POLYANDRE DE LA VIA STRATA
(Voir riotrodaclion , pag. \\\u et saÎTanles, et le cbap. I, pag. 20.)
A L^EXEMPLE de Rome et des principales villes de Pan-^ tîquitë , Augustodunum était entourée de tous côtés de cimetières. Ils s^échelonnaient le long des principales voies, aux bords de TArroux, sur les collines environnan-^ tes, faisant de la cité des morts une ceinture à la cité des vivants.
Les deux plus considérables étaient le Champ des Urnes et. le polyandre de la Via strata. Situé au midi de la ville , près des voies romaines de Chalon et de Mâcon . le Champ des Urnes occupait sur la dernière pente des montagnes auxquelles est adossé Autun, une position remarquable par la sévérité du paysage , par la tristesse étreîgnante qu'y versent l'ombre des forêts et les*
;i9< M»TKS
limites étruilps de l'horizon. I«s populations gauloises cl romaines se partagèrent exclusivement ce sombre cimetière qui paraît avoir été de bonne heure abandonné, et où aucun vestige ne rappelle lespérancc chrétienne. Une grande pyramide , semblable à celle de Cestius à ïlome, veillait seule, ji défaut de la crois, sur le dépAt des tombes couchées à ses pieds. S'il est vrai qu'elle filt, comme on le croit, surmontée d'un fanal, elle n'éclaira que des sépultures païennes, des inscriptions aux dieux mânes, des souvenirs druidiques, des symboles mythologiques, tout un peuple oublié , dormant , selon l'expression de l'Evangile, à l'ombre de la mort.
Combien différent était le potyandre de la Via sirala ! Là, sans doute, bien des générations s'étaient, dès une haute antiquité, entassées les unes sur les autres: mais les premiers chrétiens, en le choisissant pour y dormir leur dernier sommeil, le sauvèrent de l'abandon et de l'oubli. Placé dans l'espace compris entre les voies de Sens et de Besançon, sur un tertre gracieusement exposé au midi, frappé par les premiers rayons du soleil levant, qui éclairait à ses pieds Augustodunum et la plaine qui l'environne, il semblait que de ce lieu ouvert à tous les rayons et à toutes les brises, l'âme pût prendre plus aisément son vol.
Une colombe , image de l'Esprit saint et de t'Ame sans tache qui monte vers lescieux, marquait les cercueils de
complètement. Lorsqu'elle ne fut plus obligée d'y célébrer en secret ses mystères et d'y ensevelir furtivement ses morts, elle se hâta d'élever, sur les restes vénérés des plos saints d'entr'eux, des oratoires particuliers et les basiliques de Saint-Etienne et de Saint-Pierre. Les évéques d'Autun vinrent prendre une place privilégiée dans lenceinte ou près des murs extérieurs de ces deux églises. Dans celle de Saint-Etienne, du côté de l'épttre, était en an même tombeau avec son épouse, saint Rhétice , une des lumières de l'Eglise au IV* siècle, qui mérita d'être cité par saint Augustin, copié par saint Jérôme, et travailla, dîi-on, à la conversion de Constantin, de qui il fut particulièrement honoré, il mourut vers 334. Du côté de l'évangile était le corps de saint Pragmace, aussi évéque d'Autun. Dans celle de Saint-Pierre, saint Simplice avait sa sépulture près l'autel de Notre-Dame. Saint Amator, le premier évéque d'Autun , reposait dans une chapelle située entre ces deux basiliques, et formée du monument des Volusiens. Saint Evanceen occupait une autre semblable.
Un grand nombre de morts avaient été placés autour du chœur, comme s'ils avaient voulu dormir à l'ombre du sanctuaire, et se rassembler comme un fidèle troupeau sous la protection de leurs pasteurs.
La position et la forme de ces tombeaux variaient à l'infini, suivant l'époque et les personnages auxquels ils avaient appartenu. Ils étaient pour la plupart tournés d'orient en occident, coutume observée par les peuples qui ont conservé les traditions primitives et qui était un symbole de l'immortalité de l'âme prenant à travers la mort son vol vers la lumière. On a trouvé souvent , les uns près des autres , trois sarcophages renfermant sans doute des personnes liées par le sang ou l'amitié , et qui n avaient pas voulu être séparées même dans la tombe : un père, une mère entre leurs enfants... des amis, des
396 SOTRS
frères réunis ensemble... La tête de tims ces cadavre» était tournée du côté de l'orient.
Sur d'autres points, des espaces vides existaient entre les cercueils Des ossements gisaient dans la terre nue. serait-il invraisemblabJedesupposer qu'ils appartenaient à des esclaves , à des serviteurs , à ces colons , habitants des campagnes, qui, dans l'antiquité, recevaient fréquemment la sépulture dans les grands tombeaux de famille? Auprès de ces morts plébéirms, étaient étendues de longues piques en fer, garnies d'une virole et des coins qui la fixaient k la hampe.
L'espace occupé par ces sépultures , présentant quelquefois un développement de 50 pieds sur une face, et de 30 à 35 pieds sur l'autre, était renfermé dans un hypogée également orienté, recouvert d'une voilte, et divisé par de petits murs en plusieurs cases. Cette disposition régulière, ces tombeaux d'une facture k peu près semblable, ne l'appellent-ils pas le plan du columbarium H\ec sesloges pour lesdiversmembresde la même famille; n'indiquentils pas une construction une et dont la destination s'est régulièrement accomplie?
