mirent en culture de nombreux terFains abandonnés fusque-là aux animaiix. Les champs devinrent suceessivemenl plus étendus, les savanes plus restreintes : dOes ont nème.ja^fiàreknent disparu dans certains quartiers, et il n'en est neslié , àbiendtre, que lé où laterren'était pas propre à la culture du ca&r. L'augmentation de la population et de lacultuve nécessitant l'empfet de beaocoisp de bois de charpenle , on abattit les arbres répandus sur ces savanes, et qui procu«raient aux bestiaux Tombrage et la fra&cbeikr si né* cessakes dans un tel climat. Les pluies et les rosées s'en éloignèrent j et par ane suite non interrompue de inalheurettses imprudences^ on rendit slërttes des lieux qui présentaient autrefois d'ahondans pâturages.

Le quartier Saint-Louis est , pour aihsi dke , le seul on l'on n'ait pas enlevé aux troupeaux lé terrain qui lenr était primitÎTement destiné. On y trouve encore le long de la mer, depuis le château diiGol fusqu'â la 'rivière Saint-Étienne , un espace d'environ deux tiers de lîeue de long* sur une largeur de six cents ganlettes , qni offre un pâturage très43eau et très4>on ; mais malheureusement les hafaitans de ce quartier, livrés pour la culture à une routine dontdc

faibles produits en grains signalent inutilement la dé* fectuosité, ne sont pas en état d'avoir et n'ont pas en effet un nombre suffisant d'animaux ; et sans songer qu'en l'augmentant ils tireraient un plus grand parti de cette commune, ils se bornent à déplorer son peu de rapport.

En 1776, il y avait encore à Bourbon, suivant ce quementionneRaynal, cinquante-cinq mille animaux destinés à la subsistance ; en 28049 environ trente ans après,ils%taient sirares,qu'un mémoire officiel de cette époque, qui insiste beaucoup sur la nécessité deréta-blir les pâturages , ne parle des troupeaux que pour dire qu'ils « sont en petit nombre et très-né^gés. » Il ne cite numériquement que ceux de SaiQt-<-PauI et de Saint-Leu , qu'il évalue à 5,ooo. Malgré l'aug-mentation considérable du nombre des habitans, qui^ de 3 2, 5oo individus de toute classe existant en 1776^ se trouve être en i8o4 de 70,600 , noua ne voyons plus qu'un nombre de 80,000 animaux destinés , à cette époque de 1 804^ a la subsistance, porté à 1 00,000 deux ans après.

Cette disproportion est remarquable; et si elle peut être donnée en preuve d'une imprudente insouciance, elle le sera plus encore , et d'une manière fort honorable , en faveur de la sobriété des colons. C'est le besoin qui excite au travail, c'est la nécessité de pourvoir à la consommation ou au débit, ainsi que l'avantage qu'on y trouve , qui portent à élever des bestiaux. On consomme en effet peu de viande sur les habitations; quelques volailles, mais surtout les légumes y sont la base de la nourriture. La chasse

^79 quelquefois, moinsrareinent la pèche, y joignent leurs produits. C'est dans les villes qu'a lieu le plus de débit de viande de boucherie , parce que c'est là que résident plus d'Européens.

L'augmentation assez grande du nombre d'animaux qui a eu lieu ces dernières années , porte , comme de raison, sur ceux dont on consomme le plus. Quoique en général la viande de porc soit celle qui , dans les climats chauds , amène dans Forganlsatioii animale des désordres quelquefois étendus, c'est celle qui, pour la plus grande part, entre à Bourbon dans la nourriture des blancs et des libres ; et pourtant elle n'y produit pas, sensiblement du moins , les inconvéniens qui en ont fait ailleurs redouter et souvent interdire l'usage. Ce quadrupède, qui multiplie beaucoup, est facile à nourrir; et le nombre de ceux qu'on élève se règle assez ordinairement sur le produit des récoltes. Il augmente si le mais, si les racines sont abondans, et diminue s% sont rares et chers. Au surplus , ce que je viens de dire des troupeaux s'applique plus à ceux de bétes à cornes qu'aux moutons et aux cabris. Cependant ces deux espèces, la première surtout, élaient beaucoup plus nombreuses autrefois qu'à présent. Le mouton ne trouve plus le pâturage ombragé qui lui convient, et s'accoutume difficilement à vivre toujours dans des parcs ou enclos , où le cabri s'arrange mieux pourvu qull soit tenu très-propre Cela semble ne s'accorder guères avec le caractère in-' dolent du premier, si différent de la pétulance de l'autre. La nécessité de tenir ces animaux enfennés^

28o â cause des cultures auxquelles ils nuiraient d'une manière très - dommag^ble , explique leur petit nombre.

