‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 2)Chapitre 41 sur 81 · Ibid., n° 8io3. Provient de Palencia · texte numérisé non relu

Ibid., n° 8io3. Provient de Palencia

4. J'ai publié (T. I, fig. 79) un ornement fort curieux de la collection des marquis de Lendinez, à Elche ; il est formé de deux espèces de chimères cornues et barbues assises sur leurs pattes de derrière, tandis cpie leurs

pattes de devant, rapprochées l'une de l'autre, s'appuient sur un même support ; elles sont vues de profil, mais retournent la tète qui se présente de face. Le motif, oriental ou mycénien, est très gracieux et arrangé de façon nouvelle. Mais l'aspect héraldique, l'ingéniosité de la disposition, la sveltesse et la finesse des formes m'ont décidé à ranger l'objet parmi les produits certains de l'industrie indigène fortement imprégnés d influences étrangères. L'objet appartient aujourd'hui à M. Yi\es. IL — i4

aïo

quelque souci d'un travail délicat. Quand ils se sont trouvés livrés à euxmêmes, sans autre préoccupation que de fabriquer des idoles et des exvoto conformes à la tradition et à la foi, les imagiers n'ont montré qu'un goût enfantin sans aucun désir de progrès.

Cependant, je connais au moins une exception; c'est un petit chien qui a été trouvé à Alcobaça et qui appartient à M. Vieira Natividade

(Fig. 357) '. L'animal est d'une facture très lourde ; ses pattes sont difformes, et la valeur esthétique du bronze, si l'on ne considère que le dessin et le modelé, est plus que médiocre ; mais, ce que nous n'avions pas constaté encore, il est d'un mouvement très vrai, très juste et pittoresque ; blessée ou menacée, la petite bête s'enfuit, la queue basse — par une étrange fantaisie, cette queue s'est même enroulée autour de la patte droite de derrière — mais il retourne la tête contre son agresseur, en hurlant ; il semble même qu'il traîne péniblement une de ses pattes de devant brisée ou estropiée. M. Leite de Vasconcellos, qui a donné de cette figurine la mauvaise gravure que je reproduis, la classe parmi les œuvres romaines ; je ne suis pas de cet avis, car j'y retrouve le style rond et mou dont les pages précédentes ont montré tant d'exemples ; les bronzes romains, même les pires, sont toujours d'un travail plus dégagé, plus alerte, plus savant. Ici, du moins, l'artiste ibère a racheté la torpeur de sa main par des qualités de franc et de bon réalisme ; à ce titre, il méritait une mention honorable.

Fig. 307. — Petit chien de bronze (Alcobaça.)

Malheureusement, lorsque les Ibères ont voulu imiter les modèles que leur a fait connaître l'importation grecque, pouvant suivre et devant même suivre les conseils qui leur étaient ainsi indirectement donnés, jouissant d'ailleurs d'une liberté d'allure inconnue jusque-là, ils n'ont pas beaucoup

I. Leite de Vasconcellos, O archeologo português, V. p. 80, fig. 4 ; cf. I, p. io4, et s.

mieux réussi ; quelques œuvres qui nous ont été conservées ont bien certain mérite pourtant, mais sans toutefois nous permettre d'espérer qu'un jour soit découvert un bronze qui puisse être mis en parallèle avec les plus belles statues du Cerro de los Santos, à plus forte raison avec le buste d'Elche. C'est que les imitations ibérico-grecques ou ibérico-romaines gardent ce vice originel de la lourdeur et de l'em- patement. Voici, par exemple, un objet de bronze inédit que j'ai photographié dans la collection municipale de Palencia. C'est une figurine qui servait de manche à quelque ustensile. Elle représente un homme nu, qui supporte de la tète et des mains, à la manière des caryatides, une grosse torsade appliquée sans doute, à l'origine, au bord de l'objet à soulever. Les pieds s'appuient sur une courte tige de bronze à laquelle est appendu un petit buste féminin émergeant de feuillages (Fig. 358). Ce type de manche est bien connu ; il est emprunté à l'art grec archaïque, qui a multiplié pour servir de pieds de miroirs et d'anses de récipients les Aphrodites et les Apollons. On sait à combien de jolies figurines a donné naissance ce motif gracieux ; l'Acropole d'Athènes en a fourni de charmantes en

assez grand nombre. Le Musée archéo-

Fig. 358. — Manche d'uslensile.

(Palencia.)

logique de Madrid en possède un spécimen

qui a du mérite et que je me plais à reproduire ici. Le personnage étant un homme, il peut servir d'instructive comparaison avec celui de Palencia (Fig. 35g) '. On voit ce que l'artiste espagnol a fait de l'élégant jeune homme grec, si fin sous la palmettc qu il supporte, et si délica-

i. Musée de Madrid, n° 9915. Collection Salamanca.

tement posé sur l'amusante tête de Silène qui lui sert de piédestal. Nous n'avons plus sous les yeux qu'un horrible magot au visage contre nature, aux mains difformes, au torse de squelette, sans largeur, sans épaisseur, sans aucune qualité artistique d'aucune espèce. Son support est également grossier et de plus illogique.

