‹ Essai statistique sur les bibliothèques de Vienne précédé de la statistique de la Bibliothèque impériale comparée aux plus grands établissements de ce genre anciens et modernes et suivi d'un appendiceChapitre 33 sur 61 · TABLEAU · texte numérisé non relu

TABLEAU

des articles imprimes en France.

à USÉ E NOMBRE D'ARTICLE*

enregistres inscrits dan»

dans le Journal le Catalogue de de la Librairie. ra Bibliothèque

du Roi.

Première période.

Somme de la première période 50,968 58,032

Seconde période.

Somme des deux périodes 100,500

Maintenant nous dirons 50,968, somme des ou ▼rages annonces par le Journal de la librairie pendant les 6 anne'es qui forment la première période , à 58,032 , nombre des ouvrages inscrits dans le Catalogue de la Bibliothèque pendant ces mêmes anne'es , comme 100,500 , somme des ouvrages annoncés dans le même journal pendant la première et la seconde période, au nombre x d'ouvrages enregistrés dans le catalogue pendant les deux périodes réunies, ou depuis 1822 jusqu'à tout 1833. Cette proportion résolue, on trouve x =» 114,800.

En estimant avec M. de Mane que le nombre de brochures et de pièces fugitives soit égal à celui des volumes; que ces derniers forment la moitié du produit annuel de la presse; et en supposant, comme

nous venons de le prouver par un calcul plus que probable , que la totalité des ouvrages ou articles déposés à la bibliothèque , depuis le commencement de 1822 jusqu' au 31. Décembre 1833 , se soit élevée en nombres rondes à 115,000, ?ious aurons la moitié de cette somme, ou 57,500, qui représentera le nombre de volumes , et 57,500 qui indiquera le nombre des brochures et pièces fugitives. En divisant ces dernières pour dix, nous aurons 5,750 autres volumes à ajouter aux premiers.

Nous avons vu précédemment à la page 74- que la Bibliothèque du Roi au commencement de 1822 comptait 605,000 volumes. Maintenant, pour avoir l'état de sa richesse actuelle, nous dirons:

Fonds existant en 1822 605,000 volumes

Augmentation provenant des volumes *

acquis dans les ventes publiques ou

chez l'étranger 36,000 volumes

Augmentation, provenant des produits de

la presse française, offrant 57,500 vo

lûmes pour les ouvrages, et autres

5,750 volumes pour les brochures,

dissertations etc., ce qui fait un total

de $8,250 volumes, ou en nombres

ron ds 63,000 volume;»

Total 704,000 volumes.

Nous porterons le nombre de 704,000 à 706,000, pareeque les 6,000 volumes auxquels en 1822, d'après un calcul approximatif, on nous assurait s'élever la collection d'estampes , doivent être portés aujourd'hui à plus de 8,000, d'après le savant article publié en 183* par M. le professeur Picot dans ta Bibliothèque Universelle de Genève.

Nous venons de prouver que la Bibliothèque du Roi est la plus grande qui existe. Nous allons

maintenant prouver qu'elle est aussi la plus grande gui ait existé. Notre tâche n'est pas aussi difficile qu'on pourrait le croire du premier abord.

Le nombre d'auteurs , et par conséquent de livres aux beaux temps de l'Egypte , de la Grèce et de Rome ne pouvait pas être très - grand ; il devait être au contraire très -borné par plusieurs causes, qui contribuaient puissamment à retarder la production des ouvrages originaux et s'opposaient à la multipli ration de leurs copies. En effet l'histoire des villes et des nations et la description de la Terre, ces deux sujets, devenus pour nos auteurs des sources inépuisables , devaient être bien stériles dans des temps , où l'histoire n'embrassait qu'un petit nombre de siècles, et la partie de la Terre connue aux écrivains n'était pas le sixième de ce qu'elle est pour nos géographes et pour nos historiens. A ces deux causes puissantes il faut ajouter les communications rares et difficiles qui avaient lieu entre les peuples différens , et pour le même État entre ses différentes villes. En outre une foule de sciences et d'arts , dont le champ est devenu si vaste de nos jours , étaient alors ou inconnus ou bien très-bornés. C'en est assez pour supposer que , à parité de circonstances sociales , sur trente ou quarante auteurs qu'on compterait actuellement dans un pays , à peine devait-il s'en trouver un ou deux.

