‹ Essai sur Ives Chartres d'après sa correspondenceChapitre 5 sur 19 · J II · texte numérisé non relu

J II

Marie et se fixa définitivement à Gardais. Il édifia une église sous le vocable du Sauveur et y fonda pour ses bienfaiteurs une messe à perpétuité.

Pendant près de vingt ans, Bernard émerveilla nos pères de ses prédications, de ses vertus, de ses miracles. La comtesse 1 Béatrix, ayant appris à le mieux connaître, le combla de présents , contribua pour une large part à la construction du monastère et s'y ménagea même une habitation, séparée du cloître, où elle vint terminer ses jours. Le roi de France, Louis le Gros, \ guéri par les prières de Bernard, lui"voïïa"une reconnaissance que rien ne put altérer et lej)ria„de jenioui.Jes,,fonjs bapt^^ les deux premiers de ses enfants, Philipjpe^ et Louis. A la suite des grands de ce monde , les pauvres , les pécheurs et les malades affluaient à Tiron. Au lieu d'y apporter leurs offrandes , ils ^ venaient y chercher du pain, pleurer leurs fautes ou demander la santé. Enfin le renom du saint ermite, franchissant les limites de notre pays, amenait à Tiron les plus nobles personnages des contrées lointaines. Henri P"", roi d'Angleterre, employa l'entremise | de Thibaut, comte de Chartres, et^d'e Ro'trou, comte du PercEef'l pour obtenir la faveur d'être visité en Normandie par Bernard, qu'il renvoya comblé d'honneurs et de biens.

Cependant le jour arriva, qui devait marquer pour l'abbé de Tiron le terme d'une carrière si bieii remplie. Depuis deux ans déjà, son vénérable protecteur et ami, Ives de Chartres, avait reçu la récompense de ses travaux, lorsque Bernard sentit approcher pour lui-même l'heure des adieux. Le i avril 1117, onze j ours après la fête de Pâques, il se trouva indisposé pendant l'office de matines et fut obligé de quitter le chœur. Ses religieux, ne le voyant pas rentrer , envoyèrent à sa recherche. Bernard, privé de connaissance , était étendu sur les dalles du cloître ; on le releva et on le porta dans sa cellule, où les soins de ses frères parvinrent à le ranimer. Ce n'était pas pour longtemps. Ler^du même mois, il bénissait une dernière fois ses enfants, et, leur laissant pour héritage le trésor de ses saints exemples, il allait prendre place parmi les serviteurs fidèles et entrait dans la joie de son Seigneur.

Le monastère de Tiron , auquel Ives de Chartres eut la gloire d'attacher son nom, parvint, à travers bien des vicissitudes, jusqu'à la Révolution française. A cette époque, les murs de l'antique abbaye , plusieurs fois reconstruite, abritaient une studieuse jeunesse, qui préludait par les combats pacifiques des lettres au rude métier des armes et aux patriotiques émotions du champ de bataille (i).

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