OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Quel que soit, au reste, raccroissement des classes blanche et libre , il est certain qu'il est constamment progressif chaque année. Or, quoiqu'il soit vrai de dire en général que l'accroissement de la population d'un pays prouve celui de sa prospérité , puisqu'il est la conséquence d'une plus grande aisance dans les iamilles , en même temps que de l'amélioration des mœurs , . on ne peut s'empêcher aussi de reconnaître qu'il tend à détruire celte prospérité, ainsi que l'ont dit plusieurs auteurs qui ont fait de l'économie politique l'objet de sérieuses études , quand il arrive à un tel degré que , û^étant plus en proportion avec les capitaux destinés à maintenir l'existence des individus , et surtout avec l'étendue des terres et la quantité de leurs produits, la part de chacun devient trop faible. Il en résulte pour Certaines classes un malaise qui gagne de proche en proche , et finit par être dangereux pour la société. On a vu que telle est en ce moment la position d'une grande partie de la population blanche à Bourbon , celle notamment que l'on appelle dans l'Ile les petits créoles. Pour la plupart d'entre eux , comme je l'ai fait remarquer , leurs propriétés , à force de divisions , ne produisent plus une quantité de denrées suffisante à la nourriture de la famille. Repoussant le travail comkne ravalant la dignité de leur couleur, repoussant le travail à gages comme humiliant , réduits aux faibles ressources de la chasse et de la pêche, ils n'ont plus même le moyen de se procurer , par la culture de la petite bande de terre dont ils peuvent être encore propriétaires souvent indivis , le
maïs , cette substance qai (ait la base de leur nourriture ( i ) . H est donc extrêmement important de chercher à dlmiDuer dans l'île le nombre dé ces prolétaires , et de leur procurer des établissemens au dehors. *
On a vu dans Touvrage qu'un des moyens considérés comme propres à débarrasser la colonie d'un superflu inquiétant dans ces populations» était un appel au service militaire. Le gouyernement s'occupe de recruter parmi les prolétaires de Bourbon, une compagnie destinée à remplacer les cypahis employés jusqu'ici pour la police des établissemens français dans l'Inde. Cet essai aura sans doute ud résultat satisfaisant , mais il ne s'appliquera qu'à l'une de ces deux populations , car on ne peut penser à employer dans le même corps les blancs et les libres ; les préjugés de couleur , qui font la sûreté des colonies dans leur état acrtuel « s'y opposent , et ces préjugés ne peuyent de long-temps encore être anéantis » surtout parmi les blancs dont il est ici question , et malgré leur translation dans un autre pays aussi rapproché. Si l'on admettait la possibilité d'appeler ceuxci en France et de ne faire passer que les libres dans l'Inde, on arriverait peut-être à la solution du problême.
(t) Et cependant tel est le ridicule orgueil de cette espèce d'hommes , que l'un d'cDtre eux, et ceci est un fait connu de toute la colonie , étant allé chez une respectable.propriétaire , tellement honoré pour sa bieiifaisance qu'elle a reçu de toutes les populations l'honorable siiruom de seconde Providence , afin d'en solliciter des secours , et en ayant reçu un sac de mens , lui demanda encore , avec une assurance que je n'ose caractériser, de lui prêter un noir pour le porter! Son état de misais avait pu le forcer à réclamer cette aumêne d'une femme , blanche comme lui ; mais sa vanité ne lui permettait pas de se charger lui-même de ce fardeau j en présence des esclaves de l'habitation.
