‹ Essai Sur Deux Cases De Paralysie SimuléeChapitre 2 sur 10 · DIRECTEUR DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE, A LORIENT · texte numérisé non relu

DIRECTEUR DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE, A LORIENT

À MONSIEUR LANELONGUE

PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX, MON PRÉSIDENT DE THÈSE.

AMICIS ET BELLOT prœsertim.

E[NTROBUCTTON

La pathologie exotique est imparfaitement connue; au premier abord le devoir de tout! médecin de la marine, semble-t-il, serait de consacrer sa thèse inaugurable à l’éclaireissement de quelqu'une de ces intéressantes questions. [1 existe un recueil, les Archives de médecine navale, aux tendances plutôt cliniques qu'anatomo-pathologiques, si je puis dire, dans lequel à défaut de ces théories brillantes mais passagères, de ces aperçus généraux mais hasardés, on trouve bien des travaux sérieux, bien des études originales, bien des observations précieuses sur la pathologie exotique Pour la plupart ce sont les œuvres de praticiens d’un âge plus mür que celui, où jeunes d'expérience, la presque totalité des médecins de la marine arrive au terme de ses études universitaires.

On ne sera donc pas étonné si nous avons choisi notre sujet dans la clinique des hôpitaux métropolitains de la marine ; et cela d'autant mieux que nos souvenirs de campagne datent d’une époque où deux années d’études nous rendaient incapables de discerner et de réunir les éléments de notre travail inaugural, dont deux années nous séparaient encore.

J'ajouterai que ce travail sur les paralysies simulées de l’avantbras eût été plus complet, si, en janvier 1883, lorsque j’eus l’occasion

her oae d'examiner, dans la clinique de M. Bérenger-Féraud à Cherbourg, le un simulateur dont je cite l'observation, j'avais pu supposer qu'il deviendrait le sujet de ma thèse.

A ce moment il ne m'était guère permis d’y songer, car les jeunes médecins de la marine voient la thèse dans un « horizon brumeux » ; ils la font quand ils peuvent et comme ils peuvent. De sorte que ce couronnement naturel des études médicales pour l’étudiant de Faculté ne devient, pour la plupart d'entre nous, qu’un travail insuffisamment médité, qu'une improvisation forcée, qu'une formalité à remplir. Pourquoi cela? C'est que le médecin de la marine doit compter avec les vicissitudes du service à la mer et aux colonies, avec les déplacements multiples, avec l'éloignement des centres d’instruction, avec l'isolement souvent prolongé. C’est que le médecin de la marine doit compter avec sa santé. Faut-il le dire : c’est trop souvent sur le temps consacré à la rétablir, sur la durée des congés de convalescence qu'il faut prélever des heures de travail assidu pour conquérir le diplôme de docteur.

Mais j'ai hâte de le dire, malgré ces débuts difficiles, le médecin de la marine ne le cédera en rien à ses confrères de la branche civile ; pour ceux-ci le doctorat est le gage d’un certain repos intellectuel, à moins qu'ils ne tentent la carrière de l’enseignement ou ne recherchent les places de médecins des hôpitaux; pour nous le tre de docteur n’est qu’une étape, un acheminement vers le grade supérieur. Ce titre de médecin de première classe, on ne peut l'obtenir qu’au concours. Nouveau travail, nouveaux efforts; mais, débarrassé des minuties obligées des études élémentaires, l'esprit approfondit mieux les questions vers lesquelles ses aptitudes particulières le portent.

Les quelques lignes que je viens d'écrire pourront paraître un hors-d'œuvre à plusieurs, mais je tenais à faire voir pour quelles raisons les médecins de la marine peuvent ne pas paraître aussi

brillants que leurs collègues des Facultés dans les épreuves univer-

pres sitaires du doctorat, mais n’en devenir pas moins, dans la suite, des praticiens aussi instruits que dévoués.

Revenons à l’objet de ce travail : des deux observations de paralysie simulée de la main droite que nous citerons, la première nous est presque personnelle en ce sens que, placé dans le service de M. Bérenger-Féraud à l’hôpital de Cherbourg quand ce simulateur y entra, je pus le suivre et l’observer tous les jours; plus tard mon collègue et ami G. Bellot, spécialement chargé de ce malade, voulut bien discuter avec moi quelques points relatifs à la rédaction de cette observation; dans l'épreuve décisive enfin je partageai avec mes deux collègues Bellot et Barrau la surveillance non interrompue de quarante heures qui triompha des efforts du simulateur.

J’emprunte la seconde observation au travail que M. Bérenger- Féraud a publié dans les Annales d'hygiène et de médecine publique, de mai 1884. Ce nouveau cas de simulation se présenta, quelques semaines après le premier, dans le même service à Cherbourg; rapprochement dù soit à une simple coïncidence, aux hasards de la clinique, soit à une sorte de contagion par l'exemple.

Ces deux faits nous ont paru intéressants et dignes d’être examinés de plus près, non pour la paralysie simulée en elle-même (les exemples en abondent dans les revues médicales), mais à cause de l’apparition chez ces deux simulateurs d’un symptôme insolite et bien fait, bien choisi, pour en imposer au premier abord. Ces deux sujets ont présenté un abaissement considérable de la température dans le membre prétendu paralysé. La différence d’un bras à l’autre était même si grande, que ce symptôme fut étudié d'une façon spéciale, et de cette étude naquirent des soupçons vérifiés dans la suite.

Voici le plan que nous avons adopté pour cette étude :

1° Exposition des faits : relation des deux observations précitées ;

2° Examen critique et étude comparative des symptômes observés

Re chez nos deux simulateurs, et des symptômes présentés par des monoplégiques véritables et chez lesquels un abaissement de la température a été observé;

3° Analyse et appréciation des moyens employés ou à mettre en usage pour découvrir la simulation en pareil cas, et, à cette occasion, l'opportunité des agents anesthésiques sera discutée.

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