‹ Essai sur l'aortite pneumoniqueChapitre 19 sur 20 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Le pronostic que comporte l’acrtite pneumonique nous donne la mesure de l'importance du traitement à opposer à cette lésion.

Il ne saurait être question ici de traitement prophylactique, la thérapeutique actuelle étant aussi impuissante à conjurer l'extension du processus morbide pneumonique que la clinique l'est à le prévoir.

Seule la sérothérapie, dont on ne saurait qu'encourager les louables efforts, en dotant dans un avenir plus on moins rapproché, le médecin d’une arme qui lui permettra de trancher le mal dans sa racine, pourra couper court à l'extension de la maladie pneumonique et l'éteindre dans le foyer où elle aura pris naissance.

Il y a cependant, à notre avis, une façon de prévenir sinon l’aortite, tout au moins des conséquences fàcheuses. 3

Puisqu'il y a un réel intérêt à ce que la lésion soit passagère pour ne pas laisser des traces qui favorise-

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raient dans une certaine mesure des atteintes ultérieures, le devoir du médecin sera donc de procéder à l'examen quotidien rigoureux et méthodique de son malade, afin de surprendre l’aortite à son début et de la traiter sur-le-champ. En effet, l'aortite aiguë est une maladie curable et qui cède le plus souvent à un trai- ‘tement approprié.

La première indication est alors de mettre au repos, dans la mesure du possible, l'organe malade. On devra donc éviter avec soin toute excitation circulatoire susceptible de retentir d'une façon facheuse sur l'aorte. Aussi y a-t-il lieu d'instituer tout d'abord un traitement en quelque sorte hygiénique.

Le malade gardera autant que possibile l'immobilité dans le décubitus dorsal. Certains auteurs ont recommandé la position demi-assise, la position horizontale étant, selon eux, capable d’aggraver les accidents Quelle que soit la valeur dé cette opinion, il faut reconnaitre que souvent la station demi-assise seranècessitée par la dyspnée plus ou moins vive qu'entraine l'hépatisation pulmonaire.

L'alimentation étant une cause active d'excitation circulatoire, on soumettra le patient au régime lacté exclusif, et 1l sera prudent de maintenir la rigueur du . régime jusqu'au retour complet de l'aorte à ses dimensions normales. Il ne faut pas oublier queles écarts de régime, les mauvaises digestions, ont au moins autant d'importance que les fatigues pour provoquer le retour des accidents.

Pour la même raison, on épargnera au pneumo

ha

nique toute émotion brusque, de quellé nature qu'elle soit, Capable de mettre en jeu l'excitabilité cardiaque.

Enfin, on devra être très modéré dans l'emploi de la médication stimulante en présence de toute pneumonie compliquée d’aortite, Aussi, on n'insistera pas sur la potion de Todd et les diverses potions cordiales si en faveur dans le traitement de la pneumonie. On devra combattre au contraire l’éréthisme circulatoire par la digitale à haute dose, suivant la méthode préconisée par Traube, Hirtz, Pétrescu, Fihl et plus récemment par Barth dans le traitement de la pneumonie (1).

Si l’état général du malade et la forme dela maladie le permettent, on aura recoùrs franchement aux antiphlogistiques. La dérivation sanguine locale, au moyen de quelques sangsues ou de quelques ventouses scarifiées sur ‘la région préaortique, suffira le plus souvent. Les ventouses scarifiées semblent préférables aux sangsues, parce qu'elles modifient plus profondément par action réflexe l'état du système circulatoire.

Si le patient, soit par sensiblerie, soit qu'il se montrât soucieux à l'extrême des préjugés de son entourage, répugnait à ces procédés, on ne devra pas hési-ter à appliquer un vésicatoire. Le professeur Potain dit en avoir retiré de bons effets dans un cas d’aortite

typhique.

(1) Barth. — Semaine médicale, 1896.

Le

En cas d'œdième aigu du poumon, la saignée s'imposerait.

Le coton iodé, la teinture d'iode ou l'emplâtre de Vigo continueraient dans la suite l'effet des révulsifs précédemment énoncés.

Si la dyspnée résistait à ces moyens, les inhalations d'oxygène et les ventouses sèches, appliquées à profusion, pourraient soulager le malade. Mais le médecin doit être prévenu qu'ils ne constituent que des palliatifs.

L'injection de morphine, si l'état du rein le permet, restera le meilleur moyen d'obtenir une détente rapide. Si la morphine se trouvait contre-indiquée, les inhalations de nitrite d’amyle à la dose de IV à VIII gouttes au début, dose qu'on pourra augmenter plus tard, en raison de l’accoutumance, la remplaceraient avantageusement.

L'éréthisme cardiaque sera efficacement combattu par les bromures de potassium ou de sodium ou par le valérianate d'ammoniaque:

Les frictions alcooliques sur les membres, les injections d’'éther, de caféïne et d'huile camphrée seront employées dans le cas de défaillance cardiaque.

Si l’aortite aiguë n'a pas cédé en quelques jours à un régime hygiénique et diététique sévère, combiné à la médication externe, il est indispensable de les complèter par un traitement interne à l’aide des iodures.

Les preuves de la médication iodurée, déjà employée par Bouillaud bien avant que Traube l'ait préconisée en Allemagne (Potain), ne sont plus à faire

dans le traitement des inflammations artérielles. Elle devra être continuée avec persévérance pendant plusieurs mois et mème pendant plusieurs années. quand l'aortite aiguë tend à devenir chronique. Pour éviter lintoxication potassique, le professeur Potain a définitivement substitué l'iodure de sodium à l'iodure de potassium. La dose journalière d'iodure variera de 30 centigrammes à 60 centigrammes par jour ; encore cette faible dose devra-ft-elle être diluée dans une assez grande quantité de liquide, afin de ménager la susceptibilité de l'estomac. Si ce traitement ioduré doit être de longue haleine, il sera bon de le suspendre pendant quelques jours chaque mois, et de profiter de ce répit pour tonifier le malade à l’aide de préparations aqueuses de quinquina ou de granules arsenicaux.

Le sirop iodo-tannique pourra être employé également avec avantage, surtout dans les cas où l’on redoute la dépression physique, parfois si considérable qu'entraine à sa suite l'absorption prolongée d'iodure à très faible dose.

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