CHAPITRE VU
Difficultés qu'offre la statistique comparée des Bibliothèques.
Nous avons vû la place éminente qu'a occupée la Bibliothèque Impériale jusqu'en 1789. Voyons maintenant le rang qu'on peut lui assigner parmi les plus grandes bibliothèques du monde. Cette comparaison ne pouvant se faire qu'à l'aide du nombre de ses volumes , comparé à celui des volumes des plus grandes collections de ce genre, nous croyons nécessaire de faire précéder le tableau comparatif, que nous en avons rédigé , de quelques observations , nou seulement relatives aux difficultés qu' offre la détermination même approximative du nombre des volumes des principales bibliothèques , mais même sur la convenance de baser cette comparaison sur la connaissance du nombre de leurs volumes. Nous les empruntons à nôtre Essai statistique sûr les Bibliothèques de t Ancien et du Nouveau Monde j que nous nous proposons de publier incessamment.
Nous ne nous dissimulons pas , disons nous dans cet ouvrage, que, quand même le tableau comparatif que nous offrons présenterait le nombre exact de volumes existans dans chaque bibliothèque , il ne serait encore que d'une utilité très-secondaire, et nullement suffisante pour se former une idée de l'importance respective de ces établissemens. En effet ce n'est ni d'après le format, ni d'après le nombre des volumes qu'on peut la mesurer. Deux ou trois mille volumes conservés au Dépôt de la Guerre à Paris ou aux Archives Militaires à Vienne , quelques centaines des précieux manuscrits des bibliothèques Vaticane à Rome, Laurenfienne à Florence, Ambrosienne à Milan, Royale à Paris, Bodleïenne à Oxford, ou seulement un millier des incunables que possèdent ces mêmes bibliothèques , celles des autres capitales de l'ËUrope, un millier même de ceux qui forment la partie principale de la magnifique collection de lord Spencer, regardée justement comme la première de toutes les bibliothèques possédées aujourd'hui par dè simples particuliers, équivalent sans doute, sous le rapport scientifique et par leur sujet spécial, ou par leur haut prix, à telle bibliothèque d'Italie, d'Espagne et du Portugal, riche de 20 à 30,000 volumes, qui ne traitent que de sujets ascétiques, de théologie scolastique et d'ancienne philosophie aristotelétique. Que de milliers de ces mêmes volumes ne faudrait -il pas accumuler pour représenter seulement la valeur de quelques -uns des portefeuilles, qui forment les magnifiques collections d'estampes de S. M. /Empereur d'Autriche, de son AIL. Imp.
V Archiduc Charles , et les cabinets annexés' aux bibliothèques Royale de Paris, de Munich, de
Dresde* de Londres * Amsterdam* de Copenhague et de la Bibliothèque Impériale de Vienne! Combien n'en fondraiUl pas réunir pour représenter . aussi la valeur de quelques petites bibliothèques spéciales* par exemple des bibliothèques des illustres orientalistes Morrison * Klaproth* Neumann et de Hammer* de celle que le célèbre baron Schilling s'est formée pendant son voyage à Kiachta , et que les savans désirent voir réunie à la bibliothèque de quelque établissement public à St. Petersbourg, où elle est actuellement ! ou bien de la précieuse bibliothèque botanique de M. Decandolle à Genève, jointe au magnifique herbier de ce premier des botanistes vivans! ou même de la collection de livres japonais* que le célèbre voyageur Siebold vient d'apporter en Europe, collection qui, malgré son exiguïté, ne consistant qu'en 1,500 volumes , est la plus grande que possède cette partie du monde , indépendamment de l'importance des ouvrages qu'elle renferme !