La matière même sut laquelle on écrivait opposait par son grand prix, ou par la difficulté de se la procurer, de nouveaux obstacles à la production de nouveaux ouvrages ou de nouvelles copies. D'ailleurs la multiplication de ces dernières n pouvant se faire que par le moyen lent et très - 1. ateux des

copistes , il est presqu' impossible qu'on puisse porter au-delà «le 50 à 60 le nombre moyen qu'en possédait de chaque ouvrage ordinaire. On ne nous accusera pas de diminuer extraordinai rement le nombre des copies , quand on pense que le tirage des éditions princejts ne s'élevait au terme moyen , selon M. Petit- Radel, qu'à £35 exemplaires. Ce petit nombre de copies et la manière barbare de faire la guerre devaient faire périr un grand nombre d'ouvrages , en élever evtraordinaireineut le prix , • et rendre très - difficile , pour ne pas dire impossible, leur grande accumulation dans un même local. La difficulté qu'éprouvent de nos jours nos bibliomanes à rassembler certains incunables et les prix excessifs auxquels nous les avons vus acheter, démontrent combien peu ont pù traverser le court espace de moins de quatre siècles écoulés depuis leur publication jnsqu'à nos jours. Combien peu donc d'exemplaires d'un ouvrage composé du temps d'Alexandre devaient exister au temps d'Auguste ou de Trajan ! En présence de semblables faits, qu'on vienne nous parler de bibliothèques riches de six à sept -cents mille volumes ! Si nous voyons de nos jours , malgré tant de journaux et d'auteurs qui sont prêts à donner un démenti, des voyageurs et des savans estimables répéter sans aucune critique dans leurs rélations et dans leurs ouvrages les estimations vulgaires, presque toujours erronées et parfois ridiculement exagérées , sur la prodigieuse ^richesse de certaines bibliothèques célèbres , pourquoi devrons - nous admettre comme des vérités démontrées , les évaluations contradictoires et évidamment outrées des grandes bibliothèques Alexandrie j de Rome, du Caire, de

Tripoli de Syrie, et de Cordoue ? exagérations d'autant plus faciles à débiter alors, que leurs auteurs n'avaient pas de contrôle à craindre. Après avoir longtemps réfléchi sur ce sujet, nous n'hésitons pas à affirmer, qu'il nous paraît très -improbable, pour ne pas dire impossible, que dans aucune bibliothèque de l'antiquité et du. moyen -âge on soit parvenu à réunir plus de 3 à 400,000 volumes.

Mais en accordant même 700,000 volumes à la plus grande des bibliothèques d'Alexandrie , dont plus de la moitié brûla pendant le siège soutenu par Jules César dans cette ville ; en assignant ce même nombre à l'immense bibliothèque de Tripoli l ) et à celle du

*) Voici quelques faits aussi curieux que généralement ignorés sur les immenses bibliothèques du Caire et do Tripoli. Nous croyons inutile dc'déclarcr au lecteur que nous sommes bien loin de croire à l'exactitude des évaluations des auteurs arabes cités. Les raisonnemens que nous venons de faire dans le texte pruvent leur exagération ridicule. Nous avons emprunté ces faits aux Mémoires géographiques et historiques sur V Egypte et sur quelques contrées voisines, recueillis et extraits des manuscrits Coptes, Arabes etc. de la Bibliothèque Impériale , publiés par M. Quatremére à Paris en 1811.

La bibliothèque du Caire , dit Ibn-Aby-Tay , était la plus considérable qui existât dans tout l'Empire Musulman, et pouvait passer pour une des merveilles du inonde. Elle renfermait , entre autres ouvrages, 1,200 exemplaires de la chronique de Tabary et une infinité de livres, copiés delà main des écrivains les plus célèbres. On y comptait, dit - on, plus d'un million six-ccut-mille volumes. La bibliothèque des Khalifes, diteMacrizy , était dans le grand palais , et se composait de 40 chambres qui renfermaient un nombre prodigieux de livres , et sur toutes sortes de matières. Elle renfermait 18,000 volumes sur les sciences des anciens. Parmi les livres qui en furent tirés pendant les troubles, qui agitèrent le règne de Mostanser, on complaît 2,400 exemplaires du koran , tous de la plus grande beauté,

Caïre; en admettant même que la troisième bibliothèque d J Alexandrie j détruite parles Arabes, ait compté 600,000* rolumes , et en supposant un nombre égal dans VUlpierme ouverte, à Rome par Trajan , et dans la bibliothèque fondée à Cordoue par l'illustre Al-Hakem, VAl-Mamon de l'Occident; nous sommes en état de prouver, que leur contenu

écrits par les plus habiles maîtres , et enrichis d'or , d'argent et d'autres orneraens.

