AVANT-PROPOS
Parmi le grand nombre de maladies qui affectent l’espèce humaine, celles des os sont d’une grande importance, nonseulement parce qu’elles entraînent souvent la perte d’un membre, mais parce qu’elles font succomber les malades après de longues souffrances. Il est peu de sujets qui aient fixé l’attention des chirurgiens d’une manière plus spéciale. Les collections publiques sont remplies de pièces relatives à ces affections, et malgré cela il reste encore bien des doutes à éclaircir à ce sujet. On ne saurait en accuser que l’organisation de ces mêmes os et la profondeur des tissus dans lesquels ils sont cachés, sans parler de l’obscurité des symptômes, qui souvent même ne se manifestent d’une manière évidente que lorsque le mal est déjà fort avancé, et quelquefois au-dessus des ressources de l’art.
La diathèse scrophuleuse est sans contredit la circonstance pathologique qui donne le plus souvent lieu à ces maladies. Sur plus de cinquante sujets affectés de maladies des os qui encombrent habituellement les belles salles de chirurgie de l’Hôtel-Dieu de Lyon, nous avons eu occasion de constater que quarante au moins étaient évidemment scrophuleux ou portaient la preuve qu’ils l’avaient été primitivement. Néanmoins
on ne peut s’empêcher d’admettre que bon nombre d’affections du système osseux ne soient indépendantes de la maladie scrophuleuse , qu’elles ne soient en quelque sorte spéciales à ce système, et n’aient une existence isolée débouté maladie générale.
C’est donc à établir la différence qui existe entre la carie des vertèbres proprement dite, et la maladie scrophuleuse ou tuberculeuse de ces mêmes os, que nous nous appliquerons spécialement dans ce faible essai, ainsi qu’à faire aussi complètement qu’il nous sera possible l’histoire de cette seconde variété de la carie vertébrale connue sous le nom de mal de Pott ou affection tuberculeuse des vertèbres.
Forcé, dans un sujet aussi difficile, de suivre pas à pas les auteurs qui en ont parlé, d’analyser leurs idées, et souvent d’employer leurs expressions, notre seul mérite dans ce travail sera de tirer quelques conclusions qui, si elles ne sont pas trop indignes de nos juges, seront pour nous la seule récompense de nos efforts.