Revue Historique, t. XXXVI, i, p
2 L'ARMÉE ROYALE Al TEMPS DE PHILIPPE AUGUSTE
alors à peu près sans valeur : « Avant l'établissement de l'année permanente sous Charles VII, dit-il, la France n'a eu, en fait d'infanterie de ligne, que des mercenaires étrangers. »
D'après les renseignements que fournit un chroniqueur contemporain, Guillaume le Breton, les forces royales comprenaient, à ce qu'il semble, en 1214, environ 2.000 chevaliers et 5.000 sergents à cheval : il pouvait s'y joindre de 17.000 à 20.000 sergents à pied. Guillaume le Breton nous apprend, en effet, qu'en septembre 1214, lorsqu'il conclut une trêve avec Jean-sans-Terre, Philippe Auguste « avait dans son armée plus de deux mille chevaliers, sans compter une multitude d'autres hommes d'armes >,'. Deux mois auparavant, lors des victoires de La Roche-au-Moine et de Bouvines, les forces royales étaient divisées en deux armées : Philippe Auguste avait laissé en Poitou son lils, le prince Louis, et le maréchal Henri Clément, pour combattre Jean-sans-Terre, avec 800 chevaliers, 2.000 sergents à cheval et 7.000 sergents à pied, tandis que lui-même, avec le reste de ses troupes, se dirigeait vers la Flandre au-devant de l'empereur Otton et de ses alliés-. Il devait donc avoir à Bouvines environ 1.200 chevaliers, c'est-à-dire les trois cinquièmes du nombre total de ses chevaliers. Il disposait de 3.000 ser-'
1. Guillaume le Breton. Chron. 2(>4 (édition Delaborde, p. 21)8) : ('.uni haberet in exercitu suo duo milita militum et amplius prêter aliam alionun multitudinem.
2. Guillaume le Breton, Philippide, X, 131 (Philippe Auguste N'adresse à son i is) :
a Tu, nate, manebis Hic cum militibus demptis de mille ducentis. »
El plus loin, v. 2(12 :
Interea Ludovicus adest cum prememorato Militie numéro, septies quem mille sequuntur Armnti pedites, et equis duo millia veeti, Gnaviter edocti bellum instaurare clientes.
L ARMEE ROYALE AU TEMPS DE PHILIPPE AUGUSTE à
gents à cheval1 : la cavalerie légère était donc répartie entre les deux années de la même manière que la grosse cavalerie ; le roi en avait les trois cinquièmes et son iils les deux cinquièmes. Il est vraisemblable que la proportion était la même pour les fantassins et l'on peut admettre que Philippe Auguste avait à Bouvines environ 10.000 sergents à pied.
On a exagéré naguères le rôle des milices communales à Bouvines : aujourd'hui, par contre, on a une tendance à trop le rabaisser. Les contingents de Corbie, Amiens, Beauvais, Compiègne, Arras, se portèrent bravement audevant de l'ennemi et firent au roi un rempart de leur corps-. S'ils durent reculer devant l'attaque impétueuse de la cavalerie allemande et furent « un peu dispersés »3, il n'est du moins nullement question de déroute. A un autre moment du combat, on voit Thomas de Saint- Valcry, à la tète de 50 cavaliers et de 2.000 fantassins, se mesurer avec les Brabançons ennemis, troupe des plus solides, qui occupait le milieu du champ de bataille et avait longtemps résisté à toutes les attaques : elle est taillée en pièces, anéantie, sans que Thomas de Saint- Valery ait perdu un seul de ses hommes4.
Sans doute, la principale force de Philippe Auguste consistait dans sa cavalerie. C'est ce que Guillaume le Breton fait dire à Philippe Auguste lui-même'- :
Theutonici pugnent pedites : tu, Gallice, pugna
Semper eques.