DU LIT MÉCANIQUE
Les deux parties réunies constituent l'ensemble du lit mécanique sur lequel le malade est couché.
Ce dernier désire-t-il être élevé en conservant la position horizontale, il suffit de tourner la manivelle N qui fait jouer le cylindre K auquel sont attachés les cordeaux 5o, 5i , 5a et 53, qui roulent dans les moufles , et la deuxième partie du lit se trouve ainsi élevée à la hauteur voulue. Veut-on conserver un instant cette position, il suffit d'introduire une brochette dans un des trous 24 des planches-supports IJ et la manivelle se trouve arrêtée, ce qui donne la facilité de pouvoir satisfaire aux besoins du malade en détachant les sangles mobiles de la partie moyenne du châssis horizontal 31* Quand les sangles sont attachées de nouveau , on ôte la brochette qui arrêtait la ma-
nivelle et on descend le malade aussi doucement -qu'on le veut.
Désire-t-il avoir le buste légèrement incliné, il suffît de faire tourner le cylindre M et les deux cordeaux 54 et 55 élèvent la traverse supérieure L qui peut prendre une disposition verticale au moyen des charnières établies aux extrémités des épaulemens H I et des traverses latérales J K. On arrête ïe degré d'inclinaison au point désiré en plaçant une brochette dans le trou 20, qui se trouve sur la face interne du pilier B, et qui sert d'arrêt à une des chevilles 14 ou i5. On redescend le châssis avec la même facilité et on le replace dans sa position première.
Si le malade veut être assis, on commence par élever la totalité de la deuxième partie du lit; ensuite on élève le buste; pour fléchir les jambes on retire les brochettes qui traversent les trous 7, 7 des arrêts RS, on ôfe une troisième brochette du trou 21 qui arrêtait une des chevilles 12 ou i3 du cylindre L et alors la traverse Q descend au moyen du jeu des charnières pratiquées aux extrémités inférieures des épaulemens HI et des traverses latérales N O et peut aller jusqu'à l'angle droit. Dans cette position il est facile de faire prendre un bain de pieds au malade.
Pour le replacer dans sa première position , on
commence par élever les pieds avec les mêmes précautions qu'on les avait descendus et quand ils sont redevenus horizontaux, on replace les brochettes dans les trous 7, 7. Le buste étant redescendu par un mécanisme inverse de celui par lequel on l'avait e'ievé , et tout le corps étant situé horizontalement, on laisse descendre la totalité de la deuxième partie du lit mécanique.
On sait que les malades , surtout quand ils prennent une position inclinée, ont une tendance continuelle à glisser en en-bas, et qu'il est aussi fatigant que difficile de les remonter. On prévient cet inconvénient de la manière suivante :
Deux coussins longs et étroits, rembourrés avec de la laine ou du crin, garnis extérieurement de toile forte , pour leur donner plus 4de solidité, ont leurs deux extrémités unies ensemble, de manière à former des brassières. A la réunion des extrémités des coussins sont attachées deux sangles étroites et d'un pied de longueur. L'écartement entre ces sangles ou l'espace compris entre les deux aisselles , se trouve fixé par une autre sangle de la même largeur que les précédentes. Les extrémite's libres des deux sangles fixées aux coussins sont percées d'un œillet destiné à laisser passer les deux bouts d'un cordeau, lesquels sont arrêtés eux-mêmes par des noeuds d'où résultent, à chaque extrémité de sangle , deux anses de corde.
Ces brassières s'appliquent en passant sous les aisselles les parties garnies de coussins, la traverse répondant à l'intervalle compris entre les épaules et l'occiput. Quant aux sangles parallèles, elles vont gagner la partie inférieure du rouleau TV1; les deux anses de cordes qui les terminent remontent perpendiculairement pour arriver aux deux petites pièces en bois qui se trouvent à l'extrémité' des cordeaux 63 et 64 •
Reste à expliquer de quelle manière cet appareil se trouve fixé et tendu suffisamment pour soutenir le malade et agir constamment et de la même manière, quand il vient à changer de position. La brassière appliquée, les sangles passant sous le rouleau N\ les cordeaux 63 et 64 tendus au moyen d'un poids attaché au cordeau 62, il est constant que la résistance des brassières doit être en raison de la pesanteur du poids.