On s'occupait autrefois avec avantage de laveproduction des obeyaux. Cette partie importante de Findustrie agricole a été dqmis entièrement négligée. Les ohevaux créoles, élevés librement dans les sa- Tanes , étaient devenus petits, réti£i, dîfficileB à dompter ; ilè gâtaient, les pâturages plus qu'ils n'^ conMsnmsâent; et leur utilité était lott do balancer les dégâts qu'ils causaient. A mesure que les rawnus des colons ont augmenté , que les communications avec le dehors ont été pluis faciles et !pluB promptes, on a cherché à améliorer cette raoe par Tintroduotion de chevaux étrangers ; et l'attention qui y fat donnée devint tellement productive, qu'elle donna lieu à «me exportation notaUe pour le temp^ £0 1776, le nombre des chevanx employés dans la coliteiie à diyers usages était <le deux mille huit cent Quatre-vingt-onze ; nous le voyons être 4^ trois mille deux cent saixante^ix en 1 8â3. Une portion est employée à la selle , le reste au trait et SQrt aux manége$ des. moulins à sucre ou au transport des denrées.

On préfère en génâf^l pour ce dernier service les «aulets, plus ^n état de supporter la fatigue et qui consomment beaucoup moins de vivres. Ponr favoriser l'augmentation de cet utile quadrupède, le gouvernement a accordé des primes â l'introduction de chevaux et d'ânes de belle race. Ces soins n'ont point été perdus , cl l'on obtient une espèce de mu-

feto aréoles j>FéféraMes de tout poiot aux mulets étrapgers.

Mais û Hinportation des chevaux^: des ânes et dts mulets» {irésente à ceux qui se livrent à c^taspéculatioi^ peu dracouvéuiess , qui tienueut plus àJbur tcaoaport ^'à leur çonsenr^iou une fois arrivés dans la colonie , il s'en faut qu'il eB spft de même des bêtes a coraes. La difficulté de 1 acclicnateiaent de cellefr^ci o|^ose à leur introduction des obstacles que xie balaiicent pas les avantages offerts d'abord par les prinaes et ensuite par la vente ou l'emploi. Cette difficulté au surplus ne frappe pas seulement celles v^^ues d,u dehQrs, mais aussi celles qui sont transportées de certaiios quartiers de i'jlle dans oeux qui leur sont opposés.

En lôao plusieurs buffles furent apportés dans la colonie par le capitaine de vaisseau Philibert , à son retour de ManSle, et confiés au directeur -du Jardin du HoL Us trouvaient dsuis les environs de ce jjardin iHi terrain marécî^geux où ils paraissaient se plaire., ib ont m^me uwltiplié ; mais de quelques précauticms qu'ils aient été l'objet, il n'en restait que quatre quapd ]e quittai la colonie en 1 824* On peut augurer de oette eiEipériepce , qu'ils ne seront jamais^ Bourbon d\in 'emploi général. De premiers essais faits autrefois n'avaient pi^f eu d'autres résultats et sont |MPesque oubliés. Il y aurait pourtant avantage â se servir.de ces animaux, plus forts, plus robustes , })lus piHipres è la fatigue que les boeufs , à présent wrtout qu'une grande partiie des trauspoiffs se faH ipAr^dtat^ri^ttes.

De tout ce que je viens de dire on peut tirer cette conséquence , que ce qui concerne les troupeaux à Bourbon mérite d'autant plus d'être étudié, que cfela tient de plus près à la réunion des moyens de subsistance et à l'exploitation agricole. Sous ce double rapport il doit exciter l'attention du gouvernement et celle des habitans.

Un des premiers soins doit être surtout le rétablissement des pâturages , qui présente déjà lui-même, il est vrai, des difficultés qui, pour être réelles, ne sont pourtant pas insurmontables. Que l'on exige, par exemple, que les terrains concédés avec destination exclusive de pâturages, y soient rendus et ne puissent en recevoir une autre ; que ces terrains ne puissent être morcelés par vente ou partage, mais restent indivis; qu'ils reçoivent un arrosement bien entendu par l'emploi convenable des eaux , presque toujours inutiles, des ritières ou ruisseaux voisins ou supérieurs; et l'on pourra espérer encore de Tombrage et de la fertilité dans des terres actuellement arides et improductives. Il arrive souvent qu'à la fin de la saison sèche le feu est mis par imprudence dans ces savanes abandonnées. Les herbes desséchées s'enflamment et produisent un vaste incendie qui dure plusieurs jours, consume les buissons, et brûle ou au moins endommage les arbres qui s'y trouvent rares et isolés. On n'oppose point d'obstacles à ces incendies , qui , du reste , slls étaient moins généraux et si l'on en pouvait être maître, produiraient le bon effet de charger les terres d'alcalis propres à les rendre plus vigoureuses et la végétation plus active«

