GENRE IV
Productions pileuses enkystées»
L'espèce de production pileuse la plus corn» mune est celle qu'on observe daus certaines tumeurs enkystées.
Espèce i^e. C'est presque toujours dans l'ovaire ou au voisinage qu'on rencontre de semblables kystes. Gaspard BauJiin (i) , Fabrice de Hilden (2), Blasius (3), et une foule d'au* leurs cités par Morgagni (4) 9 en ont rapporté des exemples. L'ovaire gauche paroît en être plus souvent le siège que l'ovaire droit.
Ces kystes présentent deux variétés bien distinctes : dans la première , on a trouvé des dents en même temps que des cheveux. — Dans la deuxième, on n'a trouvé que ces derniers,
I re yariété. Kystes contenant des poils et des dents, — lyson (5) disséquant avec Mor-ton le corps d'une jeune tille de condition , vit sur
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(i) Theat. anat. , 1. i , c. m, (2) Cent. Y, obs. xlviii.
(5) Observ. medîc. , part. i.
(4) Eplst. XXXIX j 4<^-4ï*
(5) Loco cit.
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l'ovaire droit une tumeur du voIumedelalèîerl'Lin homme, divisée en deux poches, qui communiquoientruueavec l'autre, elconteuoieut une matière mollasse, grasse au toucher, jaunâtre, au milieu dé laquelle ëtoient des cheveux (ios , doux , d'une couleur argentée , dont quelques - uns avoient deux pieds trois pouces de long : aucuu de ces cheveux n'étoit adhérent. Ce kx^ste présentoit à l'extérieur une dent canine, et à côté deux autres espèces de dents beaucoup plus petites , dont la figure n'étoit pas si régulière. Il pense que l'ossification du kyste a pu se faire de manière à présenter l'aspect de dénis.
Ruysch a trouvé dans Testomac d'un homme une poignée de poils, et un morceau de chair cartilagineux et osseux , revêtu par un tissu cutané couvert de poils, adhérent à côié de l'orifice supérieur de l'estomac , garni de plusieurs dents. — Il avoit trouvé quelque temps auparavant , dans l'ovaire d'une femme , une rangée de dents tout-à-fait semblables aux dents humaines (i).
Baillie a publié dans les Transactions philoso])hiques l'observation d'une jeune fille âgée de douze à treize ans , non pubère , dont l'ovaire contenoit des poils et des dénis. 11 trouva aussi
(i) Advei^, anat.^ dec. m.
ET PRODUCTIONS 0?.G ^NîQUZS. î^il*
ëes poils et des detits dans l'ovaire d'une jenue fille âgée de dix-huit ans , dont la membrane h>^men ëtoit întacle,rutëriis moins développé qu'il n'a coutume de l'être après la puberté, et nou tapissé par une fausse membrane comme dans les
grossesses extra-utermes.
2^ P^ariété. Fabrice de Hilden (i) rapporte l'observation d'une hydropique dont l'ovaire droit avoit acquis le volume d'un œuf d'oie, et contenoit des poils libres mêlés à une matière oléagineuse , blanche et purulente : un assez grand nombre adhéroit fortement à la membrane interne.
Haller (2) a trouvé sur le cadavre d'une
femme âgée de trente ans, qui mourut à la suite
de consomption , l'ovaire droit volumineux et i '
divisé en deux loges, dont l'une contenoit une matièremclicérique,au milieu de laquelle étoient des poils crépus, lout-à-fait semblables à ceux de l'homme. Cette matière mélicérique, approchée d'une bougie , brûla comme la graisse». Comment concevoir, ajoute Haller ^ la formation de matière graisseuse dans l'ovaire? Partout où existe le tissu cellulaire, il peut se former de la gi aisse : ainsi Haller en a vu dans
(l) Ce/2/. Y , 0/^5. XLVIIZ.
^2) Opusc. patliol. , p. îo5.
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le pénis, le scrotum, et dû qu'on en a Irou vé dans le tissu lamineux très-délié qui sépare la choroïde de la sclérotique. lia in scroto , in pêne , ûdipeni vidi^ etnovirepertum fuisse in tenerà iUdceUidosdfabricâ quce choroldem inter est et scleroticam.
