CHAPITRE XVII
Saint Louis et Innocent IF séjournent à Cluny, avec une foule de rois, de jtrinees, de cardinaux et d^étêques. — Innocent IF, au sortir du concile de Lyon, fait déposer d Cluny uns copie collationnée de toutes les donations , chartes et privilèges concédés à VÉglise romaine.
L*enipereur Frédéric II avait poussé à bout la puissance papale. Innocent IV avait fui de Rome , emportant en son cœur un ressentiment profond. Les combats de Grégoire VII avec Tempereur Henri IV , d'Alexandre UI avec Frédéric Barberousse, semblaient revenus. Innocent cberchait dans toute la chrétienté un lieu convenable et indépendant ou il pût convoquer TÉglise, et venger rabaissement du scepti-e pontifical. Lyon , ville archiépiscopale , libre de tout autre pouvoir immédiat , fut choisie par le souverain pontife. Ce fut là qu'Innocent IV , dans Tété de 1245, ouvrit en personne un concile général dans le réfectoire du couvent de saint Just. La grande intention de ce concile était la déposition de Tempereur, qui fut en effet proclamée. Les affaires de la Terre-Sainte y prirent la moindre place. Aussi la plupart des évéques d'Allemagne et d'Angleterre et tous les prélats gibelins n'y parurent point. Saint Louis lui-même ne consentit pas à s'y rendre. Il avait au fond du cœur le sentiment de l'in-
dépendance royale aussi fortement gravé que les vertus chrétiennes. Déjà auparavant , lorsque Grégoire IX avait excommunié Frédéric , et délié les sujets de Tempire du serment de fidélité, en offrant la couronne impériale au comte Robert, frère du roi de France, le saint roi avait repoussé ces offres séduisantes des envoyés de Grégoire, s'étonnant de l'audace téméraire du pape qui osait déshé' riter et précipiter du trône un aussi grand prince qui n*a point de supérieur ou d*égal parmi les chrétiens. Saint Louis redoutait même, h en croire les historiens, que le souverain pontife pénétrât trop avant dans son royaume , et , ne pouvant refuser, après le concile , une entrevue vivement sollicitée , il accepta le rendez-vous proposé dans Tabbaye de Cluny , où le roi fit attendre quinze jours le pape.
Le moine Guillaume de Nangis raconte cette illoslre conférence en des termes dont nous conservons la traduc^ tion naïve : « Et furent avec lui (le roi) , ses trois frères et madame Blanche, la reine, leur mère. Mais comme glorieusement il y alla, environné de sa gent, ne fieiit pas à taire, ainçois fait à raconter. Se vous vissiez oomment sa gent étoit glorieusement en armes, ordonnée par diverses parties et troupeaux , entour de lui , vous dissiez certainement que ce fut un host ordonné à bataille. Devant alloient cent sergents bien montés et appareillés , les arfaalestres aux mains ; et autres cent les suivoient , les hauberts vêtus , les baumes aux têtes , et les targes à leurs cols pendues. Après ces deux cents, venoient devant le roi cent autres armés de toutes armes , les glaives au poing forts et reluisants ; et le roi venoit après en la quatrième i*angée, environné de grande multitude de chevaliers armés î et entra ainsi dans Tabbaye de Cluny où le pape étmt.
L*apostole et le roi parlèrent secrèment ensemble de ce qu'ils voulurent, et puis s'en retourna le roi, quand il eut salué les cardinaux et il eut eu la bénédiction du pape. »
Je traduis littéralement, à mon tour, la chronique du monastère de Cluny.
