PREMIER DEGRÉ DE L*ACCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE. 2A
presque lous les auteurs d'obstétrique, ont voulu trouver des accidents dans cet accouchement. Les médecins légistes sont ceux qui se sont le plus préoccupés de ces accouchements. Ce qui est incontestable c'est : 1° qu'on n'a jamais songé à déclarer ces accouchements comme une véritable fonction physiologique ; 2° qu'au lieu de les prendre pour les types de l'obstétrique, les auteurs leur trouvaient des inconvénients ; 3o qu'ils n'ont pas cherché les conditions naturelles ou artificielles qui rendent ces accouchements possibles.
Ces trois points nous paraissent avoir été suffisamment prouvés par tout ce qui précède, sans que nous ayons besoin de nous y arrêter ici : ce qui nous reste maintenant à étudier c'est le phénomène de l'accouchement lui-même. Nous ne quitterons pas ce sujet cependant sans répondre aux objections qu'on pourrait faire, d'après les idées admises jusqu'ici dans la science.
§ 2. — L'évasementdu segment inférieur de l'utérus et l'ouverture ducol se faisant ici d'une manière prononcée dans les derniers temps de la grossesse, la tête du fœtus commence à s'engager de bonne heure à travers le détroit supérieur, et successivement elle descend jusqu'au point de pénétrer quelquefois tout à fait dans l'excavation plusieurs jours avant l'accouchement.
Il ne faudrait pas croire cependant que les femmes, dont l'excès d'amplitude du bassin permet à la tête de l'enfant de rester dans l'excavation pendant tout le temps de la grossesse, accouchent plus promptement que les autres. Nous avons remarqué, au contraire, que le travail préparateur qui se fait sur le segment inférieur de l'utérus est alors retardé, et les contractions douloureuses sont nécessaires pour opérer cette préparation. Nous n'avons qu'à nous rappeler le mécanisme de la dilatation du segment inférieur et du col, pour voir qu'ici elle doit être retardée, parce que ces parties sont soutenues par le plancher du bassin. La tête doit plonger dans l'excavation à mesure que le segment inférieur s'amincit et que le col
^llll DE l'accouchement PHYSIOLOGIQUE.
s'entr'ouvre, de sorte qu'il arrive un moment où les membranes sont le seul obstacle à la progression ultérieure delà tête.
Que la tête soit engagée d'une manière complète ou incomplète, ce travail s'annonce par la gêne qu'elle apporte dans les organes voisins. Ainsi, sensation de poids dans le fondement, envies fréquentes d'uriner, envies d'aller du corps avec de la constipation ; très souvent une sensation pénible des reins, et quelquefois de légères douleurs qui sont la manifestation des contractions utérines. La femme ne peut plus rester assise sans éprouver un sentiment de douleur vers le périnée, et a besoin d'un coussin. Si elle marche, elle simule presque les femmes qui ont une luxation congénitale des deux fémurs. Ces symptômes s'accompagnent d'un écoulement plus prononcé de mucosités vaginales quelquefois teintes de sang.
Les primipares chez lesquelles ce travail est plus prolongé s'en inquiètent un peu, mais voyant précisément qu'il dure longtemps, et que, du reste, on leur a annoncé l'accouchement comme devant être très douloureux, elles ne croient pas accoucher de sitôt. Cela arrive à plus forte raison à celles qui ont fait plusieurs enfants, et qui ont toujours beaucoup souffert pendant le travail ; aussi ces femmes s'exposent-elles quelquefois à sortir ou à faire des travaux pénibles, tandis qu'elles devraient se contenter de se hvrer à quelques exercices dans la maison. Lorsque les accouchements antérieurs ont été faciles, et cela n'arrive pas seulement pour la même femme, mais c'est un privilège transmissible par voie de génération, alors la femme est plus réservée. Si l'on pratique le toucher en ce moment, on trouve que ce qui retient la tête de l'enfant, est l'épaisseur des membranes. Le col, complètement ouvert et ramolli, cède facilement; le périnée lui-même relâché, et quelquefois aminci par la tête qui pèse déjà sur lui, offre aussi peu de résistance, et la rupture des membranes décide alors du moment de l'accouchement.