J'ai eu occasion de disséquer très-allenlivement deux kystes poilus situés à la place des ovaires } voici le résultat de mes observations : la surface extérieure de ces kystes étoit parcourue par un grand nombre de ramifications vasculaires; leur face interne tapissée par une couche plus ou moins épaisse de la matière contenue et par un grand nombre de poils adhérens, assez épais , tous blonds, plus ou moins entortillés, couris pour layiîupart, les plus longs n* ayant que quatre à cinq pouces. J'ai voulu connoitre leur mode d'adhérence; \Q n'en ai trouvé aucun qui fut fixé par ses extrémités : tous étoient maintenus à une distance plus ou moins grande de c( s extrémités ou à leur partie moyenne par une espèce de canal de demi-ligne, deux, trois lignes de longueur : ils étoient libres dans ce canal , oii on pouvoit les faire aisément glisser de l'une de leurs extrémité* à l'autre; les parois du kyste étoient fibreuses et ossifiées par plaques irrégalièrcs, dont les unes se voyoient à nu dans Tintéi-ieur du kyste ; les autres
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l85
ëtoient enveloppées de tous côtes par une substance fibreuse. Ces dernières plaques étoient inégales ; les premières , lisses par leur face libre, se conliuuoicnt immédiatement avec le tissu fibreux, qui empiétoit un peu sur leur circonférence. Plusieurs faisceaux de poils étoient contenus dans rëpaisseur de ces plaques dont ils ne pouvoient être dégagés. Les poils non adhérens étoient disséminés au milieu d'une matièremolle, conservant la forme qu'on lui imprimoit, immiscible à l'eau , composée de molécules jaunâtres , peu cobérentes ; parsemée de poils trop peu nombreux pour lui donner du liant, et assez semblable au jaune d'oeuf durci.
Espèce ii. Kystes poilus de V utérus» Fabrice ^e^z/r/e/z trouva chez une veuve bonnête âgée de cinquaute ans , l'utérus rempli en partie d'ichor jaune, en partie d'une matière adipeuse et oléagineuse; et au milieu de celle-ci àes cheveux, ou bien une espèce de laine jaunâire(i). Sedquod admiratione non vacat , in rnedio ipsius uteri crines ( aut veluti lana flavescens et adiposà illâ materiâ invohuaj reperti sunt.
Espèce m. Kystes poilus au coL Cehe avoit noté (2) qu'on trouve dans les tumeurs enkjs-
(i) Cent. V, obs. xliv.
(3) Medic. , l. VII , c. vu
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tces faiitôt des poils, tantôt des os. II ajoute (i) : qu'entre la peau et la trachée se développent souvent des tumeurs enkystées, que les Grecs nomment hronchocèles , qui contiennent une maîière semblable à du miel , de l'eau , et quelquefois même de petits os mêlés \\ des poils. Interclum etiam miiiiiùs ossibiis piii immistL
Espèce iv. Kystes poilus de la tête. Maurice Hoffmann (2) fut consulté par un malade âgé de vingt-quatre ans, auquel un chirurgien venoit d'ouvrir une tumeur située au-dessus de l'oreille droite. Cette tumeur , qui avoit mis deux ans à se développer, contenoit une matière analogue à du miel, et une mèche de cheveux plus noirs que ceux de la tête : cette mèche naissoilde la partie de la poche qui étoit appliquée à Tos temporal, et éloit libre de toute adhérence avec les tégumens intérieurs. Le malade et tous les assistans crioient au sortilège , lorsque Hoffmann leur montra que la formation de ces cheveux étoit très-naturelle , et éloit due à des bulbes ovoïdes dans lesquels ils étoient im plantés. PiJorum ortum mojis^ travi natMvaJern esse ex hulbis quihusclam ra^ àicalibus si^'e roUindis ac mucosis capitulis oi'ali sua im'olucro implantatis, — Dans le
(i) Cap. xuT.