J'ai çi4é l'Ile Sainte-Marie comme propre à recevoir Texcédant de population de Bourbon. Elle est peut-être ti*op proche de celle-ci, nos émigrans seraient presque sous les yeux de leurs compatriotes; trop proche aussi deMada|;asear , d'où l'on tirait les esclayes et d*où l'on regar^ derait peat^tre encore comme possible d'en extraire. Mais la Guiane , qui manque d'habitans pour satisfaire aux vues de colonisation du gouvernement toujours portées vers cette contrée, {M>urrait ojflfrir un plus convenable débouché ii l'une eu à l'autre de ces deux classes de prolétaires de Tlle Bourbon , et peut-être à toutes deux. Il est possible que la concession gratuite de nouveaux terrains les y attire aisépieot; la nécessité de les mettre en culture et l'appât des bénéfices qui en seraient la conséquence porteraient au travail les nouveaux colons , dans un pays où ils n'auraient plus pour témoins ni les blancs ni les noirs de leur ancienne patrie y et où ils seraient les émules des Européens qui y sont envoyés, et qui ont moins de chances favorables de auccès. Ils auraient sur ceux-ci l'avantage d'être accoutumés à la température , celle de la Guiane différant peu de celle de Bourbon , quoique le climat soit plus humide. On obtiendrait peut-être encore par là la solution de cet autre problème : Si des blancs peuvent travailler activement dans les régions intertropicales; question encore indécise pour beaiiGOup de personnes , et sur laquelle il est si important d'être entièrement fixé; car, il ne &ut pas s'y méprendre, c'est de là que dépend celle du maintien de l'esclavage des noirs dans les colonies fondées dans ces régions par les Européens.
Nombre d'écrivains , parmi les Anglais surtout , se sont épuisés à démontrer que le travail de l'homme libre était plus productif que celui de l'homme esclave : ce qui se réduisait à prouver que l'homme qui travaille dans son
propre intérêt et pour en retirer un profit personnel, produit plus que celui qui Irayaille dans Tintérét d'autrui« Ce n*était pas là le point.
Il fallait» avant tout » se mettre d'accord sur ce que les ^colonies intertropicales sont indispensables aux métropoles européennes » moins peut-être aujourd'hui pour procurer ud écoulement à Texcédant de la population de celles-ci, que pour augmenter au dehors la consommation des produits de leur sol et de leur industrie» procurer à leur consommation et à leur industrie des denrées que les autres peuvent seules leur fournir dans l'état actuel , et qui sont devenues nécessaires à leurs besoins.
Gela posé, il fallait examiner si l'homme blanc peut, comme le noir , travailler la terre à découvert sous les climats intèrtropicaux.
Je ne répéterai pas ce que j'ai dit sur ce que l'observation des peuples qui habitent la grande lie de Madagascar ftDurnit pour la solution négative de cette question; j'ajouterai seulement que les Égyptiens présentent un autre moyen. A mesure en efiêt qu'on avance vers la ligne équinoxiale , leur teint passe graduellement du blanc au noir , qu'il a atteint absolument quand on a dépassé les cataractes, et qu'on est parvenu en Nubie , où l'on trouve tous les caractères de la race nègre développés à la place de ceux de la race blanche, qui se sont successivement modifiés depuis les bords de là Méditerranée.
Ainsi , d'un et d'autre côté de l'équateur, la nature eUemême a pris soin de démontrer quelle couleur peut s'y livrer au travail.
Me sera-t-il permis d'ajouter qu'à Bourbon, ni les blancs, ni les libres , ni même généralement les esclaves créoles , ceux surtout dont la couleur est un peu éclaircie , ne sont employés aux travaux des champs, excepté cependant à
3sa7 Saint-Loais et à Saint-Joseph , où ils s'y livrent dans quel- <[ues circonstances qui ne peuvent être r^ardées comme absolument concluantes, mais sur lesquelles cependant je reviendrai plus tard pour en tirer quelque induction.
II est même à remarquer qu'à l'époque de Tannée où les rayons du soleil tombent perpendiculairement sur Tile , le gouvernement ordonne de suspendre les travaux à décou* vert à onze heures du matin , pour ne les reprendre qu'à deux heures. Cet ordre conservatoire de la santé concerne exjdicitement les noirs» accoutumés cependant à ce ciel d*airain » comme on Fa caractérisé. Il n'en est pas besoin pour les blancs» pour lesquels alors le travail à découvert est la chose impossible.