^PREMIER DEGRÉ DE l'aCCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE. 2/i5
Cette rupture est causée par les contractions mdolores qui ont accompagné le travail préparateur, et peut-être parle poids du fœtus lui-même; mais elle est le plus souvent opérée par les efforts de la femme. On a vu de ces femmes perdre les eaux, et accoucher immédiatement en montant sur le lit, en soulevant un fardeau ou en faisant un effort involontaire capable de rompre les membranes qui retiennent la tête. Cette rupture cependant a lieu le plus souvent parles efforts volontaires de la femme, qui croit sentir le besoin d'uriner ou d'aller à la selle, et qui cherche en vain à satisfaire ces besoins. Elle se présente alors sur le vase de nuit, et quel n'est pas son étonnement lorsque les eaux amniotiques partent et la tête se présente. A peine a-t-elle le temps de se coucher, et l'accouchement se termine aussitôt.
Nous avons assisté des femmes qui avaient un accouchement tout à fait physiologique, et à l'arrivée de la contraction utérine qui poussait la tête contre le périnée, elles aidaient à cette contraction par des efforts volontaires sans souffrir. Nous leur demandions pourquoi elles faisaient ces efforts, et elles nous répondaient qu'ils étaient provoqués par un besoin irrésistible de pousser, comme quand il faut faire sortir des matières fécales indurées. Dans les accouchements même les plus longs et les plus douloureux , où les efforts volontaires ne seraient pas tout à fait inutiles, la femme ne les fait pas quelquefois, quoiqu'on lui en donne le conseil tant que la tête n'est pas appuyée sur le plancher du bassin. La distension extrême de l'orifice vulvaire rend ces derniers moments le plus souvent douloureux chez les primipares surtout, mais cette douleur est de courte durée, et, comme nous l'avons vu, elle peut manquer même complètement.
§ S- — Nous ne nous arrêterons pas ici aux divers temps de l'accouchement ni aux phénomènes mécaniques qui l'accompagnent. Ce sujet trouvera mieux sa place au deuxième degré
2 Ad DE l'accouchement physiologique.
de raccouchemenl physiologique, où ces phénomènes sont plus marqués.
La tête du fœtus, placée en première position à la faveur de la largeur du détroit supérieur, descend tout à l'aise dans l'excavation. Protégée par les eaux qui l'entourent, assez mobile, elle ne heurte pas contre les os du bassin, et peut exécuter facilement un léger mouvement de flexion ou de rotation, s'ils sont nécessaires. L'engagement se fait lentement dans l'excavation et le détroit inférieur, comme il s'est fait à travers le détroit supérieur. C'est la distension du périnée et celle de la vulve surtout qui exigent un peu de force; mais préalablement relâchés par la présence des mucosités et par la tête elle-même, la résistance de ces parties est bientôt vaincue par les contractions indolores de l'utérus et par les efforts volontaires de la femme. L'extension se fait ainsi d'une manière facile, et la tête et le tronc sont promptement expulsés hors de la vulve.
Les membranes sont ouvertes pour le passage delà tête; mais celle-ci bouchant l'utérus, retient les eaux qui sont destinées à protéger l'enfant contre les contractions utéro-abdominales. Ces contractions, du reste, ont été bien légères, et le fœtus a eu le temps de respirer avant que de nouvelles contractions soient venues décoller le placenta. L'enfant passe ici de la vie utérine à la vie extra-utérine, sans éprouver de violence et sans interruption momentanée des phénomènes vitaux.
Ici la femme sera tout au plus indisposée, comme on dit ; mais elle n'a pas été épuisée par la douleur ni par les efforts de la parturition. Aussi peut-elle, au besoin, secourir elle-même son enfant.
Les parties qui ont été mises en jeu pendant l'accouchement ne peuvent pas être violentées ni fatiguées, parce que le travail de l'accouchement proprement dit n'a duré que quelques minutes. Aussi les couches sont des plus heureuses, et le lait arrive le plus souvent sans la (ièvre de ce nom.
PREMIER DEGRÉ DE l'aCCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE. 2Z|7
Ici, certainement, le secours du médecin est inutile. A la rigueur, la femme peut se suffire à elle- même, et nous ne sommes pas étonné maintenant que certaines femmes en aient été si peu dérangées, qu'elles aient retourné même quelquefois aussitôt au travail qui les occupait avant l'accouchement. Quand on voudra bien se donner la peine de rechercher ces sortes d'accouchements, à la campagne surtout , on trouvera qu'ils sont plus fréquents qu'on ne pense.
