‹ Essai de statistique de l'île BourbonChapitre 42 sur 90 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

L'île Bourbon était préparée par la nature pour être une colonie agricole. Les forêts dont étaient couverts les flancs de %s montagnes , les savanes naturelles qui tapissaient les plaines limitrophes de la mer en étaient le signe certain ; et dès les premiers temps qu'elle fut habitée , le riz , le blé , le maïs , objet des soins des colons , et qui y croissaient avec le plus grand succès, furent le gage de sa prospérité future. Les nouveaux habitans y joignirent bientôt la culture du tabac et celle de quelques plants de cannes à sucre , dont le jus mis ea fermentation leur fournissait une liqueur spiritueuse : le café y croissait spontanément.

Lorsque la compagnie des Indes fut mise en possession de rile , son administration ne tarda pas à reconnaître quel parti avantageux elle en pourrait tirer. A mesure qu'elle augmenta le nombre des colons, elle leur concéda des terres à charge de culture; elle fit des avances de fonds. I^is l'abus vient toujours T. II. ;

se placer à côté du bienfait. Ce qui eût été d'une réelle utilité si la pensée de la compagnie eût été mise en pratique , dcTint presque nul dans Texécution. De grands espaces furent accordés à un petit nombre de blancs qui ne pouvaient mettre tout en rapport; les avances furent le plus souvent faites, moins en raison de l'industrie du cultivateur qu'en raison de la protection qu'il savait se ménager auprès desagens locaux ; et l'on fut loin d'atteindre le résultat qu'on avait espéré. Cependant la terre produisait avec tant de libéralité , elle demandait si peu pour donner beaucoup, que ces premiers instans faisaient apercevoir la plus heureuse perspective. La compagnie s'était réservé la fourniture exclusive de tous les besoins, et, par une conséquence naturelle, le monopole de tous les produits. C'était dans ses magasins que les colons venaient s'approvisonner; c'était dans ses magasins qu'ils livraient toutes les récoltes. On l'a vue souvent, imitant le sordide exemple donné aux Moluques par la compagnie hollandaise , jeter à la mer , anéantir ce qui excédait le nécessaire à la consommation, ou ce qui, par trop d'abondance, aurait fait baisser les prix et réduit la somme de ses profits (i).

Mais si l'on peut regarder que le meilleur moyen à employer pour commencer la colonisation d'un pays soit de le livrer à des compagnies, ce n'est pas à coup

(i) On a évalué que pendant la dui*ée de son privilège , les bénéfices de la compagnie sur ses envois en maixhandises européennes étaient de loo p. cent, et de 5o p. cent sur les retours.

sûr celui qui convient quand il est déjà parvenu à un certain degré d'accroissement. Il faut à un pays nouveau la réunion de forts capitaux , et surtout la surveillance de l'intérêt personnel pour commencer son existence. L'enfant qui nail a besoin de sa nourrice pour recevoir des secours qu'il ne peut se procurer lui-même; mais dès qu'il essaye à marcher seul, cette habitude de soins craintifs , si précieux au premier âge, devient alors funeste; ils s'opposeraient à ses premiers pas, ils retarderaient le moment où, se livrant à ses forces, il prendra de l'assurance et marchera seul et sans soutien dans une carrière qu'il doit parcourir avec toute la vigueur de la jeunesse : ce sont alors les soins paternels qu'il lui faut ; c'est par eux qu'il apercevra les écueils semés sur la route , qu'il s'engagera avec assurance dans la bonne voie, et s'y maintiendra avec fermeté. Si je prolongeais la comparaison, nous verrions qu'il en est absolument de même de nouvelles colonies. Pour ne pas nous éloigner de celle à laquelle cet ouvrage est consacré, il est à remarquer qu'elle eût plutôt atteint le degré de prospérité auquel elle est parvenue , si elle fût restée moins long-temps dans les langes de la coœh pagnie des Indes. On en put concevoir l'espérance quand le roi en reprit l'administration ; mais d'autres entraves l'éloignèrent encore : elle ne s'est vraiment réalisée que depuis que , libre enfin de prendre son essor, la colonie a pu essayer ses forces , et se livrer à tout le développement dont elles sont susceptibles. C'est alors qu'on a vu donner une extension nouvelle à d'anciennes cultures, tenter l'amélioration de pro-

duits jusque-là peu profitables, introduire de nouveaux moyens de richesse , essayer de nouveaux procédés. On eût pu douter avec raison , sinon d'un succès individuel, au moins d'un succès général, d'une imitation universelle , si la protection paternelle du gouvernement, si de sages conseils, si des éloges qui excitent l'émulation , des applaudissemens qui l'entretiennent, si des encouragemens , des récompenses distribués avec discernement et justice, ne fussent venus appuyer ces honorables tentatives , en assurer, en garantir la réussite. En vain se le dissimulerait-on : dans les colonies, l'homme ne vit que pour soi ; toute amélioration qui n'a pas un avantage instantané , n'est pas celle qui captive son attention; c'est pour lui , non pour ses héritiers , qu'il travaille. Les essais ne sont rien , le succès est tout. Par une conséquence qui sera aisément sentie , l'administration doit tenir les yeux constamment ouverts sur les tentatives, les essais; elle doit les encourager, les proclamer , porter la généralité des colons par des voies presque inaperçues à suivre ces généreux exemples , à fonder ainsi le bonheur public, qui ne se compose que de la somme des intérêts particuliers, et à. confondre dans le même hommage de gratitude le gouvernement du roi, et les colons distingués qui ont contribué d'une manière si notable à la prospérité du pays. Nous verrons dans la suite de cet ouvrage à qui la colonie doit la plus grande partie de sa richesse , et par quels moyens le gouvernement y a concouru. Je n'ai pas sans doute la prétention de vouloir exciter la reconnaissance et l'amour des colons