S'il est reconnu que le noir seul , par sa constitution physique» peut cultiver la terre sous l'équateur» cette autre question se présente : Le noir fera-t-il, dans l'état de liberté» plus ou autant de travail que dans l'état d'esclavage? c'est-à-dire» se livrera -t- il volontiers aux fatigues qui résultent de ce travail» ou iaut-il qu'il y soit contraint ? Je ne répéterai pas non plus ici ce que j'ai dit sur ce qui excite l'homme au travail» qui ne peut être un stimulant pour les noirs » pour lesquels les besoins réels sont infiniment faibles» et qui n'ont aucun de ceux que nous devons à la civilisation. Leur indolence» leur, apathie n'ont d'autre cause que cette absence de besoins. Si, à la Jamaïque» un colon que l'on donne en exemple est parvenu à obtenir plus de prodoits de ses esclaves en les intére^nt à la production» c'est qu'il avait su leur Gréep des besoins. Mais on ne peut» en vérité» d'exemples rares et isolés » tirer des conséquences générales. Voyons plutôt ceux que nous présentent de grandes réunions d'hommes.
Les Égyptiens A dont je parlais tout à l'heure » ne travaillent que parce qu'ik y sont forcés pour satisfaire » noq à leurs bç-
3ei8
«oins 9 ils n'en ont guère plus q«e les aoires Afriioaâiu, ma» à ceux de leurs maîtres. Là, ce ne. sont pas les indindns qui sont esclaves » c'est tout le peuple qui soUt la loi da vainqueur. Livrez-les à eux mêmes » ils ne feront que ce qui doit leur suiEre.
Autre exemple. Une compagnie anglaise fonda à Sierra- Leone » sur lacôte occidentale de l'Afrique » en 1 787 » so ans avant l'abolition de la traite» qui n'a été prodamée en Angleterre qu'en 1807 » «ne colonie dont le but était de civiliser cette contrée. On la forma de noirs afirancUs revMMis des Antilles anglaises et de la nouvelle Ecosse : eHo s'est peuplée depuis de noirs arrêtés pendant leur transport en Amérique et rendus à la liberté : ceux-ci feraient à présent les trois quarts de la population» qui s'élève à i6»ooo individus de cette couleur» et à 60 blancs. Du rapport fait à la chambre des communes porte t qu'il est absolument impoa- » sible de déterminer avec certitude le nombre d'individus » qui » dans la colonie » se livrent au travail sans y être con- » trai|its.Tant qu^on les a nourris» ce n'était qu'avoc peine » qu'on parvenait à obtenir d'eux une journée de travail» 9 même pour un fort salaire. > Le général Turner» qui y avait été envoyé comme gouverneur et qui avait les meilleures intentions de réussir dans l'objet que s'étaient proposé les fondateurs» voulut fiiire travailler ces noirs, nuis il fallait les y contraindre par la forée , autrement ils n'auraient rien fait : on les fustigeait sans miséricorde» et des centaines de ces gens libres ont été enchaînés par le cou » dix à une même chaîne. Cette colonie» qu'il fiiot abandinaner» a coûté plus de seize miUioBS de livres sterlings» dont plus du quart pour le prix de noirs rachetés (1).
(i) Blackwood's magazine. ( F'ox* Revue britannique, 1837, p. 146 et suiv.
La nouvelle république d'Haïti fournit un autre exemple plus Gonyaincant peut-éire. Il a fallu leê règtemeiii coëreitifii le» plue sévères pourfa^e trarailier ces nmrs devenus Ukre6»eteela»non dans les pfemiers momens où ils ont joui» avec une effervescence que Ton conçoit aisément, d'une liberté à laquelle ils ne connaissaient pas de limites , mais après vingtrcinq ans d'indépendance , quand ils y étaient déjk accoutumés » qu'elle n'occasionnait plus l'enthousiasme de la nouveauté; après un espace de temps durant lequel ceux qui les gouvernaient ont multiplié les efforts de tout genre pour faire naître ches eux des besoins , dont les temps qui avaient précédé leur sanglante révolution leur avaient fourni l'exemple , et dont ils ne pouvaient avoir perdu le souvenir ; besoins qui auraient dû leur faire sentir la nécessité du travail , afin de se procura par lui les moyens de les satisfaire.
