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L'art de lire , tel qu'il doit être conçu et étudié par Ceux qui veulent jouir de tous ses avantages, est une véritable science fondée sur une foule de connaissances nécessaires , dont la réunion aurait dû former depuis long-temps un corps de doctrines, pour remplir un vide qui existe dans l'éducation.
On semble généralement convenu de se contenter de la science des mots apprise dans l'enfance , et il n'est pas rare de voir la plupart de ceux qui n'ont pas poussé plus loin leurs études sur cet objet , passer dans les tribunes politiques , dans les chaires publiques ou dans les tribunaux , et partout blesser l'oreille et le goût par une lecture ou une diction froide et sèche et quelquefois inintelligible.
Cette ignorance presque universelle de l'art de lire vient de l'idée trop
( 7 ) malheureusement reçue, que dès que l'on a appris la science des mots, on a tout fait pour cette partie de l'éducation , et de la confiance avec laquelle en s'élance dans les diverses carrières qui sont du domaine de la parole , sans avoir jamais étudié l'art de s'énoncer en public.
Pour concevoir de quelle importance est l'art de bien lire , il suffît de réfléchir sur l'objet que Ton se propose en lisant.
L'objet de toute lecture quelconque est de transmettre à un auditeur ou à plusieurs , des idées sur lesquelles ils ne sont pas le plus souvent préparés ; des faits qui leur sont étrangers , ou des sentimens qui n'existent pas dans leur cœur , et auxquels cependant on veut leur faire prendre part» Tantôt, c'est le récit d'un événement qu'il s'agit*de leur communiquer pour les intéresser à la destinée de tel ou tel héros , de tel ou tel peuple ; tantôt , ce sont des affections qu'il faut réveiller dans leur ame j' tantôt, c'est leur raison qu'il s'agit d'éclairer et de convaincre ; tantôt enfin", c'est un objet d'amusement , de plaisir ou de distraction que Ton veut leur proposer. Il n'est pas une lecture qui puisse échapper à ces diverses suppositions : l'homme qui lit et qui oublie qu'il a un de ces objets à remplir, est une machine à sons et à mots, plus digne de figurer à côté d'un automate qu'au milieu d'êtres intelligens et sensibles dont la vie morale dépend des communications qui existent entre eux. Toucher, éclairer, convaincre, instruire, émouvoir, ou amuser; voilà l'immuable objet de toute lecture , et celui qu'on ne perd de vue qu'aux dépens de la vérité , de la raison , et de tous les intérêts littéraires et sociaux.
Représentez-vous , ce que vous avez sûrement vu quelquefois , une assemblée nombreuse qui , fatiguée et comme écrasée sous le poids d'une lecture languissante et monotone , se réveille tout -à-coup à la voix d'un lecteur qui parle à l'ame et aux yeux ; représentez-vous ce murmure de plaisir qui succède aux bâillemens qu'avait provoqués l'insipide lecteur qui vient de disparaître si heureusement de la tribune ; cette fixité de regards et d'attention qui annonce les doubles jouissances de l'esprit et de l'ame : est- il pour l'amour-propre une satisfaction plus réelle ? Est-il un empire qui tienne davantage à ce désir de supériorité qui vit dans le cœur de presque tous les hommes , et que les talens et les vertus peuvent seuls ennoblir et justifier ?
Pour donner une idée exacte de la manière dont M. Dubroca a développé son cours de lecture à haute voix , nous donnerons ici la nomenclature des divers points qu'il traite , extraite de la table de l'ouvrage que nous allons reproduire :