envers leur royal protecteur; ils en ont manifesté toute rétendue : je n'ai pas non plus le tort de penser qu'il soit nécessaire de leur rappeler quels sont ceux d'entre eux qu'on peut, à juste titre, nommer les bienfaiteurs du pays ; ce serait méconnaître leurs sentimens , et je sais combien profondément ces noms sont gravés dans leurs cœurs. Mais c'est céder à un besoin , c'est remplir un devoir que de les consigner dans un ouvrage dont le but est de faire connaître toute l'importance de cette belle colonie.

On évalue généralement à 1 26,000 hectares la surface cultivable de l'île. Dans cette évaluation n'est pas comprise la vaste coupe qui en forme l'intérieur, séparée des côtes par les montagnes. Ces 126,000 hectares ne sont que la partie inférieure de la pente de ces montagnes , en descendant vers la mer. Dans un mémoire que j'ai lieu de croire avoir été écrit de 1776 à 1780, cette étendue était indiquée être de 3oo,ooo arpens, dont un tiers 'environ cultivé et le reste en friche. Je trouve la même quantité de 3oo,ooo arpens dans un autre mémoire daté de 18049 qui a toujours été regardé comme méritant toute confiance , autant à cause du caractère de son auteur, qu'en égard aux éminentes fonctions dont il était alors revêtu (1). Cotte quantité exprimée en hectares

(1) M. Thibault de ChanvalioD, ancien ordonnateur général des deux îles en 1798, et spécialement chargé de l'adminiBira tien de Bourbon de 1785, à 1789. Ce respectable administrateur a bien voulu me procurer une partie des documens qui m'ont servi à composer cet ouvrage; c'est en dire Tautheuticité.

donne celle de ia6,525; je peux donc m'en tenir au chiffre indiqué,

La mesure vulgaire à Bourbon est la gaulette de i5 pieds carrés. Dans la seule paroisse de Sainte- Marie elle est de 1 2 pieds. Je l'ai réduite à la mesure commune dans le tableau des surfaces occupées par les diverses cultures que l'on trouvera ci-après. Ce tableau donne un total de I7,io5,3o5 gaulettes cultivées. En le transformant en hectares on obtient un nombre de 549I4S hect. 55.

Il résulte de ceci que la culture, qui était de 4^,000 hectares environ à l'époque où la compagnie des Indes a cc83é d'être propriétaire de- la colonie, a été portée depuis à 54,000 hectares, c'est-àdire, augmentée de deux septièmes; et l'on peut assigner pour époque de cet accroissement celle de la rétrocession en 181 5, puisque, dans les états remis lors de la conquête, en 1810, on n'évaluait encore la quantité de terres cultivées qu'au tiers de la surface cultivable, comme antérieurement, et qu'il est no^ toire qu'elle n'a reçu aucun accroissement pendant l'occupation étrangère.

Les terres non cultivées forment d'après cela une quantité de 71,860 hectares à peu près. Une partie est couverte du produit d'éruptions volcaniques trop récentes, comme dans les quartiers Sainte-Rose et Saint- Joseph; ou bien est annuellement labourée par des torrens qui charrient des roches de toutes dimensions et de toutes grandeurs, qui changent continuellement de lit et ne souffrent aucun des travaux de l'homme x:omme le bas de la rivière des

Pluies« Une partie encore exigerait des soins étendus et multipliés pour être remise en état de produire. Le canal de Saint-Etienne Tient de rendre susceptibles d'être cultivées une partie des terres à la gauche de cette rivière; une dérivation bien entendue des eaux de la rivière des Galets pro^luirait le même bienfait dans la plaine de la Possession. Une partie enfin de ces terres non cultivées est dans une zone où il y aurait une double imprudence à vouloir s'établir, puisque d'une part les cultures. coloniales ne pourraient y réussir à cause de son élévation, et que de l'autre continuer à la dégarnir des arbres qui la couvrent encore, serait s'avancer plus rapidement vers un état d'aridité qui , si l'on n'y prend garde ^ finira par forcer à abandonner entièrement le pays.

Le développement donné à la culture a produit d'immenses avantages , mais on se tromperait cependant si l'on pensait qu'il n'en soit pas résulté d'inconvéniens.