Mais , dit -on , les Indiens qui habitent un délicieux climat, et qui «ont en état de liberté, travaillent : pourquoi les Africains ne feraient-ils pas ce que font les Asiatiques? L'Inde et l'Afinque ne se ressemblent pas , l'état de civi- Ibation de la première ne peut se comparer à l'état de barbarie de la seconde, encore moins la timidité et la patience des Indiens au courage froid, et pourtant ardent des autres , et à leur disposition constante à la révolte qui n*a d'autre but que l'indépendance , c'est-à-dire pour eux la faculté de ne rien faire. Mais si Ton voulait absolument comparer, que l'on considère les genres d'industrie auxquels on se livre dans les deux contrées , et l'on verra qu'aux Antilles et à Bourbon les gens libres travaillent , mais , ainsi que dans l'Inde , dans des ateliers couverts , -et jamais à la culture de la terre» dont ils ne peuvent , comme les Africains , supporter la fatigue.
Si donc l'Europe a tellement besoin de ses colonies insulaires qu'elle ne puisse s'en passer, si lé noir seul peut y
35o trayailler la terre » et si l'on ne peut obtenir de lui de travail dans Tétat de liberté» il faut bien arriver à dire qu'il doit y être forcé, et que pour en obtenir les mêmes produits qu'à présent , il est de toute nécessité qu'il reste dans Tétat oix nous le trouvons , état au reste qui ne lui est pas étranger, je dirais presque qui lui est habituel; état bien plus supportable dans les colonies des Européens qu'il ne l'est en Afrique , si l'on a smn d'assurer à l'esclave tout le bien-être dont il doit jouir (i). Or là-dessus la législation est d'accord avec l'intérêt des colons , et il laut le dire, parce que c'est une vérité, les colons français, et surtout ceux de l'île Bourbon , obéissent sans contrainte à celte double loi. Ce n'est que par des exceptions fort cares qu'on en rencontre qui y résistent. Ceux qui fournissent ces déiflorables exemples , sont , non seulement réprimés par les lois , mais flétris dans l'opinion générale des colons , et punis dans leur intérêt privé, ne pouvant jamais plus
(i) Veut -on savoir ce que pensent les noirs de leur situation? Lorsque je quittai File Bourbon , je demandai à un des mieus s'il voulait que je le renvoyasse k Madagascar. C'était un Antacim, nation voisine du font Dauphin , quoiqu'un peu plus au noi'd^ et de ceux qui ont la couleur plus jaune que noire et les cheveux soyeux comme les Européens. « Non y mon maître > me répondit-i) sans hésiter. — Eh pourquoi non ? Ici tu es esclave et forcé au travail , tu seras libre dans ton pays. — Mon maître, reprit-il, ne faut-il pas travailler partout? Ici je n'ai pas h m'occuper de ma subsistance , de mon vêtement, de mon logement; c'est vous que cela regarde. Là-bas, les autres voleront les vivres que j'aurai cultivés, ils ruineront ma cabane, me feront peut-être encore esclave , ainsi que ma femme et mes etifans dont ils- me sépareront. Je suis heureux avec les blancs; il vaut mieux y rester! » Voilà bien la logique de la nature. Vbï benè , ibï palria*
33 1 élrc propriétaires d'esclaves ^ ce qui équivaut à être renvoyés de la colonie (i).
J*ai écarté de cette espèce de discussion les mots de juslice , humanité j religion. L'emploi » ou si Ton veut, l'abus de la force ne peut être justifié » à moins peut-être que ce ne soit par le motif et les moyens; voilà pour la justice.- Quant h Thumanité, je ne crois pas que ce soit la servir que d'abandonner les prisonniers que les nations africaines font les unes sur les autres dans leurs guerres continuelles» au sort réservé à la plupart d'entre eux » la k obt » pour les introduire sur nos plantations , oii, au travail près auquel ils sont forcés , ils trouvent » sans se donner la peine de se le procurer, tout ce qui est nécessaire aux premiers be« soins de la vie, et où ils sont préparés à la civilisation»
(i) Yeut-on encore savoir ce que pensent les noirs à ce sujet? M.*** fut traduit par le ministère public devant les tribunaux pour avoir fait arracher des dents à des esclaves qui avaient volé et dévoré la provision de viandes salues destinée à leur subsistance de plusieurs mois II fut condamné à deux ans de prison , et déclaré incapable d'être propriétaire de noirs. Remarquez qu'il ne fut condamné que parce qu'il s'était fait justice lui-même d'un délit que les tri* bunaux auraient puni , s'il le leur avait dénoncé; mais alors il eût été privé du travail de ses noirs durant tout le temps de leur punition. Ses esclaves passèrent eu d'autres mains; deux d'entre eux furent réunis par confiscation k l'atelier du roi. M. "^^ mourut fou pendant sa détention. Ces deux noirs vinrent me demander la pennission d'aller à sou convoi. Étonné» je leur rappelai ce qu'il leur avait fait souffrir, a Ah! monsieur 9 me répondirent-ils avec tristesse , il est mort!» Analysez cette simple réponse y vous y trouverez non seulement le pardon d'un mal qui n'était au reste que la punition du vol dont ils étaient coupables , mais aussi la reconnaissance des bienfaits antérieurs,
ne fût-ce que par le spectacle con^nuel des aciîoDs des Européens et des colons , bien qu*on puis»e eentester celte préparation par l'exemple des haUtans actuels d'Haïti et d'une partie des colons de Sierra-I^eone.
