‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 3)Chapitre 12 sur 80 · I>lin.,.V<//. ///.vr.XVI · texte numérisé non relu

I>lin.,.V<//. ///.vr.XVI

ÎS. Appian.. de bello hispan., 7,

g. Sil. liai., Pun., I, ç)'i el s.

L ARCHITECTUiiE 2()

D*" Chabrel a soutenu qu'elle fut auparavant peuplée par des Phéniciens, mais les vers où Silius Italiens appelle ses murailles les murs d Hercule ne peuvent pas être décisifs et rien n'autorise à nommer ici ce peuple. Ce qui est certain c est qu'il s'était installé sur le rocher célèbre un établissemenl indigène' : il semble logique de n'attribuer qu'à ces premiers habitants. \\ ( es fondateurs, l'enceinte la plus ancienne. Pour d'autres villes, comme (iérone. la (piestion reste au moins douteuse : et quant aux stations éloignées des entes, il est didicile. lorsqu'on connaît les habitudes des commerçants de Ivr, de Sidon ou de Cdiypre, les règles de leurs vovages et les traditions constantes de leurs comptoirs, d'admettre qu'ils se soient intéressés directement à leur construction. Il reste les édifices des Baléares, situés assez près des rivages pour qu'on soit en droit d'y reconnaître, si les autres circonstances ne s y opposent pas. l'œuvre des négociants orientaux ; mais justement ces circonstances s'y opposent: les maisons, les lalayots, les nave/as, si l'on examine non plus l'aspect extérieur des murailles, mais le plan des constructions, si l'on en recherche la destination, apparaissent comme des monuments tout à fait originaux, n'ayant aucuns similaires parmi les restes de la civilisation phénicienne : on ne trouve à les rapprocher — et le rapprochement ne concerne d'ailleurs que les talayots — que des nouraghes delà Sardaigne, lesquels ne sont probablement pas phéniciens'.

Il y a plus ; il est fort remarquable que dans les colonies certainement phéniciennes établies en pays lartessien, comme Abdera. Cadix, Suel, il n'y a absolument aucun reste de constructions cyclopéennes. Sans doute on a signalé a Cadix les fondations, en grosses pierres de taille, d'cdilîces très anciens*: à Malaga l'extrême base des hauts murs de soutènement de l'Alcazaba, qu autrefois baignaient les flots de la Méditerranée, se dislingue au premier coup d'œil de tout l'appareil qui la surmonte ;

I. (Ihabrel. Historia de Sn^ttnio, I. incarne appareil, la iiièmedi>|M»silion del'enlrée,

3. Perrot cl Cliipicz, //ist. de l'art dans le môme d»*uiie oblemi par la pose d\inc série

l'aniiffuitét IV, p. '|0, '19. « Les Baléares d'aiiiieaux cpii vonl toujours se rétrécissant

ont leurs talayots qui ressemblent si fort aux jusqu'au sommet. »

nouraghes que Ton serait tenté de les croire 3. E. Hubner. Arqiieologia de Espana,

bâtis par les mêmes maçons. C'est le même p. 222. Vovez plus loin, la figure ^/x.

|dan. la même forme de cône tronqué, le

So L ABCHITECTLHE

c'est plus que probablement ce qui reste d'un mur plit^iiicien primitif (Fig. 3o). Mais les blocs qui entrent dans ces assises fondamentales n'ont rien de cyclopéen : les dimensions n'en sont pas colossales : ils sont taillés au lieu d'être bruts et ils sunl disposés pur lils liorizonluux. L'architecte et les maçons de ces murs sont bien plus instruits cl plus

i Màlaga.

habiles que les rudes compagnons de Tarragonc, de Sagonle ou d'Olérdula.

D'ailleurs, l'appareil cyclopéen est tout à fait exceptionnel en Pliénicïe, comme il est naturel. Les Phéniciens, élèves très peu originaux des asiatiques et des Egyptiens, avaient sous les yeux des monuments dessinés et construits par des artistes véritables, par des ouvriers auxquels les secrets de la coupe des pierres étaient familiers, et ce sont ces monuments tju'ils ont iniilés. Aussi les murailles d'Arad, de Sidon. de Uaulbek, de

l'architecture 3i

toutes les grandes métropoles de