Lors des premières concessions , on ne stipula point les limites supérieures des défrichemens : c'est le malheur des premiers instans des colonies : on ne voit que le présent; on en est trop occupé pour songer à l'avenir. On défricha les terres les plus voisines de la mer ; mais quand elles furent toutes mises en valeur, on s'étendit de proche en proche sur la pente des montagnes , on diminua l'étendue des savanes destinées au p&turage des nombreux troupeaux qui étaient un des moyens de richesse de la colonie. On détruisit peu à peu les arbres qui , dans celles élevées surtout, comme dans une partie de Saint-Leu^

entretenaient uo ombrage et une fratcheur salutaires. Ces lieux se sont ainsi successiyement dépeuplés , sont devenus déserts , et par un abandon irréfléchi , dont ils ont éprouvé plus tard le^ fâcheuses conséquences, les colons se sont privés d'une ressource précieuse qu'il est difficile de faire renaître. Ce n'est pas chose aisée, que de raviver, de replanter des sa-* vanes tellement desséchées, qu'à peine dans la saison des pluies elles se couvrent d'un gazon court , maigre et qui n'offre, pendant un bref espace de temps, qu'une nourritijire médiocre aux rares troupeaux qui le paissent.

Les premiers colons durent rechercher qud|» terres étaiei^t plus propres à certaines cultures et s'attacher à reconnaître les indications que fournissaient les localités elle-mémes. Par suite de ces examens, les quartiers sous le vent , qui offrent des plai* nés étendues sur une pente douce et prolongée , furent plus spécialement affectés aux céréales et aux légumineuses , tandis que dans les quartiers du vent on s'occupa avec avantage , outre les plantations né-, cessaires de vivres, de la culture du cotonnier, Jusqu'à ce qu'on l'abandonnât pour la remplacer par celle du cafier, dans la suite par les arbres à épiœs qui furent naturalisés beaucoup plus tard , et enfia récemment par la canne à sucre, qui y était connue dans le commencement, mais dont on n'extrayait que le vesou, sans donner à la culture de ce roseau et à l'élaboration de ses produits , une extension et une activité qu'elles n'ont reçues que depuis quelques années.

Ainsi, comme on le voit, c'est moins la quantité de terres livrées à la culture , qui a procuré à la colonie Fétat prospère où elle se trouve, que la- nature des cultures auxquelles on s'est successivement appliqué, et surtout Taugmentation et Tamélioration des moyens de culture. Si donc Ton a été amené à ce résultat heureux par la fondation du nouveau quar-tier Saint-Joseph et par des défrichemens récens dans les autres, on y a été conduit aussi notamment par l'introduction du giroflier et depuis surtout par celle de la canne à sucre, ce que j'aurai plus tard occasion de démontrer.

Les cultures auxquelles on se livra d'abord à Bourbon , furent , comme je l'ai dit , celles qui devaient procurer des moyens de subsistance à la nouvelle colonie , en fournir à sa voisine peu productive par elle-même, et alimenter les nombreuses escadres qui venaient relâcher à l'île de France pendant les guerres de l'Inde. Elles furent éminemment excitées par M. de la Bourdonnaye. Celles qui devaient livrer des produits au commerce ne furent longtemps que secondaires , et ne sont devenues principales , à bien dire , que depuis la division des deux; îles entre les deux puissances , voisines en Europe comme elles le sont dans toutes leurs possessions des deux Indes.

Le riz et le maïs sont la base de la nourriture des créoles et des esclaves. Le maïs était et est encore presque la seule nourriture de ceux-ci. Il est cultivé dans tous les quartiers et réussit également bien partout. Dans les quartiers du vent , on le sème en sep-

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tembre , octobre et noYeuibre ; soas le vent , depuis octobre jusqu'en mars. Au Tent on le récolte'en jan- Tier, février et mars; sous le vent , celui qui a crû daus les torrens bas est récolté cinq mois après qu'il a été semé, mais celui auquel des terrains élevés ont été consacrés , n'est en maturité qu'au bout de six à sept mois. Le produit de cette culture fut , en 1 776 ( 1 ) ^ de 4499^^6,000 quintaux. Il n'était déjà plus que de 20,000 quintaux en iôo4* Le produit moyen actuel est de 28,860 quintaux environ. La différence est grande sans doute entre les premiers produits et ceux d'aujourd'hui , et bien que l'on n'ait plus à approvisionner nie de France, il n'en résulte pas moins la nécessité de recourir à l'étranger pour compléter les quantités nécessaires à la consommation locale.

Le riz peut être cultivé dans tous les quartiers , et il l'est en effet dans tous, excepté à Saint-Denis, Sainte-Marie et Saint-Leu. C'est à Sainte-Suzanne et Saiot-André, au vent, à Saint-Paul et Saint-Louis, sous le vent , qu*on s'en occupe davantage , parce que c'est là qu'il y a plus de terrains bas faciles à inonder. On prise le riz de Bourbon beaucoup plus que les variétés fournies par Madagascar, et que celles en bien plus grand nombre cultivées au Bengale et sur les côtes de Malabar et de Coromandel. On le préfère pour les malades et il est surtout consommé par les gens riches et les estomacs délicats. On le sème en septembre } octobre et novembre, dans les quartiers

(!) Quantité rapportée par Raynal.

1 1 du vent; sous le vent, celui qui exige des terres hu* xnides est semé en juin pour être récolté eu novembre; celui qui se contente de terres sèches n'est semé qu'en novembre et décembre, et est récollé en mars et avril. La récolte du riz dans les quartiers du vent a lieu en février, mars et avril. A la môme époque de 1776, déjà citée, la récolte du riz donna 63,828,800 quintaux, elle nest plus maintenant que de 26,100 et quelques quintaux , dont il ne se consomme pas la moitié dans le pays. Ce qui est exporté Test pour rtle Maurice, et en plus grande partie par les bâtimens français qui le consomment dans leur traversée de retour.