A travers le polyandre, les monununls des grandes familles élevaient au-dessus des tombes voisines la richesse de leur architecture grecque et romaine, leurs colonnes, leurs frontons de marbre, leurs sculptures, leurs sommets revêtus de fresques , voûtés en coupoles
vers 820. Charles le Chauve fit don à cet abbé d'une châsse magnifique pour les renfermer. Quoique les restes de saint Cassien ne reposassent plus à Autun, le roi Robert, vers 1015, fit reconstruire la chapelle qui couvrait le tombeau objet d^unesi grande vénération.
On pouvait voir encore, dans le dernier siècle, cet édifice dû à la piété d'un roi qui chercha dans la religion un allégement à ses étranges chagrins. On y avait employé plusieurs colonnes de marbre antique, mais le temps et le zèle des fidèles ne l'avaient pas épargné. Le tombeau était tout usé, la chapelle ruinée et découverte. Plusieurs des sépulcres dont parle Grégoire de Tours étaient à leur place ; mais les traditions , les souvenirs , le respect dont ils étaient entourés s'étaient perdus. Dom Martenne et dom Durand, auteurs du Voyage littéraire, eiFectué en 1708, se plaignent de l'abandon de ces lieux, et notamment du tombeau de saint Cassien. a 11 est tel » encore, disent^ils, que Grégoire de Tours le dépeint, » mais dans la dernière négligence, et il est surprenant » qu'un lieu aussi vénérable soit comme abandonné. » Un historien d'Autun en parlait dans les mômes termes un siècle auparavant * .
En 1722, selon le témoignage de l'abbé Germain , on y voyait encore ceux des évéques nommés plus haut, les uns en marbre , les autres en pierre.
Le XVIIl* siècle fut si prompt à détruire les anciens vestiges de ce polyandre, qu'on peut à peine suivre la trace de ces destructions. Les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève , possesseurs du prieuré de Saint-Sym-
*• € liais en ceste année 1638 , se Toit cesle chapelle ruinée si • comme les autres esglises estans en ce signalé et renommé cime- > tière t ( Histoire manuscrite de l'Eglise d'Aulun par Bonaventure Goujon, notaire royal à Autun. }
398 SOTF.S
phorien , auquel confinait le cimetière de la Via ttrata, jetèrent un grand nombre de monuments funéraires dans les travaux de reconstruction de leur église. Celle de Saint-Etienne, depuis longtemps en ruine, fut démolie en 1775, et l'on ne pourrait, même dans les souvenirs du pays, en retrouver aujourd'hui la trace : non est locus ttbi erat. La basilique de Saint-Pierre , curieui assemblage de parties construites ou restaurées à diverses époques , servit d'église paroissiale jusqu'en 1 792 ; elle est devenue depuis une propriété particulière et s'est transformée en une grange.
La révolution et les années qui la suivirent activèrent cette œuvre de destruction. Les objets précieux qui furent découverts , croix , anneaux , monnaies d'or ou d'ai^ent passèrent aux mains des orfèvres et furent fondues dans le creuset. Les tombeaux de plomb fin, mis à jour par la charrue du laboureur ou la pioche du manœuvre furent dépecés à tant la livre. .Aujourd'hui même l'insouciant villageois place les grandes auges vers le puits de la ferme. et abreuve les troupeaux dans ces pierres imprégnées de la cendre des premiers chrétiens. Ce qui était statue el marbre a cto jeté dans les fours à chaux que l'industrialisme a élevés dans ces lieux comme un puissant agent de dissolution. Tout a si complètement disparu que nous ne pouvons achever la description de ce polyandre qu'en rappelant les recherches qui y ont été faites depuis plusieurs années.
« Dans les fouilles exécutées en 1775, dit Courtépée, » on déterra trois tombeaux doublés de plomb et deux I) inscriptions dont l'une portait ;
AKHILIA SKVERA AI.VHNO ROMAKd IM)SVIT.
?iOTËS 399
» temps, il aurait conservé bien des morceaux précieux n qui ont été livrés à l'ignorance des ouvriers qui les ont )» détruits. »
Ladone lut sur un bas-relief représentant deux jeunes gens revêtus de toges :
D. IVLfANVS RESCENS. M.
Sur un autre , où était figuré un vieillard vêtu de même :
D. CAIVS GETVLIVS. M.
Ladone vit encore plusieurs cercueils garnis de plomb , revêtus de bas-reliefs et d'épitaphes.
Dans le Mémoire sur les Antiquités d^Autun, envoyé en 1723 par Tabbé Germain , théologal de la Cathédrale , à Farchitecte Thomassin , chargé par le régent d'étudier le projet du canal destiné à joindre les deux mers, Mémoire orné de dessins précieux, et que Tauteur devait fondre dans son Histoire d'Autun, qu'on ne peut trop regretter, se trouve la description d'un des antiques monuments dont nous avons parlé plus haut. « Il était construit en pierres de taille très dures, posées à sec comme dans presque tous les ouvrages romains. L'intérieur en était brut , c'est-à-dire que la pierre en était grossièrement taillée. Il y a apparence que ce monument, orné de colonnes corinthiennes , se terminait par une petite pyramide posée sur la corniche, dans le genre du tombeau de Pilate à Vienne. »
a Cette corniche est toute de grandes pierres qui traversent d'un bout à l'autre, ce qui fait un plafond par dedans.. La portion de ce mausolée sur laquelle portait la pyramide ( le massif de maçonnerie qui est à présent sur cette corniche est moderne et construit en gros quar-
liers de pierres proveniint peut-être de la démolition de la pyramide) est recouverte aujourd'hui d'une charpcnb^ qui le préserve de la pluie, car on en a fait depuis longtemps une chapelle, où il a un autel où Ton dit quelquefois la messe, »
C'était là même que les premiers chrétiens avaient déposé le corps de saint Amator. Une inscription en beaux caractères , découverte sur un petit piédestal de deux pieds de haut, placé sous ce mausolée , était ainsi conçue :