A K CH I T E C TUBE MIEL T A IRE
<l<* Y illeneuve-le-lloi , la forme d’ouvrages rectangulaires posés eu pointe, de manière à battre obliquement l’entrée et les deux courtines voisines. On avait donc reconnu dès le xm" siècle l’in convénient des tours rondes, leur faiblesse au point de la tangente parallèle aux courtines. L’emploi de ces moyens paraît avoir été réservé pour les places très-fortement défendues, telles que Carcassonne, Loches, etc.; car parfois à la fin du xm' siècle, dans les places de second ordre, on se contentait de tours carrées peu saillantes pour défendre les courtines, ainsi qu’on peut le voir encore de nos jours sur l’un des fronts de l’enceinte d’ Aigues-Mortes (25), dont les remparts (sauf la tour de Con-
stance A qui avait été bâtie par saint Louis, et qui servait de donjon et de phare) furent élevés par Philippe le Hardi L
1 Philippe le Hardi, parti de Paris au mois de février 1272 à la tête d’une armée nombreuse, pour aller prendre possession du comté de Toulouse, et pour châtier en passant la révolte de Roger Bernard, comte de Foix, s’arrêta à Marmaude. Là, il signa, dans le mois de mai, avec Guillaume Boccanegra, qui l’avait joint dans cette ville, un traité par lequel celui-ci s’engageait à consacrer 5000 liv. tournois (88,500 fr.) à la construction des remparts d’ Aigues-Mortes, moyennant l’abandon que le roi lui faisait, à titre de fief, ainsi qu’à ses descendants, de la moitié des droits domaniaux auxquels la ville et le port étaient assujettis. Les lettres patentes données à cet effet furent contre-signées, pour les rendre plus authentiques, par les grands officiers de la couronne. En même temps, et pour contribuer aux mêmes dépenses, Philippe ordonna qu’on lèverait,
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Mais c’est aux angles saillants des places que l’on reconnut surtout la nécessité de disposer des défenses d'une grande valeur. Comme encore aujourd’hui, l’assaillant regardait un angle saillant plus facile d’accès qu’un front flanqué. Les armes de jet n’étaient pas d’une grande portée jusqu’au moment de l’emploi "du canon, les angles saillants ne pouvant être flanqués par des défenses éloignées demeuraient faibles (26); et lorsque l’assail-
lant avait pu se loger en A , il était complètement masqué pour les défenses rapprochées. 11 fallait donc que les tours du coin , comme on les appelait généralement alors fussent très-fortes
outre le denier pour livre déjà établi, un quarantième sur toutes les marchandises qui entreraient à Aigues-Mortes par terre ou par mer. > ( Hist. géne'r. du Languedoc. Reg. 30 du trésor des chartes, n° 441. li/si d' Aigues-Mortes , par F. Em. di Pietro, 1849. )
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par elles-mêmes. On les bâtissait sur une circonférence plus grande que les autres, on les tenait plus liantes, on multipliait les obstacles à leur base à l’extérieur par des fossés plus larges, des palissades, quelquefois même des ouvrages avancés, on les armait de becs saillants, on les isolait des courtines voisines, on avait le soin de bien munir les deux tours en retour1, et parfois de réunir ces tours par un second rempart intérieur (26 bis)'2. On évitait d’ailleurs autant que possible ces angles
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saillants dans les places bien fortifiées, et lorsqu’ils existaient, c’est, qu’ils avaient été imposés par la configuration du terrain, afin de dominer un escarpement, de commander une route ou une rivière, et pour empêcher l’ennemi de s’établir de plain-pied au niveau de la base des remparts.
Jusqu’au x.iv* siècle les portes étaient munies de vantaux bien doublés , de herses , de mâchicoulis , de bretèches à doubles et triples étages; mais elles ne possédaient pas de ponts-levis.
1 Le plan que nous donnons Ici est celui de 1 angle ouest de la double enceinte de la cité de Carcassonne, bâti par Philippe le Hardi.