De toutes les bibliothèques , dont il est fait mention dans les écrivains orientaux , la plus considérable , dit M, Quatremère , est celle qui existait à Tripoli de Syrie. Au rapport de Tahia-ben - Aby- Tay , cité par Ibn-Ferat, on voyait dans cette ville une académie, qui était la plus magnifique qui existât dans l'univers. Elle renfermait trois millions de volumes qui roulaient tous sur la théologie , l'explication du Koran, la science des traditions et les belles* lettres. On y comptait 50,000 exemplaires du Koran, et 20,000 commentaires sur oe libre. Les Kadys de la famille d'Ammar mettaient le plus grand zèle à la prospérité de cette académie. Us y entretenaient cent copistes, auxquels ils avaient assigné nn traitement annuel , et parmi lesquels il y en avait 80 qui ne quittaient cet édifice ni le Jour , ni la nuit. Us avaient dans toutes les provinces des hommes affidés qui leur achetaient les meilleurs ouvrages qu'ils pouvaient trouver* Sous le gouvernement de cette famille , Trijpoli toute entière était dévenue une académie où fleurissaient tous les genres de sciences, et où l'on voyait affluer des sayans de tous les pays. Lorsque Tripoli , l'an 503 de l'hégire , tomba au pouvoir des Francs commandés par Raymond comte de St. Gilles , un prêtre étant entré dans la bibliothèque , fut frappé de la quantité de livres qu'elle renfermait. La salle où il se trouvait était précisément celle qui contenait les Korans. Ayant mis la main sur un manuscrit, il reconnut cet ouvrage. Il en prit un second, puis un troisième, et ainsi de suite, jusqu' au nombre de vingt, et trouva toujours le même livre. Ayant déclaré que cet édifice ne renfermait que des Korans , les Francs y mirent le feu et le réduisirent en cendres. Il n'échappa qu'un petit nombre de livres qui furent dispersés en différens pays. * .

n'égalait pas seulement le cinquième d'une bibliothèque composée d'un nombre égal de volumes imprimés.

Toutes les personnes qui ont publié des ouvrages savent, à n'en pas douter, que, quelque serré et bien écrit qu'on veuille supposer un manuscrit ordinaire, on peut le regarder toujours pour le moins comme équivalant au double de l'imprimé correspondant , même en employant dans son impression des caractères cicero ou philosophie. Que serait-ce, si on l'imprimait en petit-texte ét en d'autres caractères encore moindres ?

On sait que les volumes de anciennes bibliothèques étaient des rouleaux, et que ces rouleanx n'étaient ordinairement écrits que d'un seul côté. Ainsi donc la surface écrite d'un de ces volumes correspondrait à la moitié seulement de la surface écrite d'un de nos livres , dont chaque page est couverte de caractères. Par conséquent une bibliothèque composée de 100,000 rouleaux ne contiendrait pas plus de matière qu'une de nos bibliothèques composée de 50,000 manuscrits.

On sait aussi que si un ouvrage était divisé en dix- , vingt, ou trente livres, il y avait dix, vingt, ou trente rouleaux différens. Ainsi, par exemple, l'histoire naturelle de Pline, qui dans l'édition princeps de Venise en 14-69, ne forme qu'un volume in-folio, étant partagée en 37 livres , aura formé autant de rouleaux ou de volumes.

S'il nous était permis de faire des comparaisons entre des élémens si disparates, nous dirions, que l'on pourrait comparer tous ces rouleaux des anciennes bibliothèques à nos cahiers de journaux ou aux livraisons in-8. des ouvrages qu'on publie par souscription.

A quoi se réduirait-elle la grande bibliothèque de Paris, si l'on supposait pour un instant que ses 616,000 volumes in folio , in 4. et in 8. quelle contient , ne fussent que 616,000 cahiers de 5 à 8 feuilles ? Cependant c'est ainsi qu'on doit estimer les richesses littéraires contenues dans toutes les plus grandes bibliothèques de l'antiquité et du moyen-âge, composées de rouleaux , et même celles du moyen âge qui n'avaient que des manuscrits.

Après tout ce que nous venons de dire , il nous semble que, tout bien calculé, et malgré les plus imposantes autorités que l'on pourrait invoquer pour le contester, il n'a jamais existé de bibliothèque dans l'antiquité et dans le moyen-âge, dont le nombre de volumes puisse équivaloir pour leur contenu matériel à une bibliothèque composée déplus de 100 à 110,000 volumes imprimés.

Nous espérons avoir assez justifié le choix que nous avons fait des établissemens admis dans le tableau comparatif des principales bibliothèques du Globe, le nombre de volumes auquel nous avons réduit les plus grandes bibliothèques de l'antiquité et du moyen-âge, le rang important que nous avons assigné à la Bibliothèque Impériale de Vienne, et la place éminente que nous avons donnée à l'établissement de ce genre qui décore la capitale de la France.

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