‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 43 sur 64 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons suivi pas à pas à Limoges le développement régulier de l’application des émaux opaques sur métal, et translucides sur verre. Dans les temps les plus reculés, nous avons constaté les analogies et, pour mieux dire, les similitudes de la technique de ces deux arts : la forme de mosaïque, les traits de métal dessinant les contours, les teintes plates et juxtaposées. Nous avons vu Limoges devancer, au xiv“ siècle, les autres villes dans la connaissance des procédés chimiques de la coloration des verres. Nous avons trouvé, au xiv® siècle et au xv% les memes sujets représentés de la meme manière sur les émaux et sur les vitraux. Au xvi® siècle, nous avons surpris les Courteis et les Pénicaud peignant en émail sur verre et sur métal. En présence du développement régulier de ces deux arts fraternels, à la vue de l’analogie et presque de l’identité de leurs procédés, et de leur réunion dans les memes mains, il n’y a pas grande témérité à supposer que l’art moderne des verriers est né de l’art ancien des émailleurs.

Ce point admis, on conclura rigoureusement que la peinture sur verre est née , à Limoges , de la mosaïque en émail incrusté (2).

(1) Bon. de St-Amable, ii, 405.

(2) On a vu au chapitre 2 de la 2“ partie de ce Mémoire que, selon l’opinion imposante de M. Tlicvenot, les peintres verriers du Idmoiisiii furent les premiers en France qui firent usage dans les verrières du jaune

Que peuvent, en effet, nous opposer les autres provinces?

Palissy et Lucca délia Robbia, avec leur immense talent, sont venus trop tard. Montpellier, Avignon et Arras ne nous objecteraient que des faits passagers, sans racines dans le passé , sans conséquences dans l’avenir. Sans trop d’ambition , nous pouvons donc réclamer , avec quelque vraisemblance , pour notre patrie , la découverte de cet art merveilleux (1 ).

Quelque accueil qu’on fasse à cette prétention, dont les preuves, en l’absence des monuments primitifs, ne pourront jamais arriver à l’état de démonstration positive, la ville de Limoges pourra se contenter de la gloire qu’elle a acquise dans l’exécution des émaux.

Au Louvre , les œuvres de ses artistes ne souffrent pas du voisinage des chefs-d’œuvre de toutes les écoles; et lorsque, sous l’influence lente mais certaine des variations atmosphériques , les tableaux à l’huile des grands maîtres auront péri, nos émaux y brilleront encore avec la fi’aîcheur d’une jeunesse éternelle.

Au Vatican, près de la Transfiguration, les émaux fran-

obtenu au moyen d’un oxyde d’argent , et qu’ils l’employèrent dès le XIV® siècle dans les vitraux de la cathédrale de Limoges.

Nos verriers limousins devancèrent donc de près d’un siècle leurs rivaux d’Europe dans la découverte d’un procédé important dont on avait fait honneur jusqu’ici au frère Jacques Lallemand, patron des peintres sur verre, mort en 1491 . On ne saurait se dissimuler l’autorité nouvelle que ce fait prête à nos observations et aux conséquences rigoureuses que nous avons cru pouvoir en tirer.

(1) Telle était depuis longtemps notre opinion à ce sujet; nous sommes heureux de la trouver développée par M. du Sommerard , et de pouvoir insérer aux pièces justificatives une importante citation de son ouvrage.

çais, représentés par quelques plaques limousines d’une importance inférieure, et les petits émaux de Bordier, sont honorés d’inscriptions magnifiques. Quel rang ne tiendraient pas en ce lieu nos Courtois et nos Léonard? Dans tous les musées , à Brescia , à Bologne , à Florence même, l’art des émailleurs n’a d’autres représentants que des émaux français, et ces émaux sont de Limoges.

Près de nous , à Poitiers , une direction intelligente a réuni dans le cabinet de la ville une suite modeste mais complète des émaux limousins ; dans la même ville brillent des collections remarquables; cinquante cabinets , à Paris, à Bordeaux, Lyon, Angoulême, regorgent de ces produits magnifiques, et chez nous les artistes célèbres qui font la gloire de notre province n’ont pas d’asile public :

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