2 Cet angle saillant (26 bis), qui présente clairement la disposition signalée ici, est une des défenses du xme siècle dépendant du château de Falaise. Nous avons vu comme, à Château-Gaillard, Richard Cœur-de- Lion avoit bien compris la faiblesse de la tour du coin de sa forteresse, et comme il avait séparé tout l’ouvrage saillant du château même par un double rempart flanqué et par un fossé
La belle porte Narbonnaise de la cité de Carcassonne (26 a),
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qui est une des plus fortes que nous connaissions et dont l;i construction remonte à Philippe le Hardi , n’est pas fermée par un pont-levis. En avant de la barbacane A, sur le pont B qui traversait le fossé , un ou plusieurs tabliers mobiles existaient originairement. Ce plan fait voir comment l’entrée C de la barbacane était flanquée par un redent de la courtine I) , et comme on avait pris le soin de la masquer du dehors. Si les assaillants franchissaient cette première porte, ils se présentaient de flanc devant les défenses de la porte de la cité E. Le passage entre les deux tours FF était fermé: 1" par une chaîne tendue d’une tour à l’autre, 2° par un mâchicoulis, 3" par une première herse, •4° par des vantaux solidement ferrés et munis de barres pesantes, b° par un grand mâchicoulis carré G, et deux meurtrières H, 0° par un troisième mâchicoulis devant la seconde herse (pii tombait en 1. Si l’assaillant se présentait en lv pour saper le pied de la tour, il était pris en revers par le retient L surmonté d’une grande échauguette percée d’archères ; de l’autre côté de la porte en M, il était de même battu par une tour très-voisine. Ainsi ([ne nous l’avons dit précédemment, les liées saillants N forçaient les pionniers à se démasquer pour les courtines voisines ; et des meurtrières 0 percées au ras du sol , dans la salle du rez-de-chaussée, gênaient leurs approches. Des palissades P devaient être renversées pour pouvoir saper le pied des murs ou poser des échelles , et ces palissades étaient, en cas d’attaque, garnies de nombreux défenseurs 1 . Au-dessus de l’entrée de la porte Narbonnaise en E on posait en temps de guerre une bretèche en bois percée d’archères et de deux étages de mâchicoulis2. Le plan du premier étage de la porte Narbonnaise (266) se compose : 1 " d’une salle centrale , dans le sol de laquelle s’ouvrent le grand mâchicoulis carré et le mâchicoulis oblong percé en avant de la seconde herse ; c’est aussi dans cette salle qu’on manœu-
1 Dans la même planche nous avons donné le plan du premier étage de la tour R dite tour du Trésau, dont nous avons eu déjà l’occasion de parler.
* Les entailles et trous nécessaires à la pose de cette bretèche sont parfaitement visibles encore aujourd’hui.
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vrait la première herse. On remarquera les deux petits couloirs coudés S qui communiquent au-dessus du premier mâchicoulis extérieurs, et qui sont disposés de façon à ce que les défenseurs ^ puissent jeter des pierres sur les assaillants sans se laisser voir. Des deux côtés du grand mâchicoulis central sont ménagés deux renfoncements T qui servaient de même à masquer les
défenseurs occupés à faire rouler des matériaux sur les assaillants arrêtés par la seconde herse. 2° De deux salles dans les deux tours munies de cheminées avec fours ; ce premier étage était voûté comme le rez-de-chaussée. Du rez-de-chaussée on monte au premier étage par les deux escaliers voisins du passage ; mais pour monter du premier au deuxième étage et à l’étage supérieur crénelé, il faut prendre les deux escaliers d’angle. C’est ainsi que, à chaque pas , on multipliait les obstacles , les difficultés ; en cas de surprise , il fallait être familier avec les localités pour ne pas se perdre nu milieu de ces détours et de ces moyens d’accès soigneusement dissimulés. De la ville on ne pouvait pénétrer dans les tours que par les deux portes Y, car le chemin de ronde de la courtine est fort élevé au-dessus du sol des rues et sans communication directe avec elles. Les deux escaliers d’angle montaient au deuxième étage comprenant toute la surface intérieure de l’ouvrage '. Cet étage communiquait sur la face antérieure, entre les deux tours , à la
1 An xve siècle, des divisions furent construites pour séparer cette salle en trois.
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Il ->
grande bretèche indiquée dans l’élévation (2(5 e) par une ouverture (pii, lorsque les bretèches étaient enlevées en temps de
paix, servait de fenêtre 1 ; il était largement éclairé du côté de la ville par cinq grandes fenêtres ogivales à meneaux, munies
> Dans cette élévation géométrale nous avons figuré la bretèche et les hourds posés au sommet d’une des tours.