« L*an du Seigneur 1245, à la fête du bienheureux André , Apôtre , le seigneur pape Innocent IV a célébré la messe à Cluny , dans la grande église , au grand autel ] et furent avec lui douze cardinaux , à savoir : le seigneur Egidius d'Espagne, le seigneur Jean de Tolède, le seigneur Otton , le seigneur évéque de Sabine , le seigneur évéque de Tusculum , le seigneur Octavien, maître Hugues de la Sainte-Téte , le seigneur Jean Gaétan , maître Pierre de Barro, le seigneur Guillaume, neveu du seigneur pape, le seigneur abbé de saint Faconde, le seigneur Pierre Capioche. Tous ceux-là étaient cardinaux. Avec eux se trouvèrent , dans la même église de Cluny , le patriarche d'Antioche , le patriarche de Constantinoplc , Tarchevéque de Reims, Tarchevéque élu de Lyon, Tarchevéque de Besançon, Tévéque élu de Châlons-sur-Saône, Tévéque de Paris , révêque de Langres , Tévêque de Clermont , l'évéque de Châlons-sur-Mame , Tévéque de Senlis , Tévêque d'Evreux , Tévéque de Prusse , l'évêque des Cinq-Églises , révêque de Bethléem , Tévêque élu d'Agen , qui fut ensuite consacré par le seigneur évéque de Tusculum , légat du siège apostolique (1). Furent présents en même temps
M) La chronique nomme encore trois autres évèques, episcopuê
FIRIENSIS, fpl^COpiM LUGINENSIS , eptSCOpUS CAMELITIENSIS , dont je De
puis traduire aTPc certitude les titres épiscopaux. Cette difficulté de traduction est cause sans doute que les historiens ecclésiastiques ou
Tabbé de Cluny et une foule d'abbés noirs, Tabbé de Citeaux et un grand nombre d'abbés blancs.
<( A la même époque se rencontrèrent à Cluny le seigneur Louis , roi de France , et la reine , sa mère et sa sœur, et le comte d'Artois, son frère, et Tempereiu* de Constantinople, et le fils du roi d'Aragon, et le fils du roi de Castille, et le duc de Bourgogne , et le comte de Ponthieu, et le comte Guillaume , qui perdit sa terré en rentrant en grâce auprès du pape et de l'empereur, et l'avocat de Béthune , et tous les chevaliers qui sont du conseil du roi de France , le comte de Forez , le comte de Bingniacum, le seigneur de Beaujeu , le seigneur de Bourbon , et une multitude d'autres comtes , châtelains , princes et chevaliers , dont nous ne voulons pas faire mention à cause de leur trop grand nombre.
a Et il faut savoir que, dans l'intérieur du monastère, reçurent l'hospitalité le seigneur pape avec ses chapelains et toute sa cour ; l'évéque de Senlis avec sa maison \ l'évéque d'Evreux avec sa maison ; le seigneur roi de France avec sa mère, son frère, sa sœur et toute leur suite; le seigneur empereur de Constantinople avec toute sa coar; le fils du roi d'Aragon avec tous ses gens ; le fils du roi de Castille avec tous ses gens ; et beaucoup d'autres chevaliers, clercs et religieux que nous passons sous silence. Et cependant, malgré ces innombrables botes, jamais les moines ne se dérangèrent de leur dortoir, de leur réfectoire , de leur chapitre, de leur infirmerie, de leur cuisine, de leur cellier, ni d'aucun des lieux réputés conventuek. L'évê-
civils , qui ont rapporté en bloc le fait liistorique , se contentent du nombre de quinze évéques, au lieu de dix-huit, qui accompagnaient réellement Innocent IV.
que de Langres fut aussi logé dans Tenceinte du couvent. » Cette réception magnifique y dont la renommée retentit au loin , contraste peut-être avec beaucoup de petits détails que nous avons été obligés de raconter*, mais elle peint du moins éloquemment l'immensité du monastère, et rimportance encore intacte d'un lieu religieux que toutes les grandeurs catholiques et royales de la terre honoraient à la fois de leur présence , et choisissaient pour la plus illustre des conférences, conférence également remarquable par les circonstances et par les hommes , et k laquelle l'histoire tout entière aurait peine à comparer aucune autre. Et ce qui ajoute encore à Tétonnement, c'est que deux incendies, si frcquens alors, venaient , à une époque fort rapprochée, en 1208 et 1233, de réduire presque tout Cluny en cendres.
Innocent IV séjourna un mois entier à Cluny , et saint Louis seulement quina^e jours. Mais, avant de partir, le pape permit à l'abbé, pour dédommager le monastère, de lever sur tout l'ordre la décime d'une année, à la charge néanmoins que 3,000 marcs d'argent seraient prélevés sur cette décime au profit de la cour de Rome.
Un fait d'une autre nature , mais non moins digne d'attention , signale le séjour à Cluny du souverain pontife et des principaux pères du concile de Lyon.
