O archeologo português, V. p. 81, fig
2. Collection Vives, Revista de Archivos, 1900, p. ^07, n° 63, pi. XL Hauteur,
om,i45. Provenance inconnue. Deux trous très visibles sur la clavicule gauche indiquent qu'il y avait là quelque ornement travaillé à part et fixé par des chevilles.
Je l'ai photographiée à l'Ayuntamiento de Palencia, où elle est conservée1. Le personnage représenté est un gladiateur debout, bien planté sur ses jambes écartées, tenant une lance en arrêt vers la gauche et la tête tournée légèrement de ce même côté ; il a la tête nue, ainsi que le torse et le bras droit. Mais il porte, de la ceinture à mi-cuisses, une sorte de petit jupon, et son bras gauche est enroulé dans une longue lanière, de même que le poignet ; juste au-dessus de l'épaule gauche, il porte une épaulette verticalement dressée. On ne distingue pas trop s'il a les
Fig. 365 et 366. — Gladiateur. (Bronze ibérico-romain de Palencia.)
jambes nues avec des brodequins, ou bien des pantalons serrés à la cheville par un double anneau. Le caleçon, par devant, est orné d'un triple chevron qui sans doute figure une pointe de l'étoffe retournée à l'extérieur ; par derrière, il semble seulement que l'étoffe soit une étoffe à grosses côtes verticales, une sorte de tricot. Pour assurer l'équilibre du gladiateur, on lui a planté à la chute des reins une tige qui vient se fixer
i. Hauteur, on\ ia. Trouvée Calle del Barrio nuevo. La lance est antique, mais ajoutée. On peut dire que cette figurine est inédite, bien que M. Ramôn Alvarez de la Brafia en ait donné une très petite image au
milieu d'autres objets, bronzes ou vases, de la même collection (Boletin de la Sociedad castellana de excursiones de Valladolid, I, p. 2ï)-
sur la plinthe circulaire. C'est un procédé d'une naïveté enfantine et une peine bien inutile (Fig. 365 et 366).
Aucun de ces traits n'est nouveau. Notre gladiateur ibère porte le subligaculum , la manica et le galerus. Ce serait un Samnite, si la manica était adaptée à son bras droit, s'il avait un bouclier et un casque ; comme la manica protège son bras et son épaule gauches, comme il a la tète nue, il rappelle plutôt le souvenir des rétiaires, et c'est plutôt le trident que la hasta qu'il faut reconnaître dans la tige qu'il tient entre les poings'. Il n'y a donc pas à discuter sur la signification et l'origine du modèle qui a servi à l'artiste espagnol, mais il faut bien insister sur ce point que cet artiste a emprunté le motif et le type, mais qu'il est resté fidèle, ce en quoi il a eu tort, aux traditions des ateliers de son pays ; la figurine sortie de ses mains n'a absolument aucun intérêt en dehors de celui que lui donne sa provenance ; elle n'est qu'un spécimen de plus d'une industrie routinière et maladroite.
Faut-il enfin être plus indulgent pour la plus importante statuette de cette série, un Hercule combattant, qui est devenue la propriété de M. Vives et qu'a publiée M. Mélida (Fig. 367)2? Il est certain qu'elle a meilleure façon et que l'auteur a fait effort pour donner de la vérité aux formes nues et de la justesse au mouvement ; mais il n'en reste pas moins un artiste mal habile à reproduire la correcte beauté des modèles qu'il avait vus et à l'image desquels il a voulu figurer le héros. Mais, d'abord, quels étaient ces modèles? Sur ce point, je ne suis pas tout à fait d'accord avec M. Mélida.
Pour lui, les traits qui caractérisent surtout cet Hercule sont qu'il est jeune, imberbe et nu. Or, il n'y a, dit-il, qu'une époque dans l'art classique
i. Pour ces détails d'armement voy. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités, au mot Gladiator, p. i534, fig. 3575, 3578 et surtout 3079. On appelait galerus « une sorte d'appendice en métal, fixé tout droit audessus de l'épaule gauche et montantassez haut pour pouvoir masquer complètement la tète » (p. 1 536).