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en dehors de fortes grilles croisées. Puis on arrivait à l’étage supérieur crénelé (26 d) qui portait le comble. Le grand mâchi-
coulis carré percé au milieu du passage dans la voûte du rez-dechaussée se répétait dans la voûte couvrant le premier étage , et probablement aussi dans le plancher de l’étage crénelé. Par ce trou, qui servait de défense, on pouvait aussi communiquer des ordres de la partie supérieure de la porte aux étages inférieurs ; car, d’après la disposition des tours de cette époque , les ordres devaient partir des étages supérieurs, puisque c’était là que résidait la défense active. Toute la partie antérieure de cette porte pouvait être garnie au niveau de l’étage crénelé de hourds dont tous les trous sont apparents et percés régulièrement à la base des parapets. Dans le plan 26 d et dans l’élévation 26 c, nous avons indiqué en X une portion de ces hourds en place. Les bretèches et les hourds pouvaient facilement contenir deux cents hommes, sans compter ceux qui étaient chargés d’apporter et de répartir les projectiles, et qui faisaient leur service sans gêner les défenseurs. La bretèche prise par escalade ou détruite par les machines de jet, on fermait la seule issue qui donnait accès dans les bretèches, et l’assaillant était exposé aux coups des hourds des deux flancs Z et du front W. La seconde herse se manœuvrait du dehors sur le chemin de ronde, et les ordres étaient communiqués aux servants par une petite fenêtre grillée donnant dans la salle centrale du premier étage, à hauteur d’homme. Du sol du rez-de-chaussée des deux tours on descend dans deux caveaux voûtés en cul de four et en
berceau par deux trappes fermées par des dalles. L’aspect de cet ouvrage répond à sa force effective ; la construction est faite en grandes pierres d’un grès vert très-dur; tous les parements extérieurs sont à bossages, c’est-à-dire que les arêtes de chaque pierre sont relevées par une ciselure, et le milieu de la pierre est laissé brut. Ce mode d’appareil était fort usité à la fin du \iu" siècle et au commencement du xiv" pour les fortifications.
( l’est ainsi (pie toutes les courtines et tours de la cité de Carcassonne et des remparts d’ Aigues-Mortes, qui datent du règne de Philippe le Hardi, sont appareillés.
Dans les châteaux, souvent des ponts volants en bois, qu’on enlevait en cas de siège, interceptaient complètement les communications avec le dehors; mais dans les enceintes des villes, des barrières palissadées ou des barbacanes défendaient les approches ; du reste, une fois la barrière prise , on entrait ordinairement dans la ville de plain-pied. Ce ne fut guère qu’au commencement du xiv' siècle que l’on commença d’établir à l’entrée des ponts jetés sur les fossés, devant les portes, des ponts-levis en bois tenant aux barrières (27), ou à des ouvrages
avancés en maçonnerie (28) L Puis bientôt, vers le milieu du
1 Entrée du château de Montargis du côté de la route de Paris à Orléans. ( Ducerceau, Châteaux royaux de France. )
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xive siècle, on appliqua le pont-levis aux portes elles-mêmes, ainsi qu’on peut le voir au fort de Vincennes, entre autres
exemples. Cependant, nous devons dire que dans beaucoup de cas, même pendant les xive et xve siècles, les ponts-levis furent seulement attachés aux ouvrages avancés. Ces ponts-levis étaient disposés comme ceux généralement employés aujourd’hui, c’est-à-dire, composés d’un tablier en charpente qui se relevait sur un axe, au moyen de deux chaînes, de leviers et de contrepoids; en se relevant, le tablier fermait (comme il ferme encore dans nos forteresses) l’entrée du passage. Mais ou employait pendant les XIIe, XIIIe et xivc siècles d’autres genres de fermetures à bascule : on avait le tapecu , spécialement adapté aux poternes, et qui, roulant sur un axe placé horizontalement an