Je ne pense pas non plus que ce soit servir la religion que de laisser les Africains livrés à toutes les superstitions qui sont la conséquence de Tabsenee absolue de toute morale humaine et religieuse » plutôt que de les. amener parmi nous» où l'intérêt des planteurs les porte à donner à leurs esclaves la connaissance de la religion chrétienne qui garantit la subordination de ceux-ci » en même temps qu'elle préehe à ceux-là la conduite paternelle qu'ils ne doivent jamais cesser de tenir. La loi religieuse leur en bit un devoir; la loi civile le prescrivait autrefois; l'administration ne peut plus aujourd'hui que le recommander. Elle donne l'exemple pour ceux qui sont attachés h ses ateliers, et pour ne parler que de ce que j'ai vu , les dispositions prescrites à l'égard des noirs sous ce rapport par les ordonnances locales de 1819 et i$20 ont eu les meilleurs résultats t comme quelques habitations où les anciennes pratiques religieuses ont été maintenues, se font remarquer par la subordination des esclaves employés à leur exploitation (1).
(r) Dans beaucoup d'habitations que nous citerions si ce n'était une inconvenance , où la prière se fait tous les jours en commua , où les noirs sont envoyés le dimanche à l'église, on remarque moins de désordres, moins de punitions, moios de marrouage qu'ailleurs , et les produits sont loin d'y être moindres.
Le gouverneur avait prescrit, en 18 19, que les noirs de l'atelier du roi Fussent conduits tous les dimanches à Téglise, où une instruction religieuse à leur portée leur était donnée par le respectable curé M. GoHin, qui exerce depuis plus de
Gen'e»t guères à aous» d'ailleurs, qu'il eonrieiii d'inroquér pour ks noirs de l'Afrique la justice » rhumanité, la religion » quand non» laÎMons conduire en esclaTage , et dans quel esclarage^ grand Dieu! les blancs européens,
cinquante ans le saint ministère dans les deux îles. Tous les jours la prière du soir était fiiite à haute voix dans le camp au retour du travail et avant la distribution des vivres. A deux époques de l'année, un nombre déterminé était adMis aux sacremensde baptême et de mariage, auxquels ils avaient été préparés par les sœurs hospitaiières, qui se livraient a ces soins spirituels avec autant de zèle qu'elles en mettent à secourir les malades. Pendant tout le temps que ces dispositions ont été en vigueur , on a pu remarquer généralement dans cet atelier , qui se composait d^environ mille individus , une conduite plus régulière et plus d'exactitude au travail.
Il faut espérer que ces exemples ne seront pas perdus y que sous le vain prétexte de ne pouvoir détourner les noirs des travaux^ et les éloigner de rhabitation, on ne les privera plus de la connaissance des vérités de la religion ; on ne se privera plus de tous les avantages qui en sont la conséquence, et qui , je le répète avec conviction , se montrent partout où le maître , se soumettant lui-même aux devoirs qu'elle impose f y soumet aussi l'esclave dont il est chargé , le tirant de Fabrutissement où il a croupi pour lui donner une vie nouvelle, qui, en même temps qu'elle le relève à ses propres yeux , comme étant aussi l'œuvre du Créateur, lui prescrit l'humiliCé, l'obéissance dont le Bédempteur a luimême été l'exemple sur la terre.