Fig. 35g. — Manche d'ustensile. (Bronze grec du Musée de Madrid.)

On peut être moins sévère pour une statuette de Minerve, que M. Vives s'est procurée à Majorque et que M. Mélida a décrite ainsi :

« Minerve debout, au repos, avec le bras droit en attitude de porter la lance, et le gauche pendant ; il manque le bouclier sur lequel s'appuyait la main. Elle est vêtue d'une double tunique ceinte à la taille; elle se couvre de l'égide qui tombe des épaules jusqu'à la taille, et porte un casque

dont la visière est brisée ainsi que le cimier. Le cou est paré d'un collier, et les bras de bracelets au coude et au poignet (Fig. 36o)\ » Notre confrère de Madrid croit que c'est là un objet importé dans les Baléares et penche à l'attribuer à l'art étrusque. Tel n'est pas mon avis ; je ne trouve rien ici de la pureté du travail des Grecs, ni de l'habileté peu naïve des Romains, ni de la sécheresse des Etrusques. Mais je retrouve le peu de vigueur ordinaire des indigènes de l'Espagne ; c'est l'œuvre d'un Ibère travaillant d'après quelque modèle grec ou gréco-romain. C'est par centaines que l'on trouverait à rapprocher des images de Minerve de celle-ci, mais je ne crois pas que l'on puisse en citer une dont le style et la facture la rappellent avec précision ; je n'ai pour me fortifier dans ce sentiment qu'à examiner le modelé flou du visage, la rondeur des mains et des bras, le plissement mou et superficiel des tuniques, l'indécision des ornements de l'égide.

Une des plus importantes statuettes ibériques qui aient été conservées, et dont M. Vives est encore l'heureux possesseur, est plus intéressante encore — c'est une autre Minerve elle permet de saisir l'effort du sculpteur pour modifier et transformer à la mode et au goût de son pays les données d'un art étranger (PI. 1\ ) \

Fig. 3(3o. — Minerve ibérico-grccquc.

(Collection ^ ives.)

car

i. Collection Vives, Eevista de Archives, 1900, p. 70, n° 3. Patine verte. Hauteur om,i5.

2. Ibid., p. 27, n° 1, pi. I. Hauteur om,234. Patine vert clair ; M. Vives a acheté la figurine à Madrid, comme provenant d'An-

dalousie. \ oici la description de M. Mélida : « Athéna. La tète est coi liée du casque de cuir ; elle est vêtue d'une tunique et s'enveloppe dans un manteau qui ne forme pas de plis, sur lequel elle porte à l'épaule, pendante à deux courroies qui, depuis les épaules, des-

L'identification n'est pas douteuse. Quelle autre divinité féminine pourrait être représentée le casque en tête, tenant la lance et le bouclier? Je ne connais pas, pour ma part, de représentation de la guerrière qui ressemble exactement à celle-ci ; mais tous les traits caractéristiques d'Athéna se retrouvent si l'on veut y regarder avec attention. Seulement cbacun de ces détails est interprété à l'espagnole. Le casque est réduit à une sorte de calotte conique, assez relevée sur le front et tombant bas sur la nuque et derrière les oreilles ; sur la poitrine s'étale un double ornement passé autour du cou, qui doit être une interprétation de l'égide ; le disque posé contre la hanche gauche est le bouclier qui ne quitte presque jamais la déesse ; mais ce bouclier, au lieu d'atteindre la taille du grand bouclier grec, se réduit aux proportions modestes du bouclier ibérique, tel que nous le font connaître les soldats lusitaniens de Portugal, les petits bronzes de la collection Saavedra et nombre de monnaies. Il est absolument certain que dans le trou de la main gauche passait la haste de la lance ; quant à la main droite étendue, ne savonsnous pas que la Parthénos portait ainsi la Niké? Ou, si l'on veut, rappelons-nous que mainte image de la déesse nous est connue, qui tient une chouette posée sur la paume de sa main tendue. Celte attitude immobile du corps étroitement drapé, c'est l'attitude d'Athéna au repos. Mais la draperie sans plis rapproche plutôt la statuette des figurines ibériques que des grecques, sans compter que la tunique qui, dans l'art classique, est presque toujours qualifiée de talaire, s'arrête ici bien au-dessus de la cheville. M. Mélida a fait très justement remarquer que le type du visage est proprement ibérique, surtout quand on le regarde de profil ; je reconnais un front fuyant, un nez gros et busqué, des lèvres épaisses, un menton lourd, d'énormes yeux à fleur de tête que j'ai déjà vus. J'ajoute que les fautes même de la forme, comme la petitesse du bras gauche trop

cendent sur la poitrine et qui sont ornées de est petit et rond ; la main droite est levée et

disques rappelant ceux d'or repoussé de My- disposée comme si elle avait supporté sur le

cènes, l'égide ou manteau défensif de peau de revers quelque chose de léger, peut-être la

chèvre avec, dans les creux, deux glands qui, chouette d'Athéna. La femme est au repos et

peut-être, veulent être des têtes de serpents. appuie les pieds sur une plaque. La figure est

Avec la main gauche, où manque la lance, composée de deux morceaux. »

modelée à part, elle soutient le bouclier qui

ART IBÉRIQUE

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