Veut-on le rendre fixe, on arrête la pièce U au moyen de deux brochettes que l'on place dans les trous parallèles et obliques des montans 33 et 34- Mais si le malade veut prendre une position oblique , ses épaules s'élèvent et parcourent un cercle qui aurait pour rayon là distance des cavités cotyloïdes aux épaules. D'un autre côté , ces mêmes épaules en s'élevant et s'éloignant des montans 33 et 34, auraient déterminé une pression plus forte
et auraient même incommode le malade, il a donc fallu rendre mobile le coureur V puisque c'est lui qui soutient les cordeaux 63, 64. Pour y parvenir, on a placé deux guides en cuivre 44i 45> parallèles, sur lesquels roulent les poulies supérieures qui sont logées dans les mortaises des doubles chappes 36 et 37. Le coureur V étant libre , peut être mu en avant et en arrière , mais une force existant qui le retient , savoir , celle du poids attaché au cordeau 62, il a fallu que cette puissance fut contre-balancée par une force égale et agissant dans le même plan, pour conserver l'équilibre de l'action extensive.
Pour remplir cette indication , deux cordeaux 5g, 60, ont été arrêtés à la pièce transversale du coureur V, dirigés sur les poulies des chappes 25, 26, et arrêtés à la pièce en bois S. A cette dernière pièce aboutit un autre cordeau 61 formant intérieurement une anse qui porte un poids égal a l'autre, d'où résulte un équilibre dans le mouvement du coureur V qui peut se porter en avant et en arrière.
Les choses ainsi disposées , ' quand le malade prend une position plus ou moins inclinée, le coureur V suit le mouvement et se trouve toujours verticalement au-dessus du rouleau N'; le poids repondant à la tête monte et l'autre descend et vice versa. Il en résulte une égalité constante dans
la tension exercée sur les bras. Le rouleau AT est destiné à maintenir les brassières toujours au même degré d'élévation , que le malade soit dans la position horizontale ou qu'il soit incliné.
Les branches M' M' permettent d'élever ou Rabaissera volonté le rouleau TV1. Elles servent encore à l'éloigner de la tête du malade et à tendre plus fortement les brassières. Comme elles glissent supérieurement dans les chappes horizontales IC L\ elles sont arrêtées au degré jugé convenable an moyen de brochettes ; dans tous les cas, elles suivent le mouvement d'inclinaison, étant d'une part attachées aux extrémités supérieures du châssis qu'on met en mouvement et de l'autre glissant dans les chappes ainsi que nous venons de le dire.
Venons maintenant à la manière d'échanger les draps et le matelas en conservant toujours au corps la posision horizontale. Pour y parvenir, on place une quantité suffisante de larges sangles sur l'un des porte-sangles /' T\ au moyen de brochettes , on les passe successivement sous le malade de manière à ce qu'elles soient toutes parallèles , ensuite on les tend fortement, ce qui constitue une espèce de fond sanglé et on les arrête à l'autre portesangles au moyen de brochettes; ensuite on enlève les brochettes qui traversent les branches D D D D des équerres en fer, ce qui sépare le châssis
horizontal des autres Alors au moyen de
la manivelle N, on fait tourner le cylindre K qui enlève le malade à la hauteur voulue et le tient suspendu, comme nous Pavons déjà expliqué, pendant le temps nécessaire pour faire son lit. Lorsque tout est prêt , on le redescend avec les mêmes ménagemens , on retire les sangles qui peuvent le gêner , et on laisse les autres pour éviter de les replacer une autre fois.
Nous venons d'indiquer les mouvemens les plus essentiels du lit mécanique et peut-être a-t-on déjà trouvé notre description bien prolixe et bien minutieuse lorsque nous, loin de penser que nous ayons rien dit de trop, nous craignons au contraire d'avoir dit trop peu pour l'intelligence d'une sem« blable machine. Il est une foule de détails dans lesquels nous ne sommes pas entrés, mais qui sont de mince importance et n'exigent pas d'explications particulières pour celui qui a compris le jeu de toutes ces mécaniques : ils sont relatifs aux besoins des malades , à la nature des maladies , etc. C'est au médecin qui dirige le traitement à pourvoir à toutes les modifications que les cas exigent.
Quant aux usages du lit, on conçoit bien qu'ils ne sont ^pas restreints uniquement à la maladie qui fait le sujet de ce Mémoire. Il est convenable et peut même devenir un des moyens les plus
puissans de guérison dans les affections graves et prolongéesqui re'clamentlessoins de propreté' ad ministres fréquemment et sans fatigue pour le malade; dans tous les cas d'infirmités, de blessures, de fractures qui exigent des pansemens délicats, fréquens et où la position horizontale et une immobilité absolue sont de rigueur, conditions qu'il est impossible de réunir, le malade étant couché sur un lit ordinaire. C'est encore un sûr moyen , dans les cas de ce genre, d'éviter au patient l'embarras de plusieurs aides, ainsi que les douleurs qui résultent souvent de leurs efforts maladroits ou mal combinés. Enfin, il peut varier les positions du corps et prévenir l'ennui , le malaise et les excoriations quelquefois très-graves qui sont les effets ordinaires du séjour prolongé au lit.