‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier; (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · TROISIÈME SOUS-ORDRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SOUS-ORDRE

Productions cornées*

Les ongles prennent quelquefois un accroissement extraordinaire. Un enfant âgé de douze ans présenloit une conformation singulière des ongles des doigts : ilségaloienlen longueur deux articulations réunies, étoient recourbés à leur pointe, difformesjsanslransparence; la pulpe des doigts, intimementunieaveceux, formoit unesubstance dure, cornée , en sorte que cet enfant n'avoit pluslafaculté de toucher, etnepouvoilriensaisir

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avec ses doigts. Au printemps les ongles de Tuikn des mains tombèrent , se régénérèrent et s'ac»^ crurent rapidement. Les ongles des orteils ne présentoient rien de semblable (i). J'ai vu plu«* sieurs fois les ongles des gros orteils très- volumineux et recourbés à la manière de cornes chez des individus qui les avoient laissé croître. Les auteurs rapportent beaucoup d'observations de cornes observées sur des animaux qui n'en présentent pas dans l'état naturel , tels qu'un corbeau , une oie , un coq , des lièvres ^ des chevaux (2). De pareilles productions dans l'espèce humaine ne sont pas rares : on en a vu au milieu du front « au dos , et sur toutes les parties du corps.

Un homme âgé de soixante-dix ans avoit un ulcère dans le creux du jarret; la matière que fournissoit cet ulcère se durcit et forma une espèce de corne longue d'une palme , épaisse de deux pouces à sa racine, et allant progressivement en diminuant. Cette corne fut arrachée au bout de deux ans ; mais elle revint beaucoup plus grosse qu'auparavant (3).

(i) Mise. Cur. y cent, i, ohs. xxxii.

(2) Voy. Barthoun, de uni Cornu, c. iv, éd. Patav. , p. 57. '-'Mise. Cur. , dcc. 11, a. vi, obs. xxx. Schol. (5) Journal des Savans , août 1672.

On dit avoir vu dans les environs de Turin un enfant qui vint au monde avec cinq cornes semblables à celles d'un bélier. Schenkius rapporte qu'il poussa à une fille de Palerme des cornes semblables à celles d'un veau, non-seulement sur la léle, mais sur toutes les arliculaiions des pieds et des bras.

Une fille irlandaise âgée de quatorze ans ,d' une taille extraordinairement petite , présentoit sur toute la surface du corps des excroissances cornées qui commencèrent à paroitre à l'âge de trois ans. Ces excroissances aboodoient principalement autour des articulations: au bout de chaque doigt et de chaque orteil on en voyoit une de la longueur du doi^^t ou de l'orteil cor-' respondant , qui se recourboit comme un ergot de coq d'inde : il y en avoit une au bras gauche qui avoil un demi-pouce de largeur sur quatre pouces de longueur. La peau des pieds , des jambes et des bras devenoit de plus en plus cal*» ieuse (i).

Hildanus parle d'une jeune fille de Berne, qui vit ses bras, ses jambes se couvrir de cornes, dont quelques-unes avoient deux travers de, doigt de long : elle fut guérie par Pauîus hen--

(i) Transact. philosoph. , ann. 16781

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tulus ; mais la maladie récidiva par suite d'un mauvais régime.

Aquapendente a connu à Padoue un noble qui porloit sur le front une petite corne trèsdure , et qui eut un fils qui ruminoit. Aqua- •peniierUe attribue la rumination du fils à l'affinité que présentoit le père avec les animaux à cornes.

Un président du parlement de la ville de Bjon, dans le duché de Bordeaux , qui avoit été tourmenté par une fièvre quarte opiniâtre , vit se former , au niveau de l'articulation des dernières fausses côtes avec les vertèbres, une production cornée qui ressembloit au bois d'un jeune cerf, et qui auroit acquis la longueur d'un demi-pied si on ne Tavoit pas coupée circulairement à un travers de doigt de sa racine , endroit où elle commencoit à devenir d'une sensibililé exquise.

L'observation suivante, insérée dans le Journal général de Médecine (i) , est très-extraordinaire.

M. Chamseru rapporte que M. Goguelin envoya à la Société royale de Médecine un frag-« mentde matière cornée excisée au sommet d'une

(i) Tome LiY, septembre-octobre i8i5.

excroissance de la partie postérieure du crâne chez une femme âgée de quarante-huit ans. Cette femme ayoit éprouvé une brûlure profonde au centre de l'occiput a Tâge de quatre ans : la plaie qui en fut le résultat se couvrit d'une croûte qui tomboit et se reproduisoit sans causer d'ailleurs aucun accident, A l'époque critique , il se forma , à la place de la croûte , une excroissance cylindrique, brunâtre, d'un pouce et demi de hauteur, de huit à dix ligues de largeur à sa base. M, Goguelin envoya à la Société royale de Médecine l'observation de cette maladie , avec le sommet de l'excroissance, A la base, se voyoit une carie ou vermoulure qui feusoit de continuels progrès. Cette observation fui le sujet de beaucoup de discussions dans la Société : on contesta la carie. M. Chamseru pensa que cette végétation ne naissoitpas du tissu osseux , mais, comme toutes les cornes , d'une surface molle ; qu'elle étoit une végétation de la dure-mère. La malade mourut dans le marasme , à l'âge de cinquante-un ans. Sa corne avoit trois pouces dans son moyen diamètre , neuf pouces de circonférence à sa base, suf quatre pouces et demi de hauteur. M.C/iamsern possède encore la pièce anatomique qui montre la justesse de son diagnostic.

Enfin quelquefois des lames cornées recou-

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vrent des cicatrices qu'elles protègent efficacement. J'ai observé ce phénomène sur une cicatrice située au-devant du tibia : la lame cornée avoit un pouce de long sur un demi-pouce de large.

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