‹ Essai de théorie physiologique du choléraChapitre 2 sur 2 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

En somme, j’ai voulu faire ressortir le rôle si important,des nerfs de la vie organique dans la production du choléra; mais, arrivé au bout de ma tâche, je m’empresse de dire qu’il est bien difficile de déterminer de quelle manière le système nerveux est impressionné primitivement. La physiologie nous montre qu’on peut de différentes manières produire des phénomènes plus ou moins analogues à ceux du choléra. On le peut en agissant directement sur les nerfs (mal de mer) ; on le peut en altérant le sang par des substances qui agissent ensuite sur le système nerveux (injection de tartre stibié, d’émétine, etc.); on le peut enfin en introduisant directement ces substances dans le tube digestif. Tout porte à croire que, dans ces conditions, les substances ont été primitivement absorbées, et sont passées par le sang pour aller influencer le système nerveux. De toutes ces portes d’entrée, quelle est celle qui a laissé l’agent cholérique atteindre le système nerveux, c’est ce qu’il ne me semble pas possible d’établir.

Il est une observation qui m’a beaucoup frappé, parce que j’ai pu la confirmer par moi-même, c’est que, pendant les épidémies de choléra, une énorme quantité d’individus semblent légèrement atteints; mais, chez eux, les accidents se bornent à quelques douleurs intestinales et à quelques borborygmes, qui apparaissent et disparaissent en revêtant parfois la forme intermittente. Il y aurait donc des degrés extrêmes dans l’intensité de la maladie. C’est ainsi que, sur un navire, tofis

les passagers sont soumis à la même influence, et pourtant les uns sont indemnes du mal de mer, et les autres en sont atteints à des degrés très-variés.

Il me semble que le point le plus important pour la pratique est, actuellement du moins, de bien déterminer, dans un cas de choléra, la forme de la maladie. J'ai essayé de distinguer trois types : l’intestinal, le pulmonaire et le vasculaire. Cette variété de formes me semble expliquer le succès que présente, dans certains cas, telle méthode thérapeutique qui échoue dans certains autres. Lorsqu’on voit les opiacés réussir assez bien pour arrêter les phénomènes intestinaux, ne souhaiterait-on pas d’avoir pour les accidents pulmonaires un agent d’une semblable efficacité? Peut-être la forme asphyxiante céderait-elle à l’inhalation de certaines vapeurs ou de liquides fortement opiacés administrés au moyen d’un pulvérisateur; au besoin, on pourrait les injecter dans la trachée, où l’ab sorption est peut-être mieux conservée que dans l’intestin.

Les accidents vasculaires qui se produisent à la surface du corps paraissent céder assez bien, dans certains cas, aux applications froides, qui provoquent après elles le relâchement des vaisseaux. Mais on comprend que ce bienfaisant effet ne saurait se produire dans le cas de forme asphyxiante. Les vaisseaux se relâcheront en vain, ils ne feront pas que le poumon fonctionne et laisse, arriver au cœur gauche le sang hématosé. Du reste, les phénomènes vasculaires et l’algidité qui en résulte ne semblent avoir qu’un rôle secondaire ; ils ne menacent pas la vie directement, car les centres nerveux semblent, en général, avoir une circulation suffisante, l’intelligence se conserve assez habituellement, et ne paraît céder qu’à la cyanose avancée, ou peut-être aux accidents urémiques qui ont été admis par certains auteurs comme conséquence de la suppression des urines. Le fait de la destruction d’équilibre dans la température autorise à conserver comme très-logique l’administration de la glace à l’intérieur, car c’est un moyen direct d’abaisser la température centrale exagérée. Couvrir beaucoup le malade et le refroidir à l’intérieur, telle serait l’indication la plus naturelle, si l’on attache une grande importance à ramener la température à sa distribution normale.

J’avais prévenu le lecteur qu’il ne trouverait dans cet article aucune formule thérapeutique ; mais je n’ai pu m’empêcher de signaler les indications qui m’ont paru résulter de cette étude physiologique. J’ai la ferme conviction que l’on saura bientôt produire sur le système nerveux des effets de sens

divers, et pallier tout au moins les troubles fonctionnels qui existent dans le choléra.

Ce serait, je le répète, une grande chose que de conduire le malade jusqu’au moment où le stade de chaleur doit se produire, car il aurait alors échappé aux plus grands dangers.

La thérapeutique expérimentale n'avait pu jusqu'ici être instituée régulièrement, parce que les moyens d’apprécier exactement les changements survenus dans chaque fonction sous l’influence des médicaments étaient insuffisants. Mais aujourd’hui ce genre d’expérimentation est devenu relativement facile ; rien ne doit retarder la fondation de cette science, à laquelle un si grand avenir semble destiné.

Paris. — Imprimerie de E. Martinet, rue Mignon, 2.

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