‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 40 sur 54 · PIERRE AU GRAND-MAITRE DES TEMPLIERS (ÉBRAID · texte numérisé non relu

PIERRE AU GRAND-MAITRE DES TEMPLIERS (ÉBRAID

Qne j'aie toujours respecté , toujours chéri d'une aifeclion singolière et personnelle , entre tous les ordres religieux , vous et la sacrée miliee du Temple que Dieu vous a confiée ; je le sais bien moi-même, le témoin d'en-haut qui lit dans ma conscience ne l'ignore pas; phnleors de tos chevaliers le savent aussi , et vous-même , je n'en doute pas , vous i l'avoir appris. Dès la naissance de votre institut qœ j'ai vn cer , je vous ai voué ces sentimens , et j'ai vu toot à la fois avec joie et avec admiration que les rayons brillans d'un nouvel astre avaient ifhi-

miné le monde. £t qui donc, pinni loi» cenx qui ont quelque espoir de sahit éternel , ne se réjouirait, ne tressaiUerait en Dieu , soo Siu- Yeur , jusqu'au fond des entrailles , de Toir la milice du roi étemel , les bataillons du Dieu des armées , sortir comme d'un camp céleste , pour marcher à de nouTeaux combats , et se réunir de toutes les parties de l'univers, pour yaincre le démon, prince du monde, et subjuguer les ennemis de la croix du Christ ! Qui ne se réjouirait et ne triompherait de TOUS yoir aUer à un double combat ; armés , pour l'un , de vos yertus contre les intelligences de l'enfer ; et pour Fautre , des forces de Totre corps contre des ennemis oorporeb? Dans le premier, tous tous êtes revêtus de toutes les qualités des saints Moines et des Ermites : dans le second , tous êtes allés au-delà du but de tous les religieux. Car , s'ils traTaillent pour Dieu , en châtiant leur corps , ea le réduisant en senritude , ils sont cependant physiquement à l'abri des tempêtes du monde, et surtout des tumultes de la guerre. Mais tous, toi» surpassez en austérité et en pratiques pieuses le religieux le plus intrépide, et en même temps tous ne cessez de combattre contre les camps infernaux, je TOUX dire contre les bataillons des Sarrazins que le grand ennemi du salut arme au grand jour contre le Christ. Vous êtes moines par vos vertus , et soldats par vos actions : moines par vos exercices spirituels , soldats par vos œuvres corporelles. Vous avez exposé votre vie pour Tos frères, et offert tos corps à la mort; tous aTez répandu un sang qui n'avait jamais été ainsi répandu ; et tous les jours vous êtes prêts à le verser pour Dieu dans de saintes guerres. Vous êtes vraiment arrivés i ce point élevé et principal de la charité, dont parie le Sauveur : « n ne peut y aToir de charité plus grande , que d'exposer sa rie pour ceux qu'on aime. » Voilà pourquoi , je le répète , je tous ai toujours chéris , respectés , Ténérés. Je l'ai fait ainsi jusqu'à ce jour, et je le ferai , aTec la grâce de Dieu y tant qu'il restera un souffle dans mes narines. Celui qui aime a toujours l'espérance d'être aimé de celui qu'il chérit; j'ai donc espoir et confiance d'être aussi aimé de tous, et que TOUS écouterez stcc bieuTeillance ce que j'ai à tous demander.

Un noble guerrier, le seigneur Humbert de Beaujeu, rcTenu dernièrement des pays d'outre-mer , est rentré dans nos contrées , où il a été aêcueilh aTec une joie et des transports uniTersels. JPétais absent alors, conduit ailleurs par des affaires. A mon retour, j'ai tu l'immense réjouissance causée par son arriTée , et si je ne l'aTais Tue moi-même , j'aurais eu de la peine à m'en rendre compte et à l'appréder. Les derca

