‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 26 sur 56 · P. GABRIEL CORTOIS DE QVINCY · texte numérisé non relu

P. GABRIEL CORTOIS DE QVINCY

EPISCOPVS EELLICENSIS HVJVS CCffiNOBII ABBAS.

AN. R. S. M. DCG. LXVII.

« Ci-gisent replacées les cendres de Brunehilde, fille, sœur, épouse, mère, aïeule de très puissants rois , célèbre par de rares avantages de corps et d’esprit , par son zèle à propager la religion , par son incroyable magnificence à élever, réparer et agrandir les hôpitaux , les monastères , les basiliques , les places fortes et les voies publiques. Célèbre de nouveau , et trop célèbre hélas !

l)E SAINT-MARTIN.

par les revers variés et cruels qu’elle supporta avec constance , par les horribles supplices et la mort affreuse dont la rendirent victime la trahison d’accord avec la barbarie , au mépris des lois divines et humaines -, enfin par un malheur bien plus grand, celui d’avoir été, pendant sa vie et après, sa mort le but d’innombrables calomnies, poursuivie par l’implacable ennemi qui osa souiller son nom des crimes atroces dont il savait que lui et les siens étaient coupables.

» A la faveur des ténèbres de l’ignorance , cette erreur grossière dura mille ans. Enfin la lumière de la saine critique, née dans notre siècle, a vengé des jugements des hommes la mémoire de cette reine pieuse et forte.

» Mais quelle serait la valeur d’une pareille réhabilitation , si le souverain juge, dans son intarissable miséricorde, n’avait déjà couronné pour l’éternité celle qu’il avait si fortement éprouvée dans cette vie?...

» P. Gabriel Cortois de Quincy, évêque de Belley, abbé de ce monastère.

» L’an M DOC LXV1I. »

Le latin pompeux de cette inscription prouve qu’avec la foi on avait perdu la science des tombeaux et des épitaphes , et que le sentiment naïf de la croyance avait fait place à l’emphase vide du rhéteur. Mais au moins conserve-t-elle , avec une certaine énergie, l’expression de la reconnaissance que le monastère de Saint-Martin avait, de tout temps, portée à sa fondatrice. Elle renferme en quelque sorte la substance des apologies faites de cette grande reine par Mariana, Tillemont, Longueval, et par les écrivains de la congrégation de Saint-Maur. Elle cherche

à réhabiliter, d’après les investigations de la science, celle à l’innocence de qui les siècles de foi avaient cru d’instinct. Quoi qu’il en soit de l’expression exagérée peut-être de cette reconnaissance , on en doit faire un honneur plutôt qu’un reproche à Saint-Martin. L’abbaye, en cela , est restée fidèle à l’esprit de l’Eglise catholique. Partout où cet esprit , accusé si souvent d’intolérance , a pu découvrir une bonne action , un germe de repentir, il s’est plu à tirer le voile sur les fautes , ou du moins il a jeté avec soin dans la balance ce qui pouvait les atténuer et les compenser. Il a donné ainsi, le preimer, l’exemple de la charité mutuelle et du respect de la responsabilité humaine; c’est en ce sens qu’il a été, pour nous servir de l’expression d’un illustre publiciste , « la plus grande école de respect qui soit au monde. » Mais les révolutions , qui frappent les vivants et s’en prennent quelquefois aux morts , ne partagent pas cette pensée. La haine du passé est leur conseillère ; la puissance, et trop souvent l’infortune, sont un titre à leur mépris-, elles brisent dans leurs monuments les idées et les souvenirs du passé. Les cendres royales de Brunehilde, absentes de Saint- Denis, n’échappèrent point aux profanations révolutionnaires. En 1793 la tombe fut brisée comme dans les caveaux des rois : les restes de la fondatrice et son abbaye disparurent dans la même tourmente.

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