Les Anglais envoient des missionnaires propager la foi chrétienne en Afrique > à Madagascar et dans les mers du sud; et nous, catholiques, nous en priverions les uoin qui nous aident à acquérir nos richesses , quand nos intérêts teirestres, autant que nos devoirs religieux, nous en fent une loi également si impérieuse !
nos concitoyens y nos amis , tout un peuple qui, autrefois , tint un rang si élevé dans la civilisation! quand nous laissons exister, que dîs-je , quand nous contractons alliance avec ces chefs féroces qui chargent de chaînes les esclaves blancs , européens , chrétiens , qui les forcent aux travaux les plus abjects et les plus pénibles » qui les accablent d'outrages et de mauvais traitemens, et qui, s'ils leur accordent quelque repos au prix de l'abnégation de notre religion, leur font payer encore ce repos, et cette abnégation par le mépris le plus absolu (i) !
Quand cet état de choses sera changé dans Test de l'Earope et dans le nord de l'Afrique, quand on aura écouté la justice , l'humanité et la religion en faveur des chrétiens blancs , si cruellement traités par les sectaires de Mahomet, nous pourrons faire parler ces^ sentimens pour les noirs des côtes orientale et occidentale de l'Afrique , que nous arrachons en ce moment à tant de dangers personnels pour les conduire à la connaissance des vérités religieuse» et à un état de sécurité individuelle qu'il ne dépend que d'eux de maintenir et d'étendre.
Au surplus , on aura remarqué que' si je suis arrivé à la nécessité de maintenir l'esclavage des noirs dans les colo-
(i) Naples, la Suède ^ leDanemarck, le Portugal paient à Alger un tribut annuel de 100,000 fr.
Au moment même où nous écrivons ceci y plusieurs équipages français sont faits esclaves par les Algériens ; Napies est en guerre avec la régence de Tripoli pour n'avoir pas acquitté son tiîbut. Un brick de Maroc, admis à Lisbonoe, chicane avec le gouvernement portugais sur le plus ou moins de coups de canon du salut } salue les bâtimens de guerre français et anglais qui sont dans la rade et qui lui rendent cette courtoisie : et ce brick n'est qu'un corsaire qui court sur les navires européens et emmène leura équipages eu esclavage !
nies des Européens» ce n^est que par une suite d'hypothèses dont }e ne me permets pas de changer la nature douteuse ; mais j'en vais e:q>oser une autre dont j'espère davantage. Si l'on parvenait à prouver,^ non pas que ces colonies ne nous sont point indispensables , mais qu'elles peuvent être cultivées par des blancs , alors la thèse changerait entièrement.
Ce ne sera pas encore l'Inde que je citerai en faveur de cette proposition. On pourrait tirer parti de cet exemple , si la rage que la férocité des Espagnols souleva chez les Caraïbes , n'avait amené la totale destruction de ceux-<>i , -et si les malheureux peuples que les. premiers explorateurs trouvèrent aux Antilles n'avaient été leurs victimes. Quant à l'île Bourbon, elle était» comme .on sait» inhabitée.
Si l'on reconnaissait que les natifs actuels » blancs ou de couleur» de l'tle Bourbon ou. des Antilles» peuvent supporter les travaux de la culture; si ces hommes qui ont à satisfaire non pas seulement aux besoins réels » mais à une grande partie des besoins factices » pouvaient » afin d'y parvenir» travailler à leur compte ou au compte d'autrui» échanger l'emploi de leurs forces contre l'aident qui les mettra à même de se procurer l'aisance qu'ils doivent désirer» la question serait résolue.
Il &ut donc s'attacher à constater que le blanc peut être employé réellement à la culture dans les régions intertropicales. Peut-on espérer d'y parvenir? Quelque espohr se fonde sur ce que j'ai déjà dit » que dans les communes de Saint-Louis et de Saint-Joseph on rencontre des blancs et des libres qui cultivent la terre dans certaines circonstances.