2. Collection Vives, Iïevista de Archivas, 1900, p. 35i, n° 55. El Hercules ibérico-
romano, pi. XVIII. Hauteur, om,i73; patine claire, jaunâtre. Provenance ignorée. Description : « Hercule combattant, imberbe et nu. Il lève le bras droit pour frapper avec la massue, qui manque, et du bras gauche, dont la main manque également, il porte et présente comme un bouclier la peau du lion. Il tourne le visage du même côté. De chaque pied sort une tige pour assujettir la figurine sur une plinthe. »
où le héros a été représenté jeune, imberbe et nu, et c'est celle de l'art grec archaïque. 11 lui semble aussi reconnaître dans la façon dont sont traitées les boucles de la chevelure un souvenir de la même période artistique. Le petit bronze rappelle l'Héraclès du fronton d'Egine et des monnaies de Thasos. Mais je crois que M. Mélida réduit trop les limites du temps où le héros a été représenté imberbe et nu. Il y a plus d'une
Fie 367. — Hercule ibérico-romain. (Collection Vives).
image archaïque d'Héraklès barbu, et il suffît de citer l'admirable bronze de la Bibliothèque nationale de Paris (ancienne collection Oppermann) 1 ; et d'autre part les images d'Héraclès imberbe appartenant à l'art classique sont très nombreuses ; j'en citerai un seul exemple, parce qu'il a quelques rapports précis avec l'Hercule Vives, c'est celui que possède la même Bibliothèque et qui provient de la collection de Luynes2.
i. Babelon Blanchet, Catalogue des bronzes de la Bibliothèque nationale, p. 222, n° 5i8.
2. Ibid., u° 519. « Hercule nu, debout. 11 est imberbe, avec des cheveux courts, la tète ceinte d'un bandeau. De la main droite bais-
Ensuite, si le modèle qui inspira le sculpteur espagnol était un modèle grec archaïque, je ne mets pas en doute que malgré l'inexpérience manifeste de cet artiste, on retrouverait dans sa traduction quelques-uns des caractères, les plus frappants, de cet archaïsme. L'anatomiedu corps serait plus nette et plus sèche ; il serait passé au bronze un peu de ce goût pour les divisions franches et systématiques des masses musculaires ; le visage, les yeux, la bouche auraient gardé quelque chose de cette expression si particulière aux œuvres du vic siècle qui ne trompe pas les connaisseurs, et, dans la mode de figurer les cheveux et d'autres détails, on retrouverait le souvenir plus ou moins précis des conventions caractéristiques. Or, il n'en est rien. Au contraire la statuette, dans son ensemble, a une liberté, presque une souplesse de mouvement que n'a pas même l'Héraclès Oppermann, le chef-d'o'uvre de la série archaïque : et l'anatomie est traitée avec une aisance et un manque de parti pris que je constate, sans les louer outre mesure, car le résultat n'en est pas toujours heureux. Les cheveux, quoi qu'en dise M. Mélida, me font plutôt songer aux belles têtes d'athlètes de l'école de Lysippe qu à la tête du Tyrannicide de Naples. Et comme je ne trouve dans le morceau aucun reflet de la grande époque classique, mais plutôt l'aisance un peu banale et routinière de l'art hellénistique, j'incline à penser que notre bronze s'inspire d'un prototype romain du style de l'Hercule de Luynes que j'ai signalé plus haut. Jusqu'à présent, je n'ai pas vu d'oeuvre ibérique de cette catégorie qui donne mieux l'idée des tendances et des qualités moyennes des bronziers de l'Espagne '
sée il tient sa massue en avant. Une peau de lion mobile est placée sur son bras gauche ; l'attribut de la main, sans doute l'arc, a disparu. La jambe gauche est légèrement infléchie. Travail romain ; belle patine verte ; excellente conservation. Trouvé dans la province de Xaples. Hauteur, 197 millimètres. Coll. de Luynes. »
1. A T'orre de Alcazar, dans les propriétés du marquis de Acapulco, on a trouvé, en 18^2, une figurine d'or, haute de 2 centimètres et
demi, qui représente un enfant nu, assis, tenant à deux mains un rouleau avec inscription ibérique (De Lorichs, Reclievches numismaliques, 1. 1, p. 206, tab. XXXIII ; E. Hùbner, Monumenta lingux iberiese, n° XXWIII).
D'après le dessin que donnent ces deux auteurs, la statuette me parait de style purement romain ; je m'abstiens donc de la faire figurer parmi les imitations ibériques de petits bronzes romains, mais je devais la citer.
Devrons-nous donc rester sur cette impression fâcheuse que celle même race de sculpteurs à qui nous faisons honneur de quelques belles slatues du Cerro de los Santos et de ce chef-d'œuvre, la Dame d'Elche, que nous avons vus habiles à profiter des enseignements de la Grèce, et capables de marcher délibérément vers le progrès, était incapable de s'élever au-dessus du médiocre lorsqu'il s'agissait de travailler le métal? Ou laissait-on à des artisans plus humbles, sans goût et sans éducation soignée, l'occupation de modeler et de fondre les ex-voto et les amulettes destinés au populaire, vils produits d'une industrie sans ambition ?