se réjouissaient , les moines se félicitaient , les paysans applaudissaient; et toutes les églises qui nous entourent semblaient ne former qu'an seul chœur , pour faire retentir un cantique nouveau. On entendait , au contraire, se plaindre les ravisseurs, les persécuteurs des églises, des moines, des pauvres, des veuves, des orphelins, les pilleurs et les oppresseurs de cette multitude sans force et sans erédit qui ne peut se défendre elle-même; ils n*osaicnt point dire tout haut, mais ils murmuraient au fond de leurs mauvais cœurs , que désormais toute voie allait être fermée à leurs brigandages. Car telle est la situation , vous lesavez» je crois , du territoire voisin de Cluny, que , privé de roi , de duc o« de prince qui le défende , il est dans le plus vif contentement dès qu'il pense avoir trouvé quelque espoir de repos. Et comme il a confiance d*avoir trouvé sérieusement tout cela dans Humbert , sa joie édate , et il ne peut dissimuler ses joyeuses espérances. Depuis qu'il est arrivé » Humbert a bien montré qu'on ne comptait pas en vain sur lui , lorsqu'il a tellement réduit le vicomte de Mâcon, qui cherche à dévorer oo& terres le matin, le soir et la nuit, qu'on pouvait à bon droit lui appliquer ces paroles de Job : « Pécrasais les mâchoires de l'homme injuste, et j'arrachais sa proie de ses dents. » En peu de temps, c'est-à-dire depuis son retour, Humbert a fait aussi justice de beaucoup d'autres dépré* dateurs d'en-deçà et d'au-delà la Loire. Votre Cluny attend le même service d'Humbert , dont les conseils et les secours lui sont plus indispensables qu'à aucun monastère et à aucune église dé ce pays. Je vous prie donc , et comme votre intime ami , je vous conseille , si quelque plainte s'élève contre son retour au milieu de nous , de lui permettre de rester séparé quelque temps de votre pieuse milice, et derabandonner lui-même au jugement de sa propre conscience. C'est un homme sage et discret : je crois que vous gagnerez plus auprès de lui par la tolérance que par des contestations irritantes; je connais, je crois , son cœur , et dans son entretien intime j'ai bien découvert qu'il craint Dieu , et qu'il sacrifierait tous les biens du monde au salul de son ame. Laissez-le donc quelque temps à ce malheureux pays qui en a besoin plus que je ne puis le dire , et permettez-nous, du moins, de nous féliciter en passant de l'aide puissant qu'il nous donne. Et« d'ailleurs , c'est le devoir de votre profession militaire de défendre i 'Eglise de Dieu contre ceux qui la ravagent ; et c'est pour cela que vous «vez pris les armes. Vous justifiez littéralement les paroles du prophète : n Vous vous élevez comme un mur pour la maison d'israél , et

TOUS VOUS opposez à ses ennemis. » Mais , direz-vous , c'est contre les payens, et non contre les chrétiens, que nous nous sommes armés. Et qui devez- vous combattre, vous et vos frères, avec plus de vigueur^ du mécréant qui ne connaît pas Dieu , ou du chrétien qui le confesse de bouche et le combat en réalité ? Qui doit-on le plus poursuivre , celui qui ignore et qui blasphème , ou celui qui combat le Dieu qu'il reconnaît? Ne combattent-ils pas Dieu , ne persécutent-ils pas le Seigneur, ceux qui , sans acception de personnes, de rangs , de dignités, et partout où ils osent ou le peuvent , pillent, blessent , frappent et souvent même tuent TÉglise de Dieu et le peuple racheté de son sang? Croyezmoi , vos conseils , je dirai plus, vos épées, ne doivent pas moins protéger le chrétien souffrant de la part des chrétiens une injuste violence, que le chrétien subissant un traitement pareil d'une main payenne. Rendez- vous donc , je vous en prie, à mes conseils et à mes sollicitations , et donnez-nous , selon la mesure que je vous ai proposée , un homme courageux , sur lequel repose presque entière notre espérance de repos. Éprouvez si mon avis n'est pas à la fois profitable à vous et i nous ; et je ne parlerais point ainsi , si je le croyais le moins du monde contraire au service de Dieu. Je me flatte, et je le désire, de pouvoir m'entretenir avec vous , avant que vous ne quittiez les Gaules; et alors j'achèverai mieux de vive voix , que je ne le puis faire par écrit , ce qui me reste à dire sur cette grave affaire.

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PIERRE A SIGmARD, ROI DE NORVÈGE.

Je remercie du fond da cœur le Roi tout-puissant et étemd, d'iTOîr daigné vous inspirer la crainte et Tanioiir du Seigneur, et d^aioir fak prévaloir en vous le goût des choses divines sur les attadiemeni terrestres. Placé , comme tous Têtes , à rextrémité de l'unîTert et sont les glaces du Pôle , le maître des siècles n'en a pas moins adood» par la chaleur de son esprit , votre froideur septentrionale ; fl a fonda les glaces de votre corps et de votre infidélité; et l'on peut s'écrier, en parlant de vous : « Lève-toi , aquilon; vent du midi , viens, aooffle sur mon jardin , et ses parfums vont couler. » Et encore i « Je dirai à l'aquilon : souffle , et au vent du midi : obéis. »

Nous avons tous appris avec plaisir de la renonunée , miri , ssnent , qui vous aime plus vivement que personne , quelle est votre pieve soumisston à Dieu ; combien vous avez pour lui de respect et d'aoMMV; avec quelle affectueuse tendresse vous avez soumis le faste royd an doux joug du Christ ; comment vous vous êtes établi le proteeteor de l'Église de Dieu; de quelle manière, non-Mulement dans vee États » mais encore dans vos pays les plus reculés du Midi et de l'Orient, vont avez défendu les fidèles contre les ennemis de la croix de Dieu , autrefois par la force de vos armes sur terre et sur mer, et aujourd'hui même avec le secours empressé de votre vaste flotte. De tout cela, nous rendons grâces , autant qu'il est en nous , au dispensateur de tooi biens qui a brûlé votre ame des ferveurs de l'Esprit-Saint, a inspiré la force de mépriser les grandeurs d'un trône la puissance et la richesse, et vous a donné la résolution de marcher courageusement dans le chemin du royaume étemel. Menez à bout un dessein si beau ; tous nos vœux le demandent au ciel pour vous.