Le blé n'est destiné qu'aux Européens et à quelques créoles blancs, de ceux surtout qui habitent les villes. La presque totalité du produit de l'ile était autrefois employée au ravitaillement des escadres de la marine royale , ainsi qu'à la consommation des Européens établis au port Louis de l'ile de France. Ce produit fut, en 1776, de 5,44^0^^ quintaux. Suivant le mémoire de 18049 il s'est élevé souvent, avant la révolution, de 70 à 80,000 quintaux. Alors, c'est-àdire à l'époque de ce mémoire, il ne passait guères 20,000 quintaux. Le produit moyen annuel est actuellement de i8,5oo quintaux, dont à peu près la moitié est consommée dans l'ile. Cette diminution remarquable a eu plusieurs causes : d'abord les terres qui rapportaient il y a quarante ans jusqu'à 80 et 100 pour un , donnent maintenant au plus quelquefois 40, presque généralement 20 et souvent moins. Le

sol, fréqueinmeut humecté par les pluies lorsque les montagnes étaient encore couvertes de forêts, éprouve , depuis les défrichemens qui ont été faits , de longues et fréquentes sécheresses qui nuisent d'une manière notable au graminée dont il s'agit. D'autre part les débouchés qui lui étaient ouverts autrefois s'étant fermés , les greniers étant restés pleins , et les prix ayant beaucoup baissé , plusieurs colons ont abandonné une culture qui ne leur donnait plus le profit accoutumé , pour se livrer à celles qui leur présentaient des avantages.

On sème le blé en mai et juin ; on récolte au bout de six mois celui qui est cultivé dans les quartiers du vent ; sous le vent, c'est en septembre et octobre. Le cours s'établit à la fin de ce mois ; le marché de Saint-Pierre le règle. C'est dans une partie de ce quartier , mais notamment dans les belles et vastes plaines de Saint-Louis , qu'on se livre le plus à cette culture. A l'époque où les blés , déjà parvenus à leur hauteur, commencent à jaunir, elles rappellent la Beauce ou le pays Chartrain; mais qu'il y a loin du mode de culture usité dans la colonie et surtout de la qualité du grain!

Aucun des procédés européens, aucune de ces heureuses innovations, fruit des recherches denossavans et de nos économistes , ne sont en usage à Bourbon. On n'y connaît point la charrue, et la terre y est partout travaillée à la pioche. Sans doute dans beau* coup de lieux le peu de profondeur de la terre végétale, la quantité de roches plus ou moins grosses qui l'embarrassent , sont autant d'obstacles au mode de

labourage européen ; mais enfin il y a des contrées où il serait praticable, et une partie au moins du quartier Saint-Louis m'a paru dans ce cas.. On peut (lire, en général, que pour la culture les habitans des quartiers sous le vent sont d'un demi-siècle en retard à l'égard de ceux de la partie du vent. Les terres y sont meilleures et d'une plus grande étendue , et cependant ne donnent pas la moitié des produits que Ton retire de celles de l'autre côté. On y suit une aveugle routine sans chercher à améliorer les procédés. Depuis quelques années , sur les demandes des gouverneurs , le ministre de la marine a fait parvenir dans la colonie des charrues et plusieurs instrumens de culture dont les modèles sont déposés au Conservatoire des arts et métiers. Divers essais ont été tentés par deux ou trois colons ( i ) , l'attention ppblique a été plusieurs fois portée sur l'avantage de ces moyens; mais de petites expériences, un essai mollement entrepris et bientôt abandonné, et qui semblait au public être plutôt un objet de curiosité qu'avoir un but réel d'utilité , n'ont pu prévaloir sur rancfenne routine , et la terre continue à être tra- Taillée à bras. On conçoit aisément que si parfois , souvent même , il peut y avoir nécessité d'en agir ainsi, si même il est impossible dans plusieurs quartiers de faire autrement , il y aurait dans l'action de nos instrumens une économie de temps tellement remarquable , un emploi tellement moindre des forces

(i) Notamment M. Fréon de Sainte Suzanne et M. Robin de Saint Pierre-

de l'homme , et coDséquemment un tel avantage pécuniaire , qu'on ne saurait manquer de désirer voir adopter ce parti. Des instructions sur les meilleurs principes de culture seraient perdues, l'exemple seul peut avoir de l'autorité; mais il ne faut pas l'attendre des Européens persuadés qu'on ne va pas aux colonies pour cultiver les grains de leur pays: des colons seuls peuvent inspirer par leurs travaux une utile et louable émulation , soutenue et excitée par leurs succès.

11 n'aura pas échappé que , si en France il s'écoule ordinairement- neuf mois entre l'ensemencement des terres à blé et la récolte de ce grain , il n'y a à Bourbon que quatre à cinq mois entre l'une et l'autre époque. Ou sème quand la saison des pluies et des ouragans est passée ; et c'est lorsque le soleil revient de ce côté de la ligne que l'on récolte. La terre , humide et chaude , donne une grande activité à la végétation. A Saint-Benoit , par exemple , où elle est continuellement arrosée par des pluies fréquentes, le chaume pousse avec une vigueur étonnante ; mais après que l'épi s'est montré, la chaleur ne lui donne pas le temps de se nourrir, et le grain rend peu. Dans les quartiers sous le vent , qui , au contraire , éprouvent ordinairement de fortes sécheresses , le chaume est loin d'acquérir le développement auquel il parvient dans la zone tempérée ; l'épi se fait voir de bonne heure , mais l'action des rayons solaires desséche bientôt la plante ; elle meurt avant que le grain soit convenablement nourri, et l'épi est sec avant d'être mûr. C'est à cela sans doute qu'il faut

attribuer la non conservation de ce grain et même de la farine qui en provient , soit qu'elle reste en cet état, soit qu'elle ait été convertie en biscuit, conservée à terre ou embarquée. J'ai vu souvent de ce' pain , fabriqué avec tout le soin possible , et de la plus belle apparence, supporter à peine un mois de navigation.

