VII. — <ûadoc et ses routiers
Nous avons réservé pour une étude à part les routiers de Cadoc, que Guillaume le Breton distingue nettement des autres troupes mercenaires :
Nuraerosaque rupta Cadoci, Cui rex quotidie soli pro seque suisque Libras mille dabat, castrensis munia lucte, Distribuente aliis numerata stipendia fisco-.
Le poète ne veut pas dire que le roi soit trop généreux pour la bande de Cadoc et parcimonieux pour les autres troupes, mais que, pour celles-ci, l'administration comptait en détail les soldes qu'elle distribuait, tandis que Cadoc recevait en bloc le salaire de ses hommes et le sien. Ce salaire était considérable, et il était juste qu'il le lut, ces routiers étant nombreux et vaillants ; mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre l'expression : mille livres par jour. Il y a là une exagération poétique, que le Compte général de 1202 permet de rectifier. Cadoc y ligure dans quatre passages : il reçoit de Thiboud de Chartres 4.400 livres
1. Brussel, p. clx, 2" col.. 1. 43. — Guillaume le Breton, dans le récit du siège du Château-Gaillard signale la présence de mercatores (Philippide. VII, 208), de gens qui soient sequi exercitum propter onera deportanda et hujusmodi similia officia (fihron. 123).
2. Philippide, VII, 396 et suiv. - Guillaume le Breton figure lui-même sur le Compte général de 1202 (p. cxlviii, 1" col.) : Magister Willelmus Brilo, LXX S. Andegavensium. Magister Willelmus Brito, pro II modiis et dimidio bladi mediati, VII et dim.
angevines1 ; il devait recevoir de plus 100 livres angevines de Eudes Plastrart, qui ne semble pas les lui avoir versées-. Un cheval qui lui est destiné est payé 20 livres par Guillaume Poucin3. Enfin le compte de Gaillefontaine indique que 60 porcs salés ont été mis à la disposition des cuisiniers et de Cadoc4.
La première somme représente sans doute la solde d'une année : 4.400 livres en monnaie angevine valent environ 3.290 livres parisis5. Nous sommes loin de 1.000 livres par jour. Comme les paiements avaient lieu ordinairement en 3 termes égaux, Guillaume le Breton a peut-être voulu dire que Cadoc recevait mille livres en un jour, à chaque terme. Ainsi comprise, cetle indication ne serait pas très éloignée de la vérité.
Cadoc n'était pas un vulgaire chef de brigands, quoique les mercenaires désignés sous le nom de routiers (ruptarii) aient eu une bien mauvaise réputation,