Si l'on- pouvait décider, les prolétaires de l'île Bourbon à s'établir à la Guiaoe» et à la cultiver eux-mêmes» c'est alors f que les théories du ptus grand avantage du travail
libre sur celui de TeêclaFe yiendreieat receFoir leur ap^icaiioD dan» ce» eootfées » théories d'ailleurs iaoentestablea quand on considère la chose sous un point de yue géaëtal» et contre lesquelles il ne peut , en ce cas , y ayoir de raisonnable opposition > lorsque ee n'est qu'en hésitant ^pie Ton ose en indiquer » quand on Tenrlsage sous de certaines conditions particulières. Les produits du sol de la Gniane traraillé par les mains de ces hommes blancs et libres » seraient la preuve la plus positîye de la yérité de ces théories. Mais il ne faut pas se dissimuler qiie si ron a eu qnelque peine è attirer dans les ateliers du roi • à Saint-Denis , an petit nombre de ces hommes qu'on n'a pu y maintenir, il sera plus difficile peut-être d'en décider un plus grand nombre à uneémigraUon telle que celle proposée, quoique d'aiUeors les avantages soient bien différons » puisque cette émigration serait payée par la propriété de vastes terrains , lorsque, dans l'autre circonstance , il ne s'agissait que de favoriser le développement de leurs moyms industriels et leur ap^ plication dans leur propre pays. Ce but atteint, et du moment où il serait reconnu que les noirs ne sont pas indispensa-» blés pour obtenir les produits coloniaux, l'esclavage tomberait de f nî-mème , il serait un effet sans cause.
Ce fait serait plus concluant que toutes les déclamations, tous les raisonnemens auxquels on se livre depuis cinquante ans. Il le faut obtenir, ou du moins le tenter.
Tout ne serait pas fait cependant , et c'est alors qu^on pourrait faire entendre les mots humanité et religion avec une énergie que rien ne comprimerait plu». C'est alors ( je suppose que l'esclavage des blancs aura eu son terme, et j'espère que ce moment n'est pas éloigné ) , c'est alors qu'il faudrait continuer les essais, si pénlleusement entrepris par quelques généreux voyageurs, èe faire cesser les guerres h mort que se font* les peuples de l'Afrique : œ
qûî sera peut-être moins difficile qu'il ne semble, si Ton peut ajouter foi h leurs récits; car s*il est vrai que les peuples qui habitent Fintérieur de cette contrée inconnue jusqu'à nos jours ne sont pas étrangers à la civilisation , il suffira de presser ceux qui n'en ont aucune idée entre cette civilisation, toute imparfaite qu'elle est et que l'on peut améliorer, et notre civilisation européenne déjà introduite sur quelques parties de la côte occidentale et méridionale. Quelle honorable et précieuse mission J L'imagination s'enflamme à la pensée de tels résultats ; mais ce n'est pas dans un ouvrage comme celui-ci , où des questions si graves , si importantes ne peuvent être qu'accessoires , qu'on peut se permettre de les traiter, et je ne sais si l'on ne trouvera pas que c'est avoir déjà trop fait que de les avoir effleurées.
Revenons donc à l'examen , dont nous n'aurions peut-être pas dû nous éloigner autant» de la situation actuelle de Tlle Bourbon.
INDUSTRIB.
Un produit industriel qui a pris un développement analogue à celui de la fabrication du sucre , est celle des sacs de vacoa. Quoique dans cet appendice je me borne à rapporter des totaux sans rappeler la division entre les communes, je vais ici entrer dans ce détail qui n'est pas sans importance et ne peut être sans intérêt. Je dirai donc qu'il a été fabriqué dans les communes suivantes en 1824 1825
Saint -Denis, Sainte-Marie , 5ainte-Suzanne,
1 ,000 sacs 100,000 20,000
R^iert,
L»l,oao
Saint-André ,
So,ooo
Saint-Benett ,
Sainte-Ro3e ,
8o»ooo
Saint-Joseph ,
Saint-Pierre ,
isj^,ooo
Saint-Louis ,
3o,ooo
Saint-Leu ,
1 5o,ooo
SaÎBt-Pbul ,
3o,ooo
3o,ooo
