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» ceront aussi de corrompre la source de toute justice. C'est
» contre leur ruse que ma faiblesse voudrait prémunir votre
» vigilance, afin que votre fermeté ne se laisse ni amollir par
» leurs promesse^, ni effrayer par leurs menaces. Quoi qu'ils
» puissent vous dire, la cognée est déjà à la racine de l'arbre, à
» moins pourtant que vous ne débandiez votre arc ou que vous
» ne remettiez votre glaive dans le fourreau. Les messagers qui
» vous viendront sont pleins de confiance dans l'habileté de leur
» mince génie et dans les charmes de leur éloquence. Aussi ont-
)> ils assuré à Philippe qu'ils lui obtiendraient l'impunité pour
» son crime : l'argument qu'ils doivent surtout faire valoir, c'est
» que le roi et son royaume sortiront de votre obédience, si
» vous ne restituez au prince Tusage de la couronne (i) et ne
» l'absolvez de l'anathème. Or si, malgré son impénitence, vous
» lui accordez le pardon, quelle audace ne donnera pas désor-
» mais aux pécheurs l'espoir de l'impunité ? C'est ce dont je
» n'ai pas besoin d'avertir votre prudence ; car vous n'ignorez
» pas qu'il vous appartient surtout de ô"apper le crime et non
» de le flatter. Qu'importe, après tout, que quelques fourbes
» renoncent ostensiblement à l'unité catholique, dont ils sont
» déjà séparés dans leurs cœurs ? Votre sainteté a pour se con-
» soler la parole divine : Je me suis réservé sept mille hommes, et cette
» autre parole de l'Apôtre : Il faut quHl y ait des hérésies, pour
» que les vrais fidèles soient manifestés. Du reste, je dois informer
» votre vigilance que, sur l'ordre du roi, les archevêques de
» Reims, de Sens et de Tours ont invité leurs suffragants à se
» réunir en concile à Troyes, au reçu de votre réponse le diman-
» che qui suivra la fête de tous les Saints (2). Quoique invité ,
» j'hésite à m'y rendre ; car je crains que cette assemblée ne
» respecte ni les droits de la justice, ni ceux du Siège apos-
» tolique. Récrivez-moi à ce sujet ce qui vous sera agréable.
» Parlez-moi aussi de vos affaires, afin que je puisse compatir
» à vos épreuves, ou me réjouir de vos joies. Salut (3). »
(i) Voir plus bas, page iSg.
(2) 5 novembre 1094.
(3) Ep. 46.