EXTRAIT
d’üM rROCÈS-VERBÀL DE VISITE DE LA COMMANDERIE DE BOURGANEUF.
X (Communiqué par M. H. Rouchon.)
Aü NOM DE Dieu. Ainsi soit-il,
Procès-verhal et visitie des améliorissementz du grand prieuré d' Auvergne et de ses chambres prieuralles de Borganeuf, chef d’icelles Bellechassagne^ et leurs membres en dépendans, du mois d’octobre mil six cens septante-deux.
Plus , avons trouvé dans lad esglise le maistre hostel qui est dans le eœur avecq le tabernacle, degres de cliasque costé et de cbandelliers avec le devant d’hostel, et une lampe d’argent qui est d’ordinaire alumée devant le St-Sacrement , et entretenue par led sieur Pâtre , qui tire à eest effet le revenu affecté pour ce subiet , et un retable de bois peint et de chasque costé , et de l’hauteur dudit hostel , qui sert à mettre limage de St Jean-Baptiste nostre patron, en relief de bois du cousté de lesvangille , et de l’autre costé limage de Ste Elizabet aussi en relief de bois peint de colleurs différentes , que led sieur Pâtre a faict faire à ses frais pour marque de sa dévotion , avec plusieurs figures en rellief garnies de pierres de christail , et un retable de chasque costé du tabernacle qui contient la longueur dud hostel, de cuivre émaillé, garni de mesme que led devant d’hostel de figures en relief comme dessus.
Estât des reliques et ornements.
En suitte de lad visitteà la réquisition dud s*^ command' de Pusignan , et suivant nostre commission , nous command“ et commis^ susd et soubsignés, avons faict la visitte des reliques et reliquaires, argenterie et ornementz qu’avons mis par invantaire comme sensuit, après que led s' Pâtre nous a eu ouvert la porte du grand armoire qui se treuve dans la muraille du cœur à droict dud grand hostel , proche la porte de la sacristie, où nous avons trouvé :
Premièrement , une double croix d’argent , dans laquelle il y a une petitte croix de bois et la sainte croix avec quelques pierreries.
Plus, un autre reliquaire en façon de pavillon, le pied de lotton doré , où il y a des reliques de St Jean-Baptiste nostre patron , y ayant du cerveau.
Plus, autre reliquaire et lotton doré, où il y a partie du chef de St Thomas de Cantorhie, partie du crasne depuis les yeux en haut.
Plus un reliquaire d’argent à porter le St-Sacrement en procession sans avenues armoyriés.
Plus, autre reliquaire d’argent faict en façon de main, avec quelques pierreries aux armes du ...., grand prieur de Milly.
Plus, autre image d’argent avec image et reliques de Ste Marie-Magdalene et de St Leger, y ayant deux petitz anges d’argent.
Plus, un reliquaire en façon d’argent doré , au-dessus duquel il y a un crucifix de jact, une Notre-Dame et une pierre dagatte entre deux.
Plus, autre reliquaire de lotton doré, y ayant au-dessus un christail où sont les reliques et la coronne de Nostre-Seigneur et du sépulcre de Nostre-Dame.
Plus, autre reliquaire , le pied de lotton, ayant au-dessus une croix de lotton, d’un coustéun crucifix, et de l’autre une Nostre-Dame, au dedans duquel il y a quelques reliques sansescristeau.
Plus, autre reliquaire de lotton façon de pavillon , au dedans duquel il y a plusieurs reliques sans escriteaux , et néant moins, suivant un vieux inventaire et par tradion , on croit que ce sont des reliques de Ste Caterine, St Sébastien, St Eutrope, St Crespin, St Crespinian et autres.
Plus, autre reliquaire de bois en forme de bras , dans lequel il y a des reliques de St Anthoine.
Plus, un reliquaire de cuivre doré fait en cloche, y Ayant au milieu une pierre de christail.
Plus, autre reliquaire de lotton , le pied de cuivre doré, ayant un membre au milieu.
Plus, autre reliquaire de lotton où il y a des reliques , et au-dessus un soleil pour porter le St Sacrement.
Plus , autre reliquaire de cuivre sans reliques.
Plus, un amoyre fait en façon de coffre de bois , tout autour de cuivra émaillé , servant à reposer les susd reliques.