§ A. — Peut-on croire maintenant qu'on ait considéré ces accouchements comme étant contre nature, dangereux même? C'est cependant de ce nom et d'autres semblables qu'on les a appelés. Nous croyons avoir assez prouvé que cet accouchement est la véritable fonction physiologique de la nature ; il nous reste à prouver maintenant que les dangers qu'on a voulu lui attribuer sont purement illusoires.
Commençons par dire tout d'abord qu'on a confondu les accouchements précipités et forcés, qui sont ordinairement très douloureux, avec les acccouchements prompts, faciles et peu douloureux,' dont nous parlons.
Les premiers sont, comme nous l'avons dit en commençant, aussi pathologiques que ceux qui sont trop longs. Ainsi, on a vu les femmes accoucher jnstantanément et sans aucun commencement de travail, à la suite d'un coup de foudre ; on les a vues accoucher aussi après une forte violence extérieure qui a porté sur F utérus ou ailleurs. Et comment comprendre ces accouchements sans une ou plusieurs contractions utérines puissantes, etrépétéesaupointde violenter le col et le périnée? Aussi voit-on le plus souvent, dans ces cas, la déchirure de ces parties ; quelquefois le délivre sort immédiatement après le fœtus, et malgré cela, il y a des inerties utérines et des hémorrhagies consécutives. Ici la douleur a pu être passagère, mais elle a été des plus vives ; aussi laisse-t-elle des traces de sa violence et apporte-t-elle le trouble dans toute l'économie.
2/i8 DE L* ACCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE.
Pour .peu qu'on se donne la peine d'examiner, on verra qu'aucun de ces accidents n'existe dans l'accouchement physiologique. Dans ce dernier, il n'y a pas de déchirures, et il y a peu de douleurs parce qu'il n'y a pas de violence. Il n'y a pas d'inertie ni d'hémorrhagie, parce que l'utérus revient lentement sur lui-même. Le plus souvent, le décollement du placenta et sa sortie hors de l'utérus se font lentement, mais sans aucun danger pour la femme.
L'état général est excellent pour la position où se trouve la femme ; car elle n'est pas épuisée par les douleurs ni par les effets de la parturition.
Il y a donc une différence immense entre l'accouchement précipité et le premierdegré de l'accouchement physiologique.
§ 5. — On peut nous dire cependant que dans ce dernier, la promptitude du phénomène peutprendrelafemme à l'improviste et la faire accoucher pendant qu'elle est dehors, pendant qu'elle est occupée à un travail, pendant qu'elle se présente aux lieux d'aisances, etc. Cet inconvénient est le seul qu'on puisse reprocher à Taccouchement physiologique. Mais est-ce *à dire par là que la femme accouche sans le savoir, comme on a voulu le faire croire? Quand on aura dit à une femme enceinte que, pour accoucher , il n'est pas nécessaire d'avoir des douleurs atroces pendant des heures et des journées entières; quand on lui aura dit quels sont les prodromes de l'accouchement physiologique, elle sera toujours avertie assez à temps pour parer à ces inconvénients, et surtout pour se faire examiner par un accoucheur qui pourra lui dire si l'accouchement sera prompt et facile.
Quan ta l'inertie utérine et à l'hémorrhagie qui en est la conséquence, elles peuvent arriver dans les accouchements précipités où l'utérus a été obhgé de déployer beaucoup de force, comme elles arrivent quelquefois après les accouchements longs et laborieux ; mai;; nous ne savons pas qu'elles soient arrivées dans
^ DEUXIÈME DEGRÉ DE l'aCCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE. 2Zl9
les accouchements physiologiques. Tout au contraire, nous avons trouvé que l'utérus revient sur lui-même heaucoup plus facilement dans les accouchements faciles et prompls que dans ceux où il a été fatigué par les efforts de la parturition, et l'on est étonné de trouver le lendemain des couches l'utérus aussi petit que cinq ou six jours après l'accouchement un peu laborieux. D'après ce que nous ont dit nos confrères des communes rurales, leshémorrhagies après les couches sont presque inconnues, tellement elles sont rares. Dans cette crain te, du reste, quelques frictionssurTutérus, et, aubesoin, du seigle ergoté préparé d'avance, sont des choses faciles à mettre en pratique, et que la malade peut faire toute seule quand elle en a reçu l'instruction. Le premier degré de l'accouchement physiologique, loin d'offrir des inconvénients, est donc l'accouchement par excellence et celui qu'il faudrait avoir constamment, si c'était possible.