Dans la troisième session du même concile, le 17 juillet 1245 , le pape dit qu'il a fait rassembler tous les originaux des privilèges accordés à l'église romaine par les empereurs , les rois et les autres princes , qu'il en a fait donner lecture et présenter aux pères du concile des copies exactes, auxquelles ont été apposés les sceaux des prélats présens , et qu'il veut que ces copies aient la même autorité que les originaux.
On comprend le but prévoyant du Saint-Père, dans un siècle de troubles et de luttes où les chartes originales de la cour romaine pouvaient être sans cesse menacées de destruction.
A la proposition du souverain pontife, les ambassadeurs du roi d'Angleterre se levèrent , et le comte Bigod, Tun d'entre eux, faisant allusion sans doute à la fameuse charte du roi Jean , déclara qu'il s'opposait à la transcription de certains privilèges ou concessions accordés au Saint- Siège par le roi d'Angleterre , parce que les grands du royaume n'y avaient pas légalement consenti.
Les ambassadeurs de Frédéric , au contraire , firent peu de résistance.
Cette opposition partielle n^empêcha point que les originaux en bonne forme ne fussent présentés aux pères du concile, qui les reconnurent pour authentiques. La transcription en fut faite, de l'approbation de tous, afin qu'on y pût recourir, si les originaux venaient à périr, et que ces copies collationnées , et revêtues des sceaux du pape et des prélats , acquissent à jamais le caractère et la force dont les titres origineb eux-mêmes étaient investis.
Toutes ces circonstances sont prouvées par le prooèsverbal de collation qu'on lisait en tête de la transcriptioD de ces privilèges, au nom du souverain pontife. Et Ton ne s'était pas borné aux privilèges proprement dits; on y avait joint une foule d'autres diplômes, de traités, de négociations, de projets d'alliance, lettres de créance, pleins pouvoirs et autres gestes pubUcs , émanés des em- -^ereurs, rois et princes qui , pendant leurs règnes , avaient eu des relations nécessaires ou des intérêts à démêler avec a cour de Rome , depuis le dixième siècle jusqu'au milieu ^ * ♦seizième. Privilégia et litterœ, quœ temporibus rtf-
troactis , ab imperatoribus et regibus, etc., dit le souverain pontife (1).
Quatre-vingt-deux diplômes principaux, distribués sur dix-sept rouleaux , où pendaient encore tout à fait intacts , avant la révolution française, près de sept cents sceaux des quarante pères du concile , renfermaient les richesses de ce précieux dépôt.
Le plus ancien diplôme, de Tempereur Othon I*% remontait au 13 février 962. Outre les preuves de la munificence impériale envers Téglise de Rome , et une confirmation détaillée des états , provinces, villes, territoires, îles , ports , objets prétendus des grandes donations de Pépin et de Charlemagne que la critique moderne a regardées comme apocryphes, on y trouvait une énonciation aussi curieuse que complète de tous les domaines qui , en 962, appartenaient au Saint-Siège, de quelque part qu'ib lui fussent arrivés , et circonscrits et confinés , avec une évaluation des distances par mille , et une précision vraiment unique.
Ce diplôme jetait un grand jour sur Tautorité temporelle des papes à Rome, au neuvième et au dixième siècle , et même , à certains égards , sur leur indépendance spirituelle.
Sicut a prœdecessoribus nostris usque nunc, disait l'empereur, in nostra poiestate nique didone tenuimus atqu/e
(1) Nous empruntons ces détails et ceux qui suivent à un mémoire composé , en 4775, par M. Lambert de Barive , qui travailla pendant plusieurs années , dans les archives de Cluny, pour la collection des copies de chartes de la Bibliothèque royale. Nous devons encore cette intéressante communication , dont nous donnons l'analyse et quelquefois le texte même , à M. Ochier, médecin à Cluny, qui la devait loimême à M. Ghampollion-Figeac.
disposuùnus civitatem Romanam cum ducatu suo et suh bonis suis aîque viculis omnihus et territoriis et montm atque maritimis littoribus ac portubus, etc.
Plus loin , Othon reteoEtit eocore expressément ses dr de souveraineté sur Rome : car, après avoir coDBrmé prétendues concessions de Pépin et de Charlemagne ajoutait : Salva super eosdem ducatus nostia in omnibus minatione, et Ulonan ad nostram partem et fiUi no suhjeclione.