(2) Misccll. Cnv, , deç. u.', a. v.
même recueil (i) , on trouve, sous le nom de plique SOUS' cutanée^ Tobservalion d'une tumeur située à côté de l'oreille , molle, indolente, ayant acquis peu à peu le volume d'un œuf de poule. Cette tumeur s'ouvrit spontanément , et donna issue à de la sérosité et à des cheveux contournés sur eux-mêmes, de couleur , de longueur et d'épaisseur différentes. Le médecin ordinaire accuse la magie , et envoie chercher Gerbezius ; celui-ci ue croit pas devoir recourir à la |>uissance du diable , parce que cette tumeur étoit venue lentement, s'étoit accrue sans douleur; parce qu'aussi de l'autre côté exisloit une piique polonaise. 11 pense que les poils n'ayant pu traverser la peau trop épaisse, avoient pris leur accroissement au - dedans et formé une plique sous- cutanée.
Espèce v. Morgagiii a trouvé despoils dansTépaisseur de la lente àvi cervelet. Intrâ processuni transversimi crassioris cerehri meninqis (2).
Espèce vi. J ai vu extirper à M. Dupuytren un kyste poilu situé dans l'épaisseur de la paupière supérieure chez un enfant de trois ans. La matière contenue avoit toutes \ts qualités du beurre fondu : les parois du kyste présentoient
(i) Dec.w^ a.Nxw'j 1689.
(2) Episl. XX , Vi 58.
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une grande quantité de poils adhéreus, longs de quelques lignes. — Piteù lut devant la Société anatomique une observation analogue. — IVL Zethermann a trouvé une touffe de poils dans un kyste qu'il a extirpé de la paupière supérieure (i).
Réflexions, Comment se rendre compte de ces kystes poilus? Leur fréquence dans les ov^res avoit fait penser qu'ils proveuoient de grossesses extra-utérines. L'existence simultanée de dents très-bien organisées sembloil autoriser cette opinion ; mais pourquoi ne resîeroit-il du fœtus que les dents et les poils? pourquoi ces parties auroient-elles le privilège exclusif de résister à une absorption qui n'auroit pas respecté les autres os? Nous possédons un asstz grand nombre d'exemples de grossesses extrautérines; et toujours, dans ce cas, on a trouvé des débris de membres, des membres entiers,une grande partie du corps du fœtus. D'ailleurs, les kystes avec des poils et des dents , trouvés chez des vierges , dans l'estomac d'un homme ^ combattent victorieusement tous les argumens qu'on pourroit citer à l'appui des grossesses extra-utérines. Aurons-nous recours à la confusion
(i) Rapport sur les travaux de la Société médicale de Suède, par M. Demangeon, î8io.
des germes , a la péuëlralion d'un individu par un autre? Mêmes difficullés.
Pourquoi la formation de poiis dans les ovaires auroit-elle lieu par un autre mécanisme que dans les kystes des autres parties du corps? Répugne-t-il d'admettre que la nature , par un de ces écarts qui lui sont si familiers , imprègne telle ou telle partie de proprie'tes qui les mettront en rapport avec les maleViaux des poils et même des dents ? S'il lui est si facile de les produire dans les lieux qu'elle leur a assignés dans l'état naturel , pourquoi ne pourroit-elle les produire accidentellement ?
Plusieurs de ces observations nous montrent ces poils implantés par une de leurs extrémités dans une membrane accidentelle très analogue au tissu cutané. L'observation àe Maurice Hoffmann prouve même que quelquefois ils sont pourvus, comme les poils naturels , d'un bulbe qui leur fournit les matériaux de nutrition. Mais ' comment expliquer la formation de ceux qui sont libres de toutes parts? Dira-t-on qu'une membrane cutanée existoit dans le principe, mais qu'elle a été détruite ? L'observation rapportée plus haut ( Productions cutanées ) , en nous montrant une partie seulement du kvste tapissée par une membrane cutanée , confirme cette explication; mais combien de fois n'a-t-on pas
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trouvé lous les poils libres, en même temps que la face interue du kyste très -lisse , sans aucune trace d'altéralion antérieure ! Dirons- nous avec Tyson que la matière grasse au milieu de , laquelle se trouvent presque toujours les poils concourt beaucoup à leur formation , et même qu'ils sont produits par cette substance de la même manière que la soie des vers-à-soie, les toiles d'araignée , le coton , le duvet du gramen tonientosum , lesquels sont dus à la condensalioa de liqueurs particulières? Avouons plutôt notre ignorance^ et disons avec le sage : O nature! abîme immense !