Le prix moyen de k première année n été de o,43 par SAC, el oelui de la deuxième de o,45i , quorqu^il ait été dans les extrêmes deo,so h 1 fr. la première année , et pour la deuxième seulement dftns ceux de o,4o à 0,60. Cette industrie a accru le revenu de ki colonie de 277,300 fr. la première année, et de 2g5,8oo la seconde. Il faut considérer cependant que les sacs étant compris dans le prix des denrées , il ne peut entrer comme profits que la valeur des sacs exportés, qui a été de 3,25o fr. pour 1824» prix de 6,5oo sacs , et de 19,910 fr. pour 1826, prix de 49>77S. Cette exportation de sacs vides a lieu principalement pour Maurice ,011 la culture du vacoa étant négligée , cette colonie devient en ce moment, pour cet article de consomma, tion , tributaire de celle qui nous occupe. Cette position au surplus ne tardera vraisemblablement pas à changer, du moment que le gouvernement anglais y aura porté son attention»
De 1899 â 1895 le nombre des élèves da coflétçe rojsli â peu ebAAgé , iô^is à la reiitrée des classes , en octobre de cette dernière année Jl a un peii diminué ; de 106 il est de^cefidu à 1Ô6. En général les enfans dréoles sont élevés dans une sorte d'indépendance qui leur fait regarder comme insupportable le joug de la discipline sous lequel il faut se plier dans les établissemens publics; et lesparens sont aussi en général trop faibles pour résister à la répugnance de leurs enfens t car nous ne pouvons dire qu'il y en ait d'aé^z pied éclairés pour ne pas sentie et apprécier les avantagés d'one éducation qui repose sur les bases les plus solides , et léoi^ préférer des leçons particulières où le» instituteurs enseignent d'après des méthodes différentes, et ne suivent pas une marche constante et régulière. La situation du côl • lége était en 1826 de d8 pensionnaires, 6 demi -pensionnarlres et 66 externes (100).
La succursale de M. Gallet n'en comptait que $7.
Il éÙt été désirable de connaître le nombre des enfans eréoleii envoyés en France pour leur éducation , indépen dmnttieiit de cent qui occupent les bourses- fondées dans les collèges tuyaux de la métropole.
Les écoles et pensions ouvertes aux jeunes personnes du sexe ont pris un peu pfus de développement. Lns steurs de Saint-Joseph tiennent toujours leurs trois maisons de Saint- Denis-, Saint- Panl et Saint- André. La pension de mademeiselle Raoul compte 4^ élèves dont 2 5 pensionnaires. Mesdemoiselles Philibert ont cessé de tenir celle qui est indi> qilée dans Touvrage; elles sont remplacées par madame Lassei^e, quia 2S élèves dont 7 pensionnaires; mademoiselle Gbarnois te ouvert en 1816, une troisième maison
Mo
ou dès leê premiers momens on instruisait 1 5 jeunes enfans dont les progrès étaient remarquables.
Quoique dans les renseignemens que j*ai sous les yeux , la pension des Dlles ^guier, à St-Benolt , ne soit pas mentionnée » j'ai cependant lieu de croire » d'après la manière dont elle était tenue et suivie, et surtout d'après le besoin que l'on en ayait dans cette partie de l'Ile, qu'elle continue d'exister.
ROUTBS»
Depuis 1 894 1^* routes ont encore 4té améliorées ; le ckemin de ligne , delà riyière des Pluies à ceUe du Mat , par les hauts des communes Sainte-Marie , Sainte-Sueanne et Saint- André , est élargi , redressé et praticable , non seulement aux charrettes, mais aux voitures suspendues.
La route royale, jusqu'à Saint-Benott» a tu ses pentes adoucies , elle est tout unie et bien entretenue.
Celle qui va par la montagne de Bernica à la ravine Saint- Gilles, a été aussi rendue praticable aux voitures.
On espère obtenir le même résultat pour la communication entre Saint-Denis et Saint-Paul , quelque difficiles que soient les travaux à faire pour y parvenir , à cause de la quantité et surtout de la profondeur des ravines qu'il faut traverser.
L'établissement de cantonniers blancs avec quelques noirs sur les portions les plus exposées à des dégradations instantanées, opérera sans doute une heureuse amélioration dans l'état des choses , par un entretien qui deviendra d'autant plus facile et d'autant moins co&teux qu'il sera continuel. Malheureusement on rencontre souvent des oppositions dans les améliorations nécessaires, l'intérêt particulier se roidissant souvent contre des vues d'ordre et d'intérêt
34 1 général , quoiqu'il doi^e résulter avantage de l'adoption des mesures qu'elles prescrivent.