Tout cela est peu croyable, d'autant que les superbes têtes de taureaux de Costig nous ont appris que le métier de fondeur n'avait, à une époque très reculée, que très peu de secrets pour ceux qui voulaient se donner la peine de le pratiquer. Je pense plutôt que le hasard, ce dieu des archéologues, ne les a pas favorisés jusqu'à ce jour, et qu'il faut s'attendre à voir se renouveler d'un instant à l'autre, en ce qui concerne les figurines de bronze, le miracle d'Elche.
J'en suis d'autant plus convaincu qu'il existe au moins deux œuvres, dont l'une, la plus importante, est jusqu'à présent inédite, auxquelles il manque bien peu de chose pour qu'elles soient dignes de contenter les juges même difficiles.
C'est d'abord un taureau de bronze, long de \l\ centimètres, qui appartient au Cabinet numismatique de la Bibliothèque de Lisbonne, mais dont, par malheur,, la provenance exacte est inconnue1. La figurine n'est pas intacte; les naseaux, les cornes et les jambes lui manquent ; il est facile de voir cependant que l'animal était debout, ou plutôt se cabrait sur ses pattes de derrière, les pattes de devant battant l'air. Tel qu'il est, c'est
1. Gabriel Pereiro, Insignia de bronce rectangulaire forée dans le ventre. Il croit que
antigua, dans O archeologo porluguês, V. le bronze est romain et qu'il provient d'une
p. 3^5. L'auteur remarque que dans la gueule enseigne militaire. Cf. lievista f.usitana, II,
s'ouvre une cavité rectangulaire et profonde, 92-93. Comme provenance probable, il indique
qui communique avec une autre ouverture seulement le Portugal.
de beaucoup la plus artistique figurine que j'aie encore notée. Bien (pie le style soit très nettement archaïque, il y a dans celte œuvre une franchise d'observation et une vigueur de facture qui sont une révélation. Sans doute il ne faut pas analyser les formes en détail ; il serait trop aisé de critiquer le dessin et la place de l'œil, les plis parallèles du cuir sur le cou, l'anatomie de ce qui reste des pattes de devant, les stries régulières qui cerclent le ventre ; rien de cela n'est bien conforme à la nature. D'autre part la pointe d'un outil dur est venue aviver avec sécheresse les contours de l'œil, les angles des fanons plissés, détailler en traits rudes et cassants la musculature des pattes ou du ventre. Mais, malgré ces défauts, le bronze est vivant ; la part faite aux conventions, on sent un art sincère
Fig. 368. — Taureau de bronze à Lisbonne.
et robuste, fait d'originale naïveté. Il évoque le souvenir du meilleur archaïsme grec, et de fait, l'exemple de la Grèce et ses enseignements n'ont pas manqué de profiter au sculpteur qui, par cela seul, s est placé bien au-dessus de ses émules indigènes (Fig. 3G8).
L'autre œuvre est de date plus récente : elle est par conséquent le garant de ce qui a pu et dû être fait à une époque plus favorisée. Ce bronze, dont je donne plusieurs images (PI. VI, Fig. 3Go, 370), mérite que je le décrive avec minutie, et le critique avec une attention toute particulière. Ce me sera d'ailleurs un plaisir de clore ce chapitre pari étude d'un objet vraiment artistique.
M. J. ttamon Mélida a publié dans le Bulletin de la Société espagnole d'excursions un intéressant mémoire sur les représentations d un dieu
cavalier dont le culle semble avoir été fort répandu dans les provinces du Nord-Ouest et du centre de la Péninsule l.
L'image de ce dieu, si c'en est un, apparaît sur le revers de beaucoup de monnaies ibériques, sert à décorer un certain nombre de fibules de
Fie. 369. — Jinete de Palencia.
bronze provenant d'ordinaire de Palencia, la Pallantia antique, et se voit encore sculptée sur quelques stèles funéraires de l'époque romaine. Les plus curieux monuments où il est représenté sont une fibule appartenant aujourd'hui à D. Antonio Vives et dont M. A. Engel a donné le premier
t. Boletin de la Sociedad espanola de Àcademia de Bellas-Artes y del Muse.0 arqueo-
excursiones (agosto-octubre 1900). El Jinete lôgico nacional.
Ibérico, par .1. Ramôn Mélida, de la Real
ART IBÉRIQUE