‹ Essai sur l'art d'être heureuxChapitre 13 sur 35 · USAI · texte numérisé non relu

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mager eu jouissant des autres ', et je conserve* rai beaucoup de temps , beaucoup de liberté d'esprit, parce que je cbercberai à vivre, non à m'enricfair.

Je serais peu difficile sur le choix d'un étai. J'exclurais seulement ces emplois luoratifs dont l'inquiétante responsabilité troublerait mon sommeil , et ces places brillantes où l'on est contraint d'ajouter au soin de les remplir , le travail plus difficile de les-con* server. ,

Forcé de renoncer â mon heureuse indépendance , aux douces habitudes que je m'étais formées , je n'attacherais nul intérêt à choisir mes occupations. Ne faisant plus ce que je veux, il m'est indifférent défaire telle chose ou telle autre.

Je croirais cependant essentiel de considérer avec quels hommes une place oblige à vivre. Je ne voudrais , pour rieà au monde f, être avocat ou procureur» J'aurais des fonctions fort respectables sans doute; mais chacun parle de son état , surtout les gens de loi; je ne m'accoutumerais pas à vivre entouré d'hommes qui m'entretiendraient perpétuellement de procès, de débats, e| de tout ce

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qu'il y a sur la terre <ie plus afHigeant et de plus ridicule.

Par épicuréisme, je youdrais une placeobscure. Il me faudrait moins ée temps pour Tobtenir, moins de peines pdur la conserver. Exempt des inquiétudes qu'inspirent les yastes trayanx , et des ennuis qui suivent Fimportune étiquette, je retrouverais chaque soir mon indépendance absolue ; j'en jouirais sans nul souci du lendemain. Je me plairais quelquefois à lui donner un charme plus yif , en songeant à l'agitation , aux regrets , aux alarmes de ceux qu'emporte le tourbillon du inonde ; et je croirais alors ressembler à ce Romain qui, pop^ s'endormir voluptueusement , faisait placer son lit sous une tente, et sommeillait au bruit des orages.

Oh! combien la frivolité blâmerait mes principes ! elle me .prédirait un tardif rep^tir. Je me bornerais à répondre : Dans les premiers et dans les derniers rangs de la société, je n'ai vi^ que gens fatigués de leur sort. Si je dois être un jour mécontent du mien , j'aurai l'avantage encore de m'étre donné peu de peines pour me trouver dans la situation où sont les autres hommes. *

Dirigeons enfin nos regards vers le genre de liberté le plus utile , le seul peut-être qui nous soit nécessaire : il résulte de notre empire sur nous-onémes. Tels sont ses avantages» qu'il fait oublier la perte des autres , et que jamais les autres ne le remplacent.

De quelle liberté pourrait jouir cet homme que l'ambition subji^gue ? Un geste, un coupd*œil,un sourire TefFraient, et lui font chercher en tremblant te que présagent ces signes , échappés sans intention à ses maîtres. Ce serait peu de bannir les passions tyranniques. Voyez ce riche qui sans cesse dépend d'une foule de valets et d'ouvriers auxquels il paraît commander. Il ne sait agir qu'à l'aide de plusieurs personnes ; il est aux ordres de son coiffeur, plus que cet homme n'est aux siens ; son tailleur le rétarde ; et quand son cocher est prêt, ses chevaux peuvent encore l'empêcher de sortir.

Quelque genre de liberté que nous considérions, le plus sûr moyen pour en jouir est d'avoir peu de besoins. Mais, comment les restreindre? Le vulgaire ne trouverait le bonheur gue dans une contrée où cette question serait inutile, où les objets qui nous séduisent

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étant ignorés , la médiocrité ne pourrait causer de regret ni la sagesse exiger d'effort.

Parmi nous, il reste aux âmes élevées deux moyens de contracter peu de besoins.

D'austères philosophes ont repoussé les plaisirs qu'ils n'espéraient pas obtenir toujours. Réduits au nécessaire , ils se trouvaient dédommagés de quelques privations , par la certitude d'être à l'abri d'une foule de peines, et par le sentiment de leur indépendance. Ce moyen est le plus sûr san6 doute; et presque tous les hommes qui tenteront d'employer l'autre différeront du vulgaire par leurs principes , plus que par leur conduite.

Mais combien d'objets dont l'attrait éveille les désirs n'ont rien de nuisible, si nous pouvons toujours en détacher notre âme ! Il est donc une manière plus sage de borner ses besoins : elle exige une rare élévation d'âme, une philosophie parfaite : osons cependant l'adopter.

Tandis que les plaisirs nous environnent de leurs songes légers , que la raison nous dise : Un instant les dissipe ! Soyez prêts, s'ils s'enfuient, à trouver une volupté nouvelle dans

le sentiment de votre fermeté, de votre mâié indépendance: Régnez sur les plaisirs : mon héros est celui qui les saisit avec ardeur, dès qu'il les voit briller , et qui dédaigne un vain désir, alors qu'ils disparaissent.

Alcibiade , reçois mon hommage ! Disciple des grâces et de la sagesse , je t'admire en te voyant étonner tour-à-tour la Perse par ton faste, etLacédémone par ton austérité. Tu changais sans cesse de caractère et de principes , disent tes détracteurs. Je te vois toujours le même, toujours supérieur aux hommes qui t'environnent. Une trempe d'âme telle que la tienne est la plus forte; ainsi que les tempérameus les plus robustes sont ceux que n'altèrent ni la violence de la chaleur ni l'âpreté du froid.

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