5.83 On reiD^ierait aux inconvéniens en divisant les savanes en carreaux de deux à trois cents gaulettes, separés^ par de larges fossés et bordés de petits murs en pierres sèches. Les arbustes qui eroisseilit spontanément, les arbres qui seraient plantés couvriraient ces terres actuellement stériles ; la surface n*en serait pas tous les ans lavée par les pluies torrentielles de la saison chaude, qui entraînent avec elles à la mer le peu de ferres dont elle est recouverte : cette couche de terre à laqueUe s'incorporeraient les détritus des végétaux et les feuilles des arbres , s'épaissirait, s'améliorerait et deviendrait susceptible d'être* cultivée dans douze à quinze ans, Ea supposant même , pour aller à l'extrême, qu'on n'obtint pas ce dernier résultat , ces prairies.: ainsi divisées renfermeraient , comme dans autant de parcs, lés troupeaux qui n'eu épuiséraîjent le pâturage que successivement et à meaure de la reproduction des herbes ; les feuilla** ges des arbres; attb^eraient les rosées et les pluies, donneraient à tous les environs une humidité précieuse dont on ressent aujourd'hui péniblement la privation. Les arbres eux-mêmes, soit par rébran*» chage annuel, soit par les éclaircis convenables, soit plus tard en les abattant en temps opportun, pourvoiraient au. moins à une partie des besoins en bois de chauffage,. besoins qui . s'étendent tous les jours, et auxquels on ne satisfait aujourd'hui qu'aux dépens des j^foréts - qui couvrent encore quelques montagnes, au dépeuplement desquelles on ne saurait trop tôt porter remède.

On a essayé avec avantage de former de& prairies

arlîâcteitesdaas les hauts des liabitalton^ Sam doute Texemple encovatagemi douAé par M. Panooe-DeflbaS9yii»*MoMbrun tue peut recevoir partout sob «ppUootftOB , lûab U ne doit pas étne peirdu , et paurniit être léitUemeot .Mcvi dans ka «ocks que \e viens de proposer.

Parmî.les herbes <|m altaienteBt les aavaaô ^ on renarque surtout le -cfaieDdeat^ qoi a r«vaiitage de s accommoder de toutes sortes detéirains, même de celui Je plu sabkmneux ; ii le contient d^abord , ^ finit à U hinifue par le convertir en un terrain ans* oeplible*de quelque cultnre. On a introduit , il y a long^enipd^ la &taqoe, exceHeat pâturage qui ae plaît également dans les lieux humides et dans les terrains élevés. M. Ponon-Desbassyns de RicheuMot importa du Brésil, en 1817, Fherbe deGumée, q«i, je <^roîs , était d^à connue dans la colonie, mais ne Téiaitque peu. Ce pâturage, dont quelques anknaua se montrèrent avides, exige un sol humide et presque maréci^enx, et ne peut cmiséqueinment être cultivé partMi^t. <2udqiies hd^itans ont cru remarquer qu'il rendait mous et peu vigoureux les <}ievaux qui s'en nourrissaient. Quoi qu'il en soit de ces r6mar<ques, et eHes n'ont peut-^tre que peu de fondement , rherbe de Guinée sqra toujours utile dan» certaines localités, non pas, il e9t vrai, pour les fftiimaux qu'on laisserait vaguans dans une savane, mais pour ceux qui sont tenus à l'écurie, à l'étable ou dans des parcs. C'est donc un service rendu à la colonie que de la lui avoir procurée.

Je place ici les tableaux de la situation des troupeaux

lK)ur tes années 1821 , 1822 , 1823. J'ai rapporté , clans un sommaire récapitulatif, l'existant en 1776 et le compte qui fut rendu en 1810, lors de la conquête. De ht première à la seconde de ces époques , il y eut une diminution remarquable ; mais aussi la progression de celle-ci à 182 1 est bien différenite : elle a toujours été croissant dans un rapport extraordinaire et dont l'explication ne se trouve que dans l'accroisseinent de la population, rexteuaion de la culture et surtout GeUe donnée au commerce , <^i , m augmentant les besoins et la nécessité de les satisfaire , ont dû. indispensablement augmenter les moyens d'y pourvoir. Au surplus, |e crois devoir avertir que je n'ai pas une entière c<mfiance dans Fexactitude de ces tableaux, surtout quant â la dernière colonne. On se persuade diffici«^ lement dans le pays l'utilité de semblables renseignemens ; on ne regarde généralement leur réunion que comme objet de vaine et ridicule curiosité ^ et l'on se met peu en peine des différences qui peuvent exister entre la réalité et ce que l'on indique pomme en étant Fexpression fidèle.

GOCKOaS.

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