Cette observation au reste n'est pas nouvelle; et ]e la trouve consignée dans le Voyage de le Gentil en 1717. Ce fut pour remédier à ce très-grave inconvénient , que Bl. de Crémont , ordonnateur de l'tle Bourbon lors de la rétrocession par la compagnie des Indes en 1767 , fit construire à Saint -Denis des étuves pour la dessiccation de la farine destinée au service des bâtimens de guerre (1). Ce n'était pas

(i) M* de Crémont) chargé en 1767 > conjointement avec M* de Bellecombe , de reprendre possession de la colonie au nom de Sa Majesté, y a laissé les monumens les plus honorables de son administration* Lorsqu'il y arriva , il n'y avait d'autres moyens de réduire le grain en farine pour la subsistance des rationnaires qu'un moulin à vent, qui, la plupart du temps, ne pouvait suffire à sa destination. L'ordonnateur fit dériver les eaux perdues de la rivière Saint -Denis dans un canal latéral où , retenues par une digue à une hauteur toujours égale^ elles impriment le mouvement à plusieurs roues de moulin. Quelques particuliers ont depuis établi d'autres moulins y d'autres usines sur ce canal.

La ville manquait de fontaines, on allait prendre l'eau nécessaire à la consommation dans la rivière Saint*Denis , ou au ruisseau des Noirs. M. de Crémont fit conduire les eaux de celui-ci par un long aqueduc à Saint-Denis , près le jardin du roi , d'où elles sont distribuées par deux fontaines publiques.

1(5 là le point. Ce n'est point par Thuitiidité qa'elle conservé que pèche la farine provenant du blé de File

Tune sur la place qui précède le jardin , l'autre vêts le milieu de la rue Royale , et réparties dans divers établissemens comme l'hôpital y les casernes , la çeole j le parc d'artillerie et du génie > les faôtds du gouvernement et de l'intendance.

Un bazar commode fut établi au centre de la ville.

Le jardin du roi reçut des améliorations notables qui en ont fait une agréable promenade.

Sous l'administration de M. de Crémont , furent élevés le pont de la riviëre Saint-Denis, le pont de débarquement et le parc d'artillerie. L*h6pital fut agrandi et entouré d'un mur On bâtit les étuves à l'occasion desquelles cette note se trouve placée ici y et qui ont été déU'uites en i8i6.

C'est à lui qu'on doit le bel hôpiul de Saint-Paul. Il fit réparer les magasins en pierre du quartier Saint - Leu y et ceux de Sainte- Suzanne , qui depuis ont été abandonnés et démolis par l'administration britannique.

Pendant qu'il s^occupait avec une ardeur soutenue de ces importans travaux y il ne négligeait ni les finances ni la police } le recueil des oixlonnances rendues par lut seul , ou concurremment avec le gouverneur, en fait foi. U donnait une attention particulière à l'accroissement de la culture des grains nourriciers, et c'est aux soins qu'il avait pris que son successeur dut y pendant la guerre de 1778 à 1783^ de pourvoir, sans secours étrangers, aux nombreux besoins en grains, farines et biscuit des troupes et des escadres employées dans les mers de l'Inde ,sou8 les ordres de M. de Bussi et du bailli de SufFren.

Après avoir administré la colonie pendant dix ans avec autant de zèle que de désintéressement y M. de Crémont h quitta emportant avec lui , pour toute fortune y le faible produit de son mobilier, mais riche du bonheur de n'avoir rien

Boiurboa^ la Téritable cause est la apn maturité du grain , quoiqu'il soit parfaitement sec au moment où on le récolte. 11 est bon de noter ici que ce qui a ccmcouru à diminuer la culture du blé est la difficulté de le conserver*

Des autres graminées d'une culture générale ea France, je ne connais que l'avoine qui ait été intro* duite à Bourbon ; encore n'y a-t-il qu'un seul habitant qui s'en occupe à Saint&-Su^nne» et n'est-ce quç pour un emploi médicinal.

Le manioc, que plusieurs ont cru originaire d*Àmérique , semble ne pouvoir être contesté à l'Afrique.

obligé pour la prospérité du pays. Accueilli comme il le méritait par les ministres qui remployèrent utilement auprès d'eux y il obtint , en 1788 , une peaskm de 6,000 fr. de retraite et le brevet d'intendant de la marine et des colonies* La pension ayant été suspendue en 1790, M. de Crémont fut bientôt réduit à un tel état de gène, que , dans les dernières années d^une existence devenue bien pénible , il Itit obHgé d'accepter une place de i^Soofir. au bureau des ardiivea des colooies, à Yersailles.

