‹ Essai statistique sur les bibliothèques de Vienne précédé de la statistique de la Bibliothèque impériale comparée aux plus grands établissements de ce genre anciens et modernes et suivi d'un appendiceChapitre 7 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comparaison de la Bibliothèque Impériale

avec les plus grandes de l'Europe avant l'année 1789.

Mais afin que le lecteur puisse se former une idée de la place distinguée que cette Bibliothèque a occupée pendant si long- temps, nous allons lui offrir un tableau, dans le quel le nombre de ses volumes est comparé à celui que possédaient à différentes époques le plus riches bibliothèques actuellement existantes, et même quelques-unes de cellçs qui ont cessé d' exister, après avoir cependant brillé au premier rang parmi les plus considérables de leur temps.

C'est dans les ouvrages, déjà cités dans le tableau chronologique de la fondation des principales bibliothèques publiques de l'Europe, et dans d'autres que nous nommerons plus bas , que nous avons puisé les faits classés dans le suivant. Ici nous citerons encore Brassiacus et Pflug j Schier et Vallaszky* comme les sources consultées pour tout ce qui regarde la célèbre bibliothèque de Mafhias Corvmus. C'est en invocant leur autorité que nous rappelerons, que ce prince magnanime, en digne émule des Médicis et de François I. , ne consacrait pas moins de 30,000 ducats tous les ans pour l'augmentation de la bibliothèque, qu'il avait fondée à Bude sous la direction des italiens Galeottj et Ugoletti. Cette somme, en égard à la différence de la valeur moyenne réelle du marc d'argent de 1466 à 1490, équivaudrait aujourd'hui à près de 165,000 ducats. En évaluant ces derniers 11 francs chaque, noustrou-

vous la somme énorme de 1,815,000 fraucs employée annuellement par ce prince pour l'achat de nouveaux livres! Il faudrait même la porter à*, 8*0,000 francs, si l'on voulait suivre l'opinion de Schanz, qui sur l'autorité de plusieurs auteurs hongrois , porte à 80,000 ducats la somme dépensée annuellement pour acheter et pour faire copier des livres pour cette bibliothèque. Quelque énorme que paraisse cette dernière somme, il y a des faits authentiques qu'on peut citer pour en démontrer, si non l'exactitude mathématique, du moins la probabilité. On sait, par exemple , qu'elle se composait presqu' entièrement de manuscrits; qu'elle comptait environ 55,000 volumes ; que presque tous étaient remarquables par la beauté des caractères et par des reliures ornées d'or et d'argent, ce qui en rendait l'achat beaucoup plus coûteux ; que ce prince entretenait de nombreux copistes à Rome , à Florence et à Venise , pour y copier des livres pour sa bibliothèque , et qu'il défray-

ait richement plusieurs voyageurs pour lui apporter de Constantinople et des principales villes de l'Orient les manuscrits grecs , syriens , arabes et hébreux , qu'ils achetaient pour son compte à grand'prix; que quelques années après sa mort, les Médicis de Florence réclamaient en 1498 de son successeur Wladislaw 1,400 ducats pour une Bible et 500 ducats pour un Bréviaire, qu'on avait achetés pour lui. En évaluant le prix moyen de chaque volume seulement 35 ducats, ce qui est très-modéré, lorsqu'on pense à ce que nous venons de dire, on trouve que les 55,000 volumes représenteraient une somme de 1,925,000 ducats, et que cette somme, partagée entre les 2* années de son règne * donne une dépense moyenne de 80,201 du-

cats, somme presque identique à celle que lui assigne. Mr. Sçjianz. Les 1,925,000 ducats d'alors représenteraient aujourd'hui la somme énorme de 116,*62,500 francs. #