Puis Tempereur continuait ainsi , par une clause ; nérale : Omnia superius nuntiata ita ad nostram partem roboramus, ut in nostro permaneant jure, principatu que ditione.... Sed potius omnia quœ superius leguni id est proyinciœ, etc.... Salva in omnibus potettate r tra et filii nostri posterumque nostrorum.
Ailleurs, Othon-le-Graod défendait que le souver pontife fût consacré, avant d'avoir fait, entre les ma de ses envoyés ou de ses fils, une promesse sembla à celle autrefois librement consentie par le pape Léon. consecrattis Jiat pontifex , prius quam talem in pressa. missorum nostrorum, vel filii nostri, faciat promissions qualem dominas et venerandus pater noster spiritm Léo sponte fecisse dinoscitur.
Enfin , après avoir ordonné qu'obéissance fût gardée Saint-Père par les ducs et juges institués par le pape pt rendre la justice, l'empereur prescrivait, par constitut impériale, qu'en cas de plainte et de réclamation contre ducs et juges , les envoyés impériaux eussent à les défé au Saint-Siège , ou pourvussent de suite au redressenu des torts qu'ils reconnaîtraient ; sinon , que sui^l^cbai ils eussent le soin d'en donner avis à l'empereur, pour qi y mît ordre.
Dans un autre diplôme, de lempereur saint Henri, deuxième du nom , on lisait encore une énumération , tout aussi complète que dans le précèdent , de tous les domaines du Saint-Siège j mais on y trouvait de plus les augmentations de possessions qui, depuis les chartes des Otbon, avaient grossi le patrimoine de TEglise , en même temps qu'on y réservait à l'empereur ses droits de souveraineté , de nomination de juges supérieurs résidant à Rome , et de confirmation des papes.
Les autres rouleaux renfermaient les principaux privilèges , traités, hommages, négociations des rois de Bohême, de Hongrie , de Naples et de Sicile avec la cour de Rome ; la soumission et Thommage des couronnes d'Angleterre et d'Irlande , par le roi Jean , avec la stipulation des mille marcs sterling d'argent de redevance annuelle , dont sept cents marcs pour le royaume d'Angleterre , et trois cents pour celui d'Irlande : pareil hommage du royaume d'Aragon , chargé du tribut annuel de deux cent cinquante masses de Modène ; une convention très-curieuse entre le pape, le sénat et le peuple romain ; la cession du droit d'investiture des papes par la crosse et l'anneau , faite par l'empereur Henri , du consentement des princes de l'empire sooscrivans -, un très-grand nombre de traités et de négociations entre le Saint-Siège et l'empereur Frédéric II , etc.
Est-il besoin de dire combien ces monumens divers, tous souscrits, tous mentionnant une foule de princes, de fonctionnaires publics , de grands seigneurs , et les noms les plus illustres des diffèrens états de l'Europe, composaient une collection du premier ordre , d'un intérêt immense pour débrouiller la géographie ancienne, éclairer l'histoire, et jeter de la lumière sur les institutions, les
idées, les opinions religieuses et les mœurs du dixième, onzième , douzième et treizième siècle? Et quelle force n*Br joutait point à leur authenticité cette circonstance, qu'ils avaient été publiquement approuvés et collationnës par les pères d'un concile récent et célèbre, et confiés et apportés sans doute par le Saint-Père lui-même à un monastère choisi?
Car, sans qu'on sache précisément le jour fixe oii ces manuscrits inestimables arrivèrent à Cluny , il ne parait pas douteux qu'ils durent y être amenés pendant le séjour d'Innocent IV lui-même, ou peu de temps après son départ.
C'était une tradition conservée au monastère de Clnny, que , au concile de Lyon , on présenta aux pères trois copies pareilles des quatre-vingt-deux diplômes, qa'ellesy furent revêtues des mêmes formalités ; que Tune fîit déposée à Cluny , la secoude dans l'abbaye de Sion en Valais, et la troisième, dans une abbaye d'Allemagne , ou bien, selon d'autres, réunie aux originaux dans la bibliothèifae du Vatican.