Cette note m'a été foarnie par M. Motais de Narbonne 1 qui , après avmr servi sous M. de Crémont pendant le cours de sa longue administration , a eu l'honneur de remplir les mêmes fonctions en 1784 jusqu'au 12 octobre 1785. II fut, à cette époque , nommé commissaire général ordonnateur des deux fies, et resta chargé de cette administration jusqu'en 1789 qu'il la remit à M. Dupuy, intendant général des établissemens français au-4elà du cap dû Bonne -Espérance. M. Motais vivait entouré de l'estime et du respect des habitans , quand j'ai quitté moi-même la colonie en i8a4*

T. Il, 2

Depuis un temps immémorial il est la l>ase de la nourriture de la plus grande partie des noirs de ces contrées. Il est cultivé à Bourbon par toute la colo^ nie , et parait quelquefois sur la table des habitans. Il concourt, avec le riz et le maïs, à la subsistance des esclaves. C*est à M. de la Bourdonnaye qu'on en doit l'introduction dans le pays. On le plante au vent en septembre et octobre , un mois plus tard dans la partie sous le vent. La plantation dure dix-huit mois à deux ans ; c'est au bout de ce temps qu'on fait la récolte de cette racine, qui se multiplie de bouture. Il est remarquable que, tandis qu'en Amérique le suc exprimé de la racine est mortel y il est innocent aux îles de France et de Bourbon%

Les pommes de terre et les patates sont depuis plusieurs années à Bourbon l'objet d'une culture assez étendue, d'un usage utile et peu coûteux; elles servent à la nourriture de toutes les branches de la population ; quant aux noirs , on leur en donne deux kilogrammes par jour. Les quartiers Saint -Paul, Sainte-Marie et Saint-Benott sont ceux qui en produisent davantage : presque tout est consommé dans le pays* Les navires qui retournent en Europe , embarquent , pour les besoins de la traversée , une partie de ce qui est mis dans le commerce ; le reste est exporté pour l'Ue Maurice. On les plante de janviar à mars ; on peut les récolter au bout de quatre mois sous le vent , et après six mois dans la partie du vent. Les patates sont plus cultivées à Saint-Benoit : elles

rendent beaucoup. Une variété connue sous le nom de patates -paul fructifie d'une manière étonnante, est très-nourrissante, et d'un goût, d'une saveur fort agréables. Elle a été récemment introduite ; j'ai le regret de ne pouvoir indiquer par qui. Les terrains sablonneux de Saint-Paul et de Saint-Leu conviennent mieux aux pommes de terre.

L'igname et la cambâre, racines d'un goût fort agréable et très-nutritives , «ont cependant peu estimées à Bourbon , et conséquemment y sont peu cultivées. Elles sont ordinairement un supplément de nourriture pour les noirs , et leur sont le plus souvent abandonnées à discrétion. Ce n'est quetlans des circonstances difficiles qu'elles sont données en ration , et alors c'est à raison de deux kilogrammes par jour. On ne s'en occupe, à bien dire, que quand la récolte des grains a été faite. On les plante, au vent, d'août en octobre, un mois plus, tard sous le vent. La récolte ne se fait que neuf à dix mois plus tard.

Quant aux songes, que l'on nomme aussi gouets, et qui ne sont autres que la racine connue en Amérique sous le nom de chourcaraibè , ils sont cultivés dans les terrains hauts. Leur produit , presque toujours abandonné aux noirs , n'est donné en ration qu'en cas de disette ; la distribution a lieu alors à raison de deux kilogrammes par jour. Us se plantent au vent pendant les mois d'octobre , novembre

et décembre, Un mois plu» tôt sous le yent. Dam ces demterd quartiers la récolte se fait en juillet et août; mais datns les autres la racine n'a acquis sa maturité qu'au bout de deux ans de plantation.

L'ambrevade est produit par un arbrisseau dont on couvre des terres fatiguées. C'est , je crois , le même connu aux Antilles sous le nom de pois d'Angolc, et qui est originaire de l'Afrique. Comme lui, l'ambrevade est pourvu de feuilles mince» et aloogées ; ses fleurs jaunâtres et irrégulière» sont disposées en bouquets à l'extrémité des rameaux. Comme le pois d'Angole aux Antilles, l'ambrevade est semé à Bourbon dans des terres qu'il . revivifie , tant par l'humidité et la fraîcheur qu'il y entretient, que par l'engrais que procure la chute de ses nombreuses feuilles , plus utile sous ce rapport que comme donnant un produit nutritif, La plantation dure un an et dix-4iuit mois dans les quartiers du vent , é^ jusques à trois ans dans les quartiers sous le yent Le pois que contiennent les gousses se récolte en août, septembre et octobre. C'est un mets fort agréable et assez délicat quand il est frais ; sec , il ne sert qa a la nourriture des noirs. On le donne à raison de cent vingt grammes par )oar.