Mais on ne peut parler de la magnifique bibliothèque de Mathias Corvinus, sans mentionner deux autres collections immenses, qui partagèrent son sort. Nous voulons parler des bibliothèques de la reine Christine et d'Antoine Manutius. La première a été formée à Stockholm par cette princesse célèbre avec des frais énormes. Lors de sa dispersion, elle ne devait pas être de beaucoup inférieure à celle de Bude, surtout si nous devons en juger par le grand nombre- de manuscrits qu'elle possédait en 165 3, estimés alors à 8,000; mais nous reléguerons parmi les exagérations les plus ridicules les ^00,000 volumes, que lui accorde une volumineuse géographie publiée dernièrement à Londres. La riche bibliothèque, qu' Antoine Manutius était parvenu à rassembler à Rome, devait être aussi très-considérable, quoique nous sommes bien loin de partager l'opinion de quelques savans estimables, qui de nos jours ont porté à 80,000 le nombre de ses volumes, sur l'assertion vague de quelques auteurs contemporains du célèbre tvpographe et littérateur de Venise.

Il est inutile de faire observer que l'estimation du nombre des volumes existant en 1789 dans les bibliothèques admises dans le tableau suivant n'est, et ne pouvait être qu' approximative; c'est le résultat de nos recherches, appuyées sur le nombre des volumes connus de années antérieures et postérieures à cette époque. Aussi avons-nous mis un point d'interrogation après ces nombres , pour signaler nos doutes. Mais

nous devons justifier le nombre de volumes que nous avons assigné à là Bibliothèque de Varsovie et à celles de Munich et de Copenhague.

Ce n'est .pas d'après les estimations vulgaires, toujours exagérées et très-souvent erronées, que nous accorderons avec des auteurs estimables 300,000 volâmes à la Bibliothèque ZalusM j qu'après la prise de Varsovie, Catharine II. se fit céder par les Prussiens, afin d'en décorer la capitale de l'Empire Russe. C'est d'après les renseignemens publiés en 1814: par Bentkowski dans son histoire de la littérature polonaise , dont nous devons la communication à un dés premiers slavistes vivans , au célèbre Mr. Kopitàr. Ce savant a bien voulu nous traduire le passage qui regarde cette bibliothèque, qui n'y est évaluée qu' à 200,000 ouvrages, dont 20,000 sont polonais. Comme dans ce nombre il doit y avoir une grande quantité de dissertations , de brochures et de pièces fugitives, et que d'ailleurs il h' est pas le résultat d'une énumération réelle, mais d'une estimation approximative , nous croyons que l'on ne s'éloignerait pas trop de la vérité en la portant pour 1789 à 150,000 volumes.

Tout le monde sait que la Bibliothèque de Munich n'a commencé à devenir considérable que vers la fin du 18. siècle, et Surtout après la réunion des riches bibliothèques des couvens, des abbayes et des souverainetés ecclésiastiques supprimées depuis 1789, dont plusieurs figuraient parmi les plus anciennes de l'Allemagne. Ce sont toutes ces grandes agrégations, qui l'ont rendue en. peu de temps la seconde bibliothèque du monde, sous le rapport du nombre des volumes qu'elle contient.

Quant à la Bibliothèque Roijale de Copenhague* nous avons estimé le nombre de ses volumes, à cette même époque , d'après son histoire , publiée en danois en 1825 par Mr. Wurlaff, dont nous devons la traduction des passages qui regardent sa richesse, à l'obligeance de Mr. de Gewav, un des sous-conservateurs de la Bibliothèque Impériale.

Il nous reste encore à justifier une grande modification que nous avons fait subir à l'évaluation de l'illustre Van-Swieten , qui en 1787 portait à 250,000 le nombre des volumes de la Bibliothèque Impériale j dont il était le préfet. Connaissant assez exactement le nombre de volumes qu'elle possède actuellement, et pouvant évaluer avec assez d'exactitude son accroissement moyen annuel de 1787 à 1835, il ne nous a pas été difficile de fixer approximativement le nombre de volumes qu'elle contenait à cette époque. Nos calculs ne nous ont donné que 210,000, somme que nous avons adoptée, malgré l'assertion positive de Van-Swieten, et toute l'autorité de son nom.

TABLEAU COMPARATIF

de la richesse des principales bibliothèques de l'Europe

à différentes époques.

Page 1