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PIERRE A SUGER

Oh ! que la condition des hommes est malheureuse, et , sll est permis de le dire , que leur fortune est misérable ! Souvent Je rois , malgré moi , ceux que je voudrais ne point voir , et je ne puis voir , seulement une fois dans un siède, ceux que je désirerais voir sans cesse. Pourquoi ces paroles? Hélas ! je suis à chaque instant poursuivi , assailli par des hommes du siède qui me tourmentent par les exigences importunes de leurs intérêts temporels : avec qud empressement je leur échapperais , 8*il était possible! Et , mon cher ami , celui que j'aimais avant même qu'il ne m'aimât , mon cher abbé de Saint-Denis , que je chérissais avant qu'il ne fût abbé, et que je chéris plus encore depuis qu'il Test devenu , je ne peux point le voir de long-temps ! La France le retient, et l'envie toujours tellement à notre Bourgogne , que je n'ai jamais pu le voir à Guny qu'une seule fois. Je me plains donc à lui de cela en toute familiarité, tout en le remerdant de toutes mes forces de n'avoir pas cessé de se montrer à nous , du moins par mille services rendus, s'il nous a dérobé sa présence. Nos frères qui habitent vos contrées attestent les bontés que vous avez pour eux; ils disent que , dans leurs affaires et dans leurs besoins , ils ont louve en vous, non-seulement le bienveillant abbé de Saint-Denis, mais encore leur propre père, l'abbé de Guny. Je m'afflige cependant, non que vous nous obligiez sans cesse , mais que nous ne trouvions aocune occasion de vous rendre ce que vous faites pour nous , et qu'ainsi vos bienfaits semblent nous laisser ingrats. Je vous en prie cependaM, je vous en supplie ardemment, que les affaires rdigieuses» ou votre amitié , ou les intérêts de voire royaume, à l'extrémité duqnd noos sommes placés , nous donnent avant l'hiver prodiam voire bonne visite à Quny. Si vous venez auprès de nous, je vous assure que vous verrez , non pas seulement ce que le prophète dit qu'on voit dans la vie future , mais des hommes bien heureux et bien gais dans la vie présente : TOUS vous réjouirez de leur joie, et votre conir sera salisISiit.

PIERRE A SUGER

Je vous ai déjà écrit dernièrement dans une lettre précédente , et j'aime à vous le répéter dans celle-ci, du fond de mon cœur, que je vous aime d'une amitié singulière, entre tous les prélats de tos godtrécs , et que je suis entraîné vers vous par une puissante inclination d'amitié respectueuse , comme vers Tami spécial de Téglise de Glnny. Je suis donc profondément affligé qu'il ne me soit pas permis de voir au moins quelquefois votre révérence que j'entoure de tant d'affection « et que l'importune multiplicité de mes occupations m'empêche de jouir du plaisir si long-temps désiré de votre entretien ; c'est pourquoi je vous envoie notre très-cher frère et intime ami , Hugues de Gresoée , par qui vous pourrez me faire connaître votre volonté : car si je connais ou si je puis quelque chose qui vous soit utile , je suis prêt , dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel , à vous rendre service. Au reste , j'ai confié à la bouche de Hugues une parole secrète que je n'ai pas voulu confier à l'écriture , afin que par lui vous connaîssiei ma confidence , et que vous vous régliez là-dessus , selon votre habfleté accoutumée , sur ce qu'il vous paraîtra utile de faire.

PIERRE A SUGER

J'aimerais bien mieux vous dire de vive voix que de vous écrire de loin quelle place vous occupez dans mon ame ; mais , puisque le sort jaloux m'a refusé votre présence corporelle à Gluny, que j'espérais beaucoup , surtout à l'occasion de l'arrivée du roi , je veux vous dire en deux mots que nous sommes à vous plus que vous ne le penseï, el que c'est exprimer faiblement notre atUchcment à votre personne, que de vous dire que tout ce qui est à nous est à vous. Quant à présent, je vous recommande le prieur de Notger et ses intérêts; et je vous prie beaucoup de daigner écrire pour lui à l'évêque de Ghartres, au sujet les affaires qu'il vous confiera lui-même.

PIERRE A SUCER

Depuis long-temps je chéris votre révérence, et je la chéris dans Famour du Christ : aussi suis-je assuré que vous m'aimez de même. C'est pourquoi je n'hésite jamais , dans toutes les occasions , à vous sol> liciter fréquemment en faveur de nos affaires. Aujourd'hui j'invoque votre affectueuse protection pour notre maison de Saint-Martin-des- Champs, qui a subi, et qui subit chaque jour de plus en plus, des pertes spirituelles et temporelles, par la faiblesse de notre très- cher frère O. . . Par condescendance pour ses infirmités, nous l'avons déchargé, selon notre coutume, du soin de ce monastère, et nous l'avons remplacé par notre cher frère et fils Simon , autrefois sousprieur du même couvent , et qui a su , par ses vertus et l'excellence de sa conduite, mériter mon attachement et celui de notre communauté, rappelle sur lui votre attention , et je vous prie, pour l'amour de Dieu et de moi , de l'aimer vous - même et de lui donner assistance et conseil.

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