Mais tout en avouant l'insuffisance de cet élément isolé pour mesurer l'importance relative des bibliothèques, nous ne persistons pas moins à le regarder toujours comme la première base de toute comparaison, dont ces établissemens sont' susceptibles. Nous disons même , que c'est encore le seul élément qui puisse être réduit à .des chiffres. Comme dans ce travail il n'est question que des principales bibliothèques, dont la généralité ou la spécialité sont signalées par leur titre ou par le nom de l'établissement auquel elles appartiennent, le lecteur judicieux ne saurait jamais être exposé à confondre des bibliothèques composées en très -grande partie ou presque exclusi-
vement d'ouvrages modernes , ou pour le moins assez importans sous le rapport des sciences , des lettres ou des beaux arts , avec des collections semblables , formées depuis long-temps dans les paisibles retraites de certaines corporations religieuses , collections qui de nos jours ont presque perdu toute la valeur qu'elles avaient autrefois. Mis sur ses gardes par ces considérations , le lecteur intelligent n'établira jamais de comparaison entre des élémens qui ne seraient pas comparables. Dès -lors, leur nombre de volumes respectifs pourra représenter jusqu'à un certain point leur importance relative. D'ailleurs cet élément est le seul , que les voyageurs , les historiens et les statisticiens se sont donné la peine de recueillir jusqu'à présent ; il est aussi le seul, qui nous donne le moyen de faire d'utiles et curieuses comparaisons approximatives entre l'époque actuelle , si riche en productions de l'esprit humain, et celles qui l'ont précédée.
A parler franchement, on peut dire sans craindre de se tromper, qu' à l'exception de quelques-unes des principales bibliothèques de l'Europe , on ignore encore le nombre exact de volumes de chacun de ces utiles établissemens , aujourd'hui si nombreux dans cette partie du monde , et encore si rares en Amérique, les seuls Etats-Unis exceptés. Les recherches longues et variées, auxquelles nous nous sommes livré en rédigeant le Tableau comparatif des principales bibliothèques publiques de l'Europe, publié en 1822 dans V Essai Statistique sur le Royaume de Portugal*) et le Résume' Statistique, relatif aux
a ) Essai statistique sur le royaume de Portugal et d'Aloarve comparé au* autres États de l'Europe, et suivi d'un
principales bibliothèques publiques de l'Europe et de l'Amérique que nous ayons publié en 1828 2 ) , nous ont fourni une foule de faits aussi curieux qu' importans , qui viennent à l'appui de nôtre assertion. Le» détails imposans et minutieux, publiés si fréquemment par les statisticiens , les géographes et les voyageurs, n'offrent qu'une exactitude illusoire ; puisque des auteurs contemporains , et écrivant presque dans la même année , assignent à la même bibliothèque des nombres de volumes, qui différent les uns des autres d'un quart, d'un tiers, de la moitié, et même de pins du quadruple et du décuple !
Le tableau suivant n'est qu'un fragment de celui que nous avons rédigé pour nôtre dissertation manuscrite. Il offre l'étonnante disparité d'estimations faites sur le nombre de volumes contenus dans une même bibliothèque par les plus célèbres géographes, par les statisticiens les plus savans et par les voyageurs les plus judicieux, comme aussi les opinions émises par quelques uns de ces littérateurs adroits, qui savent s'approprier les travaux de leurs dévanciers sans avoir la délicatesse de les nommer. Nous regrettons beaucoup de n'avoir pas le moyen d'ajouter au tableau des bibliothèques de Paris les estimations tirées de l'excellente Statistique de la France de 1818 » 1828, ouvrage qu'un savant laborieux , Mr. Bottin , reproduit tous les ans avec d'importantes améliora» • ■ ■ ~
coup d'oeil sur l'état actuel des sciences , des lettres et des beaux-arts parmi les Portugais des deux Hémisphères. Paris, chez Rev et Gravier, 2 gros vol. in 8. 1822. Prix, 16 francs. 2 ) La Monarchie Française en 1828 comparée aux principaux Etats du Monde. Paris 1828, chez Jules Renouard; un tahioau in piano. Pris , G francs.
tions sous le titre modeste à'Abnanaeh du Commerce. Elles rendraient sûrement plus piquant le rapprochement des chiffres relatifs à la richesse des bibliothèques de la capitale de la France. Nous ne citons pas ses évaluations après Panne'e 1828 , parceque , ayant travaillé avec ce savant, ce serait offrir nos calculs, qué d'intercaler ses estimations sur ces mêmes, bibliothèques.
TABLEAU COMPARATIF
des principale» opinions émises sur le nombre des volumes de quelques bibliothèques célèbres.
AUTEURS NOMBRE DES
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