Mais cette tradition n'était confirmée ni par les ex-> pressions du procès^verbal de transcription, qui restait muet à cet égard, et qui n'aurait pas manqué de mentiomier une aussi grave circonstance, ni par les actes du coneile ; car on y lisait : Dominus papa dixit quod omnia prM^ legia quœ.,,, concessa fuerant , EIDE M EXEMPLARI fecerit, et in eis apponifecit sigilla.
Bien plus , et quoi qu'il en puisse être , il sembla pro* bable qu'au dernier siècle l'exemplaire de Cluny subsistait seul : car le pape Benoit XIV, après 1750, fit témoigner par le cardinal de Larocbefoucauld , alors abbé de Cluny, son désir que le monastère voulût bien lui céder
diplâmeâ. On fut obligé de répondre à Sa Sainteté que c^était un dépât dont on ne pouvait se dessaisir, sans manqua aux devoirs d^une ancienne confiance. Mais on offrit au pape une copie qu'il accepta , et qui fut ftiite par Tun des moines, Dom Duinont, lequel fut depuis prieur de Souxilange. Cette simple copie eût-elle été acceptée par Rome, si les originaux eux-mêmes se fîissent encore trouvés au Vatican?
A la même collection furent jointes , mais quelques an* nées plu$ tard , deux pièces originales non moins impor* tantes : ce sont d'abord des lettres-patentes de Charles, comte d'Anjou, de Provence et de Forcalquier, frère de saint Louis , datées de 1 265 , par lesquelles ce prince ac* ceptait et approuvait toutes les conventions du traité foit en son nom , avec le pape et les cardinaux , au sujet de la couronne de Sicile. Il s'obligeait k se rendre à Rome, avant la fête de saint Pierre et saint Paul , pour recevoir sa nouvelle couronne , soit des mains du pape , soit de celles des cardinaux , en cas de vacance du Saint-^Siége. Il faisait ensuite plusieurs promesses favorables à l'ELglise, et s'obligeait par serment de garder et observer toutes les stipulations portées au traité d'inféodation de la couronne de Sicile. Les conditions de l'acte d'inféodation , la forme de l'hommage et du serment de fidélité, les droits res* pectifs du Saint-Siège et du nouveau roi ; tout était transcrit dans ces lettres-patentes originales , souscrites par un grand nombre de prélats, de cardinaux , et munies de sept sceaux au milieu desquels figurait celui du comte d'Anjou. Puis d'autres lettres-patentes de la même année, rappelant et confirmant les précédentes en toutes leurs clauses et conditions , contenaient la prestation de serment du prince pour la couronne de Sicile.
Qu^est devenu aujourd'hui ce dépôt inappréciable? Que sont devenues encore tou(es les chartes originales , et les cartulaires confirmant les chartes, et les pièces et les titres immenses qui formaient jadis les archives propres de Tabbaye, et composaient, dit-on, plus de dix-huit cents volumes de manuscrits inventoriés au dix-hui(ième siècle? La révolution a-t-elle tout dispersé, tout perdu, tout détruit sans retour? Sei*ait-il vrai que la bibliothèque Royale fût parvenue à rassembler, k recueillir la plupart de ces débris? Elle a fait, nous le savons, en diverses circonstances, et de différentes personnes, Tacquisition d'une multitude de chartes et de documens authentiques provenant de Cluny : ainsi , en 1829, elle a acquis 280 chartes, datées du dixième au seizième siècle ; en 1 834 , des cartulaires, divers manuscrits et plusieurs chartes qui appartenaient aux anciennes archives de Tabbaye. Ainsi , tous ces monumens des vieux âges étaient devenus la proie d'une foule de possesseurs, selon les chances déplorables du hasard , de la curiosité , de Tignorance , de la spcdiation ! Et , quand bien même la bibliothèque Royale ou les archives du royaume auraient sauvé d'une destruction totale quelques-unes des richesses du trésor des chartes de Cluny , elles seraient à Paris enfouies pour toujours, ignorées, sans ordre, incomplètes, impossibles à consulter, dédaignées au milieu de tant d'autres, destinées à n'y recevoir jamais les honneurs d'une description, d'un catalogue , d'un inventaire ; et définitivement enlevées aux études provinciales, aux droits et à l'amour-propre de la Bourgogne !
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