D'après une photograpbie faite au mo
ment même de la découverte par l'abbé Palau, alors prêtre à Yecla, mais par malbeur, à peine distincte.
musée possède aussi, à la suite d'un achat, les très beaux exemplaires représentés planches II, à droite, et VIII, n° 2, dont la provenance n'est pas exactement connue. Peu importe, d'ailleurs, car le propre de ces bijoux est d'avoir beaucoup voyagé ; on en trouve aussi bien en Portugal que dans la région de Murcie. Tout dernièrement encore, M. l'ingénieur Sandars en a signalé une toute petite à M. Salomon Reinach ; elle a été trouvée dans une caverne d'Andalousie, près du fameux défdé de Despena Perros, dans la Sierra Morena1. La seconde fibule du Louvre est la plus intéressante de toutes, car elle tient à la fois de la fibule à anneau, de la fibule à arc et de la fibule à navicelle, et celui qui l'a dessinée a eu l'heureuse idée d'arrondir la navicelle en forme de demiboule, de façon qu'elle épouse logiquement la forme de l'anneau: mais la première porte une décoration beaucoup plus belle ; l'anneau est guilloché de cercles et de quadrillages, et à la navicelle sont accrochés des anneaux. C'est une des fibules les plus riches qui aient été trouvées en Espagne.
Quelques-uns de ces modèles sont fort beaux ; mais pour l'originalité il faut placer au premier rang la grande fibule que je puis appeler au Jinetc, que j'ai déjà signalée au chapitre des petits bronzes. Il faut la faire connaître en détail (Fig. /joi).
Le premier qui l'a publiée est M. Arthur Engel, qui l'a dessinée chez M. le comte de Valencia de San Juan, conservateur de la Real Armeria, son premier possesseur. Celui-ci l'avait achetée en Espagne, mais la provenance exacte lui en était inconnue 2. Elle est passée depuis dans la collection de M. Vives, et M. Mélida a eu par suite l'occasion de l'étudier avec soin, en même temps que tous les bronzes de ce riche cabinet. Voici la description qu'il en donne 3 :
« Fibule, figurant un guerrier à cheval. Le cavalier est coiffé d'un
1. Revue archéologique, 1903, p. !\\\. R. Mélida, El jinele ihérico, dans Bolelin
2. Ib'id., 1896, t. XXIX, p. i'i- de la Sociedad espahola de e.rcursiones,
3. Collection Vives, dans lïevista de Ai- Ag. — Oct. 1900. chivos, 1900, p. i63, pi. IX, n° 53. Cf. J.-
casque du type phrygien, à deux couvre-oreilles ; il manque le cimier dont on remarque la cassure. Il porte une cuirasse, peut-être la cuirasse grecque de toile assujetie par des courroies qui se croisent sur la poitrine et les épaules, depuis la taille jusqu'aux côtés du ceinturon, étant fixées au point où elles se croisent par un clou. Il manque à la figurine le bras gauche, lavant-bras et le bras droit et la jambe gauche. Ce Jinete est une pièce à part, attachée au cheval par un clou passé à travers la rotule droite. Le cheval, interprétation fantastique de l'animal et réduit en partie, surtout à l'endroit du cou, à une plaque découpée, ajourée et
Fjg. 4oi. — Grande fibule en bronze. (Collection Vives.)
gravée, porte des anneaux en guise de pendants d'oreilles; il apparaît orné de petits cercles concentriques gravés, et la crinière et la queue sont festonnées de petits trous, à chacun desquels pendait un petit anneau, comme le fait deviner l'unique qui reste en place à la crinière. C'est aussi par un trait gravé qu'est indiqué le caparaçon ou l'appareil quelconque qui sert de selle au cavalier. Le cheval appuie le museau sur une tête dont les oreilles avaient des pendants, à en juger par les trous. L'ardillon de la fibule manque. Hauteur om,075, longueur om,op,3. »
Tout est étrange dans cet objet, le sujet comme l'exécution artistique. M. Mélida y reconnaît une image du Jinete dont j'ai parlé à propos du joli bronze de Palencia, et sans doute il a raison ; c'est dans tous les cas le Jinete transformé par la fantaisie d'un fabricant plein d'imagination et,
si j'ose le dire, stylisé. Je ne m'inquiète pas beaucoup de ce luxe d'anneaux passés à la crinière et à la queue, de ces pendants d'oreilles, non plus que des formes si mal proportionnées du corps du cheval et du corps de l'homme. Tout cela nous est déjà connu par l'étude faite au précédent chapitre des petites figurines populaires de bronze, et par l'examen à l'instant terminé des bandeaux de Câceres ; c'est le propre de l'art ibérique, dans ses productions les plus humbles, d'en prendre très à son aise avec la nature et la vérité. Je suis plus empêché de comprendre pourquoi le cheval pose ainsi sa tête sur une tête humaine ' : il y a là probablement une allusion à quelque croyance, à quelque légende religieuse, dont c'est ici le seul témoignage, à moins que l'on ne retrouve quelque chose d'analogue sur certaines monnaies, où l'on voit un cheval, le cou baissé, flairer des naseaux une tête de bœuf posée devant lui2?
Cette croyance semble d'ailleurs s'être localisée dans une région précise, dont le centre est Palencia. Il existe, en effet, au Musée de Madrid six fibules au Jinete qui, toutes, se rattachent étroitement à celle de M. Vives (PL V, n° i, Fig. \oi, 4o3, 4o5, £06, £07) 3. M. Vives en possède deux de même origine (Fig. 4o/i, 4o8) \ Une seule (Fig. /107) montre un cheval portant son cavalier ; encore ce dernier doit-il plutôt se deviner, tant est bizarrement accommodé le personnage — encore plus que le cheval — à je ne sais quelle intention de stylisation décorative. Tous les autres chevaux sont sans écuyer, cl peut-être n'en ont-ils jamais eu. La plupart ont le corps semé de ronds concentriques, comme celui de la grande fibule (PL V, n° 1, Fig. [\ol\, 4o5, 4o6) ; le plus grand (PL V, n° 1) a la crinière et la queue percées de trous destinés à suspendre de petits anneaux ; tous ont le col arrondi, ainsi que la queue.
1. Ce détail, auquel M. Mélida n'attache pas grande importance, me semble de nature à fortement ébranler son opinion que le Jinete des monuments ibériques, petits bronzes, fibules, stèles, monnaies, est le Castor des Grecs et des Romains.