‹ Essai sur Aeneas Sylvius PiccolominiChapitre 14 sur 15 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il nous semble que nous pouvons maintenant i-épondre aux questions partielles et à la question générale que nous nous sommes posées avnnt d'aborder notre sujet :

1 °. « .£neas a occupé les positions les plus diverses, il a professé les opinions les plus opposées, tenu le langage le plus diftérent. A-t-il été ainsi d'un extrême à l'autre par l'efiet de l'expérience, de la réflexion? ou ne céda-t-il qu'aux passions et à l'intérêt? »

Après l'examen le plus approfondi des circonstances, après l'élude de sa vie publique et privée, de sa vie intérieure même, que nous avons sui'prise dans ses lettres, nous sommes convaincu qu'il a toujours été de botme foi , toujous dévoué à ses opinions, et cependant toujours réfléchi quand il en a changé.

Une seule fois il agit précipitamment, c'est lorsqu'il se forma ses premières convictions. Il était jeune, inexpérimenté, entouré de séductions, entraîné par mille circonstances, et surtout par ce besoin d'activité, de dévouement qui fe disposait à embrasser le premier parti spécieux qui se présenterait.

Mais cette irréflexion même l'autorisait à examiner ses premières opinions, à les abandonner s'il

ESSAI, SDR ^EMEAS 8YLV1US FICCOLOMIM. Ï57

n'en était plus satisfait. Les sacrifices rbémes qu'il s'était imposés pour elles lui laissaient une liberté plus étendue.

Depuis, rien de brusque, rien de précipité dans ses variations, rien que ne puissent expliquer des raisons de conscience. U rend compte de tout, et ses raisons paraissent toujours légitimes : si ses changements d'opinion s'accordent souvent avec ses intél'éts, avec ses inclinations, quelquefois aussi ils les contredisent, et exigent de coûteux sacrifices.

2". M II ne cesse de mettre eu avant l'idée de la croisade, et de solliciter les secours de l'Europe. Nous le voyons cependant consumer la plus grande partie de son pontificat en querelles particulières pour le maintien de la dynastie aragonaise à Naples, pour le recouvrement des places enlevées à l'État romain, et pour la défense des droits qu'il attribue au Saint- Siège. Est-il dope entièrement dévoué à la cause des guerres saintes?»

Ces difficultés mêmes , ces distractions obligées font ressortir la grande idée qui le domine. Ce calme, cette patience de la politique pontificale met dans tout son jour le désir qui le dévore. Conserver ou reconquérir les droits de l'Église, l'indépendance de l'Italie, la paix universelle dans la chrétienté, c'est pour lui une préparation à la guerre d'Orient.

3'. « Ses ouvrages sont-ils inspirés par des sentiments chrétiens? Quelquefois, au contraire, ne rabnissent-ils pas la dignité sacerdotale et pontificale dont l'auteur était revêtu?»

158 BSSAI SDB £N8AS STLVICS PICCOtOHIin.

N'oublions pas d'abord qu'^neas ëcrÎTait dans un siècle et dans an pays où les mœurs étaient relâchées et le langage plus libre encore.

II laissa échapper de sa plume quelques compositions licencieuses, mais avant d'entrer dans le;: ordres sacrés et d'en avoir même le désir. La plupart de ses autres œuvres ont été composées pour la défense de TÉglise et de la chrétienté , ou dans les idées les plus élevées , dans les vues les plus larges et les plus morales ;

c(£n un mot, s'est-il ordinairement guidé» dans ses actes ou dans ses ouvrages, par une pensée cfar<^ tienne?»

^neas vit et meurt pour la même cause, celle de la religion, des arts, de la civilisation; et si l'on trouve au commencement de sa vie quelque» taches bien rares , mais qlie nous avons cru devoir faire ressortir, elles disparaissent à mesure qu'il s'élève à de plus éminentes vertus.

Page 1