I- ANCIEN" Ct’ADIN AMAUCA
ment un nouveau gouverneur qui arrivait d’Espagne, il résolut de retourner à Velez et d’attendre l’événement, avant de s’engager dans une guerre éloignée (1).
Les Sutas et les Tausas qui habitaient la province d Ebate profitèrent du désordre causé par la révolte de Tundama pour prendre également les armes , et se retranchèrent sur le rocher de Tausa, qui était presque inaccessible. Les Simijacas avaient suivi leur exemple, et s’étaient aussi fortifiés dans les montagnes. Hernan Perez de Quesada , qui gouvernait le pays , envoya contre eux le capitaine Juan de Cespedes. Les Indiens cherchèrent en vain à se défendre en faisant pleuvoir une grêle de pierres sur les assaillants ; ceux-ci se mirent à l’abri en formant par la réunion de leurs boucliers une espèce de tortue ; et après avoir forcé les retranchements des ennemis , ils en firent un massacre effroyable. C est une chose remarquable dans l’histoire de la conquête de l’Amérique, que , presque partout , les naturels ne songèrent à résister que quand les Espagnols furent maîtres de leur pays , et qu’alors ils combattirent , mais trop tard , avec la rage du désespoir. Dans cette occasion , la plupart de ceux qui défendaient les forteresses aimèrent mieux chercher la mort en se précipitant du haut des rochers que de retomber sous le joug de leurs tyrans.
v P iedruhilu , part. I , liv . vu, ch. 0.
* ernand Perez de Quesada fut moins lieu reux dans une expédition qu’il conduisit en personne contre les Panclies : leur chef Vuytama , instruit par l’expéi ience , évita tout engagement , et se retrancha dans des forêts impénétrables , après avoir détruit tous les vivres qu il ne pouvait emporter ; de sorte que les agresseurs, épuisés de faim et de fatigue, furent obligés de retourner sur leurs pas sans avoir pu le forcer dans sa retraite (t).
JNotre intention n étant que de tracer l’histoire delà nation muyzca jusqu’à son entière destruction, nous n’entrerons pas ici dans le détail de toutes les querelles qui s’élevèrent entre les conquérants, et qui furent souvent sur le point d’éclater en guerre civile. Les ordres qui venaient d’Espagne étaient rédigés avec si peu de connaissance du pays, qu’il était facile à chacun de les expliquer à son avantage. Les Espagnols n’étaient d’accord que sur un seul point, savoir : de vexer à 1 envi les indigènes et de leur extorquer tout ce qu’ils possédaient, afin d aller acheter en Espagne leur pardon et de nouvelles faveurs. Mal gré les lois d’après lesquelles les Indiens qui avaient reconnu la suzeraineté du roi d’Espagne devaient être regardés comme libres et égaux à ses autres sujets , ils les traitaient en esclaves, sans respect ni pour le sexe ni pour le rang. Les chefs indiens
(i) Pieclrahitn , part. I , liv vm, ch
l’ancien CIMHNA.M VP.Ca.
que leurs sujets avaient adorés presque comme des dieux, étaient soumis aux insultes et aux mauvais traitements du dernier des soldats , qui les battait et leur crachait au visage lorsqu’ils refusaient de Je satisfaire , fût-ce même par impuissance. Est-il donc étonnant que l'on vît éclater chaque jour de nouvelles révoltes qui coûtèrent successivement la vie à presque tousles usaques et autres chefs de la nation muyzca ?
Le roi de Tunja était presque le seul qui conservât encore une ombre d’autorité. Le vieux Quimiunchatecha était mort peu de jours après être tombé entre les mains des Espagnols , qui avaient fait proclamer à sa place son neveu Aquiminçaque ; celuici, ayant résolu d'épouser la fille de l’usaque de Gameza , convoqua pour assister à cette cérémonie le peu de seigneurs muyzcas qui avaient survécu aux désastresde leur nation. Les Espagnols établis dans cette ville pensèrent, peut-être avec quelque raison, que cette réunion n’était qu’un prétexte , et que le roi de Tunja voulait faire une tentative pour recouvrer ses Etats. Quand il s’agissait d'un Indien, le soupçon tenait lieu de preuves. Les Espagnols s’arment secrètement, cernent la demeure d’Aquiminçaque, y pénètrent au milieu de la nuit, et se saisissent de sa personne, ainsi que de celle des usaquesde Toca, de Motabita , de Sameque , de Turmeque, de lloyaca et de Su ta qui se trouvaient avec lui. Le leu-
1 lu ESSAI SUR
demain, sans même les avoir interrogés, on leur trancha la tête au milieu de la place (1). Ce dernier coup anéantit pour jamais la puissance des Muyzcas. Une tentative de révolte de la part des usaques d’Ocabita et de Lupachoque fut bientôt réprimée , et depuis cette époque , c’est à peine si le nom de cette nation paraît de loin à loin dans les historiens.
(i) Piedrahitn , part. I , liv. ix , çh. i.