Les haricots et pois du Cap ont autrefois été l'objet d'une culture beaucoup plus étendue qu'à présent. Les quartiers sous le vent qui ont le plus résisté aux innovations en ce genre , fournissent*cinq fois

plus de ces légumes que ceux du veut, où Us ne paraissent guère que d^uos les jardius potagers , et uniquement pour la table des hatHtons. Dans oeux aà ils êoiot encore un objet de spéculation, leur produit est souvent incertain et quelquefois trèsH^éduit» tantôt par la sécheresse, tantôt parce qu'ils sont désolés par une grande quantité de chenilles et de pucerons noirs qui s'attachent à la plante, et causent bientôt sa mort. On sème les haricots en mai , juin et juillet dans les quartiers Saint-Joseph , Saint-Pierre etSaii]it-Louis; en octobre et novcudareàSaint-Leuec JSaint-PauL On les récolte au bout de quatre mois. Quant aux pois du Cap , on les sème dans tous les quartiers sous le vent, depuis novembre )iisqu'en mars, c'est-à-dire pendant toute la saison pluvieuse. La récolte se fait en août et septembre*

Tous les léguoi^s cultivés en Fruice le sont à Bourbon , et toujours avec succès par la facilité que l'on a de choisir la uature des terres , le d^gré de tanpèrature et l'exposition conv^iables. Mais une remarque faite dans d'autres lieux , et qui est commune à tous les climats intertropicaux, c'est que les graines y dégénèrent promptement, et qu'employer celles qui ont été récoltées dans le pays, c'est s'exposer à ne plus avoir que des produits rares, petits et sans saveur. Les asperges , par exemple, qui , provenant do graines récemment parvenues d'Europe ^ sont aussi belles qu'à Paris , n'apparaisseot plus après peu d'années qu'avec la grosseur d'un tuyau de plumé. Il en est

de inéuoe des carottes , qui ne sont plus que des filets , des choux-fleurs , qui ne sont plus gros que comme une orange , etc. ; ainsi c'est une nécessité de renouveler presque entièrement les graines nécessaires.

Le jardinage , ainsi qu'on le verra dans un des tableaux placés ci*aprës , est d'un produit très-avanta* geux , surtout depuis que la paix a amené dan» les deux ports ouverts au commerce tant de navires et tant d'Européens qui se fixent momentanément dans le pays. Les faabitans qui n'envoient pas au marché consacrent toujours au jardihage unecertaine étendue de terrain, et se plaisent à donner eux-mêmes des soins à une culture qui satisfaite une partie des besoins du ménage , mais qui surtout leur rappelle la patrie.

Après cette rapide description des cultures utiles à l'existence^ auxquelles se sont livrés d'abord les habitans de l'île Bourbon, et qui ne sont plus maintenant qu'une partie des objets de leurs soins, je vais parler de celles dont les produits livrés au commerce , soit de l'Europe, soit de l'Inde, Mit causé d'une manière si notable l'accroissement de la prospérité de cette colonie. Sans m'assujétir ici à les classer dans l'ordre de leur introduction dans le pays, je les placerai suivant l'importance dont elles sont maintenant. Je commencerai donc par la canne à sucre , puis je parlerai du cafier, du giroflier et des autres arbres à épices, du cotonnier, de la plante qui fournit l'indigo, du rocou, et enfin de quelques autres arbres et arbustes susceptibles d'augmentar les moyens de richesse des colons.

La canne à sucre était connue à Bourbon dès la fondation de la colonie ; et bien qu'il en ait été récemment introduit plusieurs variétés , on a lieu de croire avec quelque fondement qu'elle y est indigène. Cette opinion ne contrarie pas celle que ce roseau est or^ gioaire des Indes orientales , quoiqu'il soit assez généralement réconnu que transplanté en Sicile vers le douzième ou le treizième siècle , c'est de là qu'il passa en Espagne , aux Canaries , en Amérique , et revint par ces circuits aux côtes de Malabar et de Coromanddy à Ceylan, aux Moluques et même à Otaïti. La canne , qui se propageait de graine , a perdu cette fisiculté par la culture, et ne se reproduit plus au* jourd'hui que par ses boutures. Ce moyen est d'ailleurs plus prompt.,, et met plus tôt en état d'avAir des produits.

H. de la Rûurdonnaye a le pretnier fait à Bourbon de grandes plantations de cannes à sucre. Cependant on n'a eu long-temps d'autre but que d'en extraire une liqueur spiritueuse qui joue d présent un si grand rôle dans le pays sous le rapport financier, et sous ceux de salubrité et d'ordre public, que je lui consacrerai un article spécial. Quelques familles se procuraient , par l'ébullition du yesou dans des chaudières ordinaires , un sucre de médiocre qualité , destiné à leur seule consommation. 11 y a peu d'années encore, on ne connaissait dans l'ile qu'une seule sucrerie, celle de M. Azéma du Tilleul , au bras Panon , quartier Saint-Benoît. Ses produits et les

a4 sucres de famille dont je yiens de dire un mot , ne suffisaient pas aux besoins de la colonie , qui en reeevait le complément de llnde et de Batavia^ Il parait même qu'cm ne pensait guères alors à y pourvoir par les moyens du pays; du moins on lit dans le Hérooire de 18049 déjà cité plusieurs fois, cette phrase au* ^urdliui digne de remarque : « On y récolte un peu ^ de cacao et de sucre ^ ainsi que du poivre et de k ft muscade ; mais ces articles ne seront jamais un objet » intéressant de commerce. » Ce qui est encore vrai peur les deui derniers articles est loin de Fëtre à présent pour le sucre.

