ETUDE PSYCHO-PATHOLOGIQUE DES PERIODES DEGRESSIVES
Vo
Si les périodes d'expansion psychique témoignent d’une ardeur anormale, ici on n’observera pas de périodes de repos, de disparition complète, car il faut se rappeler l’époque et la situation de l’in-
- dividu. Ge seront seulement des périodes de ralenti, d'intensité variable il est vrai, en dépit des circons-
tances. Aussi, ces actions obligées doivent-elles souvent être interprêtées. |
Sans motifs valables ou sans aucune raison, il s'éloigne ou abandonne la vie politique.
Il se contente de postes peu importants, non en rapport avec ce qu'il peut légitimement espérer. Il tolère certains contrôles, admet des restrictions dans ses pouvoirs. Ou bien il laisse aller ses affaires, pendant que ses ennemis s’agitent, à ses dépens, naturellement. Il ne revient pas préparer son élection, alors qu'il se porte candidat. Il est absent les jours précédant immédiatement le 10 Août, qu'il reconnaît pourtant avoir préparé. Il est en proie à une torpeur extrême dans de telles circonstances, à la veille d’être ministre ! S'il est président des Jacobins, il ne vient pas dans ce milieu où il ne faut pas se laisser oublier.
Où le trouve-t-on, alors ?
À son foyer, ou à Arcis, il s'occupe de jardina-
ge, d’arrondir son domaine. Une fois aussi, il va en voyage avec son beau-père.
Il se retire, s’isole, anéanti, « saoûl des hommes », en proie à une [profonde neurasthénie].
Il rumine deux ou trois pensées, telles que la fin des Girondins, la détresse de la Reine, mais il ne peut rien tenter, rien ne le stimule.
Et pourtant, ce seraient de prochaines élections, l'agitation des ennemis, les amis en danger, enfin la terrible menace qui s'approche de lui.
Quand il est présent, il répond mal aux attaques, agit à contre-sens, se laisse évincer du Comité, défend peu ou mal ses amis, ses appuis. Il a perdu son flair de politicien. « Le temps du règne de la vertu et de la justice est enfin arrivé. » Dans de pareilles circonstances, on ne peut comprendre de telles paroles. Se faire applaudir ne suffit plus, et ce ne sont pas de pareilles maladresses qui reconquièrent des
partisans |
Il ne peut même pas profiter des derniers atouts: Tallien président de la Convention, Legendre président des Jacobins.
S'il est audacieux, c’est à contre-temps. Témoin la séance du 26 octobre 1793.
La caractéristique de ces périodes semble être la maladresse.
Maladresse dans les préparatifs, maladresse dans les attaques, comme le 22 septembre 93, contre Roland et Mme Roland, maladresse dans ses excuses des massacres de septembre.
I] insiste inutilement, s’obstine, perd la partie.
Maladresse dans son avidité de jouissance, dans son amour imprudent de l'argent, C’est dans les moments où les accusations se précisent qu’il s’installe plus luxueusement, qu’il achète des biens à Arcis. Enfin surtout, ce sont les pillages de Belgique |
Îl a vraiment perdu tout contrôle de soi-même. Durant des accès de colère terribles, il se montre grossier, cynique, brutal. Ces accès durent peu et le laissent profondément abattu. Les violences sont folles, et c’est alors suivant Machiavel, la violence condamnable, celle qui détruit, non la violence qui répare, que nous avons reconnue chez l’autre Danton. Sa prudence même, le conseille quelquefois mal. Tout est désordonné, déréglé,
Ses dons sont étouffés, il perd sa souplessé, sa ruse, son astuce, son sens politique. Il n’a plus confiance. L'homme d'Etat, le sauveur de la Patrie en danger a disparu.
S'il a pu conserver quelques automatismes, s’il reparaît, ce n’est qu’une illusion ou pendant un éclair, car il lui manque maintenant la chaleur, la flamme naturelle qui conquièrent à coup sûr les foules, les Assemblées.
Remarquons, Pour terminer, que ses qualités l’abandonnent, en même temps que son énergie disparaît. Il perd le contrôle de soi-même, et s’il agit
c'est d’une manière désordonnée, il est désorienté.
— Enfin ,il est une accusation que l’on retrouve souvent chez ses contemporains, comme chez des historiens. Nous pensons que c'est le développement,
et la régression de ses qualités et ses défauts, évoluant parallèlement au rythme de son tempérament, qui l’ont souvent fait considérer comme un hypocrite. Aussi le croyons-nous, lorsqu'il s’écrie :
« Ai-je une face hypocrite ?
« Je ne sais pas dissimuler ma pensée.
, ch #
Dans ces deux résumés psycho-pathologiques, nous avons pris et repris les qualités, les défauts, lespassions, montrant ainsi que le fond mental de l'individu demeurait, mais que seul l'aspect variait.
Aussi, après avoir analysé, pourrions-nous reprendre l'essai psychologique les précédant, pour regrouper en synthèse, cette apparente dualité.