Le passage suivant, emprunté au texte de l’ouvrage de M. du Soinmerard [les Arts au moyen-âge^ t. iv, p. 75 et s. ) , est la meilleure justification de notre conjecture sur l’origine de la peinture sur verre. A ce titre , il avait droit d’être recueilli dans nos notes , et son importance fera excuser l’espèce de mention que nous faisons ici , par la bouche d’autrui , de nos travaux précédents :
« Expliquons cet autre aperçu également nouveau, et qui doit à ce titre » éveiller l’attention , la sévérité même de la critique. Dans ses remarques » sur les procédés autrefois en usage dans l’exécution des émaux incrus- » tés , près du lieu même qu’il habite , M. l’abbé Texier dit formellement » [Bull. Mon., t. VI, p. 54), en parlant de cette sorte d’émaux : Ce ne » sont en effet que des espèces de vitraux collés sur cuivre ; et, s’il était pos- » sible de détacher V émail sans le briser , on posséderait les plus belles et » les plus éclatantes derrières en miniature. N’y a-t-il pas dans ce peu de » mots une sorte de solution de deux problèmes archéologiques bien » obscurs et vainement débattus jusqu’ici , la source originelle et la mise » en pratique de l’art de la peinture sur verre proprement dite (t ) ? 11 » suffirait pour l’obtenir d’admettre notre majeure ^ l’importation en » France avant la fin du x® siècle, et l’exercice dans une de nos pro- « vinces les plus florissantes de l’art de l’émail incrusté , dont les pro- » cédés et les résultats même sont entièrement analogues, comme le » reconnaît Leviel lui-même, praticien du premier de ces arts , sur lequel ’> il a écrit ; à cela près que dans l’un c’est la transparence qui donne » l’effet qui ne s’obtient dans l’autre que par le reflet, comme dans nos » miroirs modernes comparés aux glaces sans tain. Lorsqu’on voit à quoi » a tenu la découverte si tardive de la gravure ( ou plutôt de l’art d’m- » primer des estampes) par la juxtaposition presque fortuite d’un papier » humecté à une de ces œuvres d’orfèvrerie enduites de nigellum , dont » l’effet se bornait depuis tant de siècles à un éclat tout personnel ( voir
(1) M. du Som-merard fait remarquer, dans la note, que les vitraux anciens de l’Occident , célébrés par Prudence, Grégoire de Tours , etc., comme reproduisant ou Véelat de l’aurore ou les feux du soleil couchant , n’avaient rien de commun avec notre peinture sur verre, et qu’ils ne pouvaient consister qu’en petits fragments de verre teints dans la pâte.
» l’article Finigucrra, d’Eméric-David, Biographie Universelle^ t. xiv,
» p. 546), ou ne peut s’étonuer, si l’on considère surtout que l’usage » du verre comme vitrage n’avait pas , dans le climat chaud d’Orient , » la même importance que chez nous, que la pratique de l’émail n’y ait » pas fait naître l’art parallèle de la peinture sur verre. Mais dans la » France , où , dès le vr siècle , le verre teint , à effets si vantés , s’em- » ployait dans nos sanctuaires, et nécessairement, à raison de l’exiguïté des » lames , par le procédé de sertissure en plomb , analogue au cloisonnage » en cuivre des émaux, l’application tout entière dut surgir de la seule » idée de substituer à la plaque métallique des excipients translucides » coordonnés, comme dans l’émail, par contours de formes et de tons, » très-faciles alors à obtenir par de simples hachures , sur des verres » déjà teints, pour que la lumière se fit, et nous dotât d’un nouvel art » bien plus célèbre encore que son générateur. Qu’on compare, par » exemple , un des médaillons de Suger à l’une de nos plaques contem- )> poraines , et la conformité non-seulement du style et des compositions, » mais de la division des contours par formes et couleurs , et de leur » soudure agencée , qui par filet de cuivre (1 ) , qui par listel en plomb , » tout , jusqu’aux rapports de dimension des grands sujets des châsses » avec ceux dont la réunion constituait les verrières de cette époque , » nous semble assigner aux deux arts une commune origine....
» En partant de cette hypothèse , il n’est pas douteux que Limoges n’ait « été le premier foyer où dut s’élaborer et se manipuler cette transfor- » mation , dont la non-constatation spéciale , autrement que par l’éclat » de ces produits , s’expliquerait alors par la célébrité absorbante de « l’art générateur , si souvent mentionné dans les chroniques de l’époque, w Limoges pourrait alors s’enorgueillir a la fois de nous avoir donné » l’émail et la peinture sur verre. »
Le dépouillement des règlements toujours inohservés qui fixaient les limites du luxe permis à chaque classe fournirait les éléments d’un travail intéressant. Il serait curieux de retrouver les motifs secrets d’in-
(1) On trouve sur quelques émaux primitifs, limousins, l’emploi d'un procédé qui a bien plus de rapport avec la sertissure en plomb des vitraux, en ce que le cloisonnage de l’émail est mobile.
tcrét, de bien public ou de vanité blessée, qui, en divers temps, firent rendre les lois somptuaires ; ce serait presque la reconstruction archéologique des futiles colifichets de tous les siècles.
En attendant que ce travail trouve un écrivain, le passage suivant, dont nous devons la connaissance à l’obligeance de M. Lecointre-Dupont, nous montre l’émail créant dans le commerce de l’orfèvrerie une valeur industrielle.
Ordonnance de Charles IX tenant les états à Orléans (1560) :
Article 1 46. Deffendons à tous manans et habitans de nos villes l’usage d’esmail en orfèvrerie , à peine de confiscation de leur pièce esmailhée, et toutes sortes de dorures sur plomb , fer ou bois, à peine d’amende arbitraire et de confiscation de la marchandise.
( Commentaire. ) Par ordonnance de François 1" , il estoit permis ausdicts orfèvres user de tous esmaux , pourveu qu’ils fussent bien et loyaument mis en besogne et sans aucun excès superflu ; et par l’ordonnance de l’an 1 540 , il ne leur estoit permis user esdicts ouvrages que d’esmail cler qui est le rouge, verd et violet; et l’esmail obscur est le blanc, noir et pers. 3Iais cette défense d’user d’esmail est très-utile, poureeque l’esmail se faict de très vile matière , scavoir est de verres cassez. Et toutesfois les orfèvres le vendent aussi cher que l’or , et quand on leur vend ouvrage d’or, ils ne l’estiment à rien.
( Extrait de Guillaume Terrien , Droit civil de la ‘province de Normandie^ liv. IV, p. 140. )