Ce fut sur les derniers temps de l'occupation de rtle par les Anglais que l'on commença à y donn^ tme sérieuse attention. M. Charles Panon Desbas** syns fonda une sucrerie sur ses magnifiques pro* priétés du Chaudron et de la rivière des Pluies , et doit être, à juste titre, rangé sous ce rapport parmi ceux qui ont ouvert un des plus riches canaux de la prospérité du pays.

Il était sans doute d'un très-grand avantage pour la colonie, qui, pendant les longues années de la révolution, avait éprouvé de notables dommages, dont les produits avaient souvent manqué de débouchés, qui avait été ruinée par plusieurs ouragans, qu! enfin, pendant les cinq ans qu'elle a été courbée sous le joug de l'étranger , avait été vicfime du monopole de la compagnie anglaise des Indes ; il était , dis-je , du plus haut intérêt de trouver à l'instant une culture facile , et qui donne promptement d'abondans produits. Elle exigeait, îljest vm, une nouvcite

mise dehors considénAle ; mais ies rentrées se ^ont attendre si peu <^'il n'y avait pas à hésiter. Il falbdt indispensablement saisir ce moyen unique d acquitter les anciennes dettes , et de se procurer des capitaux qui assurent au pays une richesse durable <» surtout par rhnpufeion que devait en recevoir le commerce extérieur. Les colons ne s'y méprirent pas.

Le gouvernement sentait comme eux cette vérité; et tandis que, d'une part, il faisait publier les mé» tbodes si heureusement pratiquées aux Antilles, en faisait expliquer les avantages et conduisait ainsi i leur adoption , de l'autre , il réduisait les droits d'eutrée sur les machines qui devaient être empfeyées dans ces belles manufactures. Ce fut encore M. Charles Desbassyns qui fit le premier monter à son habitation du Chaudron une machine à vapeur à double effet , par l'emploi de laquelle deux homme» remplacèrent les efforts de quarante. C'était une double conquête , d'autant plus importaxàte que la colonie a plus que toute autre le besoin de suppléer à la disette des bras ; et si quelque part on a pu douter de la nécessité de l'emploi des machines, ce n'est pas à Bourbon , où tout ce qui tend à économiser les forces de l'homme ne saurait être trop ni trop promptement accutnlli.

La culture de la canne et les moyens de la fabrication du sucre furent adoptés avec un vif empressement ; et chacun se liâta d'imiter Thabile et sage colon qui donnait un si utile exemple. Dès idao^ c'est-à-dire cinq ans après que la colonie eut été vea^ due à Sa Majesté , on y comptait d^à quatre^ingt-

onze moulins à sucre, cent trente-cinq en 1821 , cent soixante-huit en 1S22. Les pompes à feu, qui n'étaient en 1820 qu'au nombre de trois, avaient été portées à vingt en 1822. Il en devait étre^ainsi quand on considérait que le prix d'une pompe à feu n'est que deux fois plus élevé que celui des mulets nécessaires pour la mise en mouvement d'un moulin à manège ; que le combustible qui les alimente , fourni •par le roseau dont le jus a été extrait , ne peut entrer en ligne de compte; que la dépense d'entretien de la machine est loin d'égaler ceUe du remplacement annuel des mulets ; que moins d'animaux exigent moins dé surveillance et moins de pâturages^ La célérité du travail permet d'enlever les récoltes plus promptement et au moment le plus opportun pour l'exploitation, la quantité et la qualité des produits. Le travail est plus égal qu'avec les moulins à manège , qui en font moins et emploient plus de bras. Les planta-tions devaient Conséquemment s'étendre , et le revenu augmenter en proportion. L'activité naturelle aux créoles, cette ardeur qui les porte à réaliser promptement les projets dont les avantages leur sont démontrés ; les succès obtenus sous leurs yeux par ceux qui , les premiers , s'étaient engagés dans cette route, multiplièrent rapidement les plantations et les sucreries ; et la récolte , qui donna en 1820 quatre millions cinq cent mille kilogrammes de sucre , près de sept millions en 1 822 , portée à dix millions en 1826, est présumée devoir être de quinze millions de kilogrammes en 1827.

Je mets ici sous les yeux du lecteur le tableau des

â7 divers moulins à sucre existant au i*' janvier des années 1820, 1852 1 , i8â3. Les moulins à vent ont été supprimés avec raison; il faut pour élaborer les produits de la canne , des moyens d'une action plus continue et plus indépendante des accidens météorologiques. Les moulins à manèges de bœufs Font été également^ ils sont d*un mouvement trop lent; et quant aux moulins à bras , ils ne sont employés que par de petits propriétairos qui ont peu de cannes à exploiter.

En supposant les pompes à feu égales chacune à la force moyenne de dix chevaux; et le nombre de ces machines étant de vingt , elles représenteront la force de deux cents chevaux ou celle de seize cents hommes , d'apirës les bases indiquées dans la note , page 270. vol. 1. Ajoutant ce nombre à celui de sept mille sept cent vingt-six qui expose la force humaine que remplace celle des animaux , on verra que l'introduction des animaux et des machines qui a eu lieu ces dernières années à Bourbon , supplée à celle de neuf mille trois cent vingt-six noirs , résultat important et sur lequel on ne saurait trop attirer l'attention des colons.

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MOYENS D'EXPLOTTATïOîf.

MOUUNS ▲ SUCRE.

Situation au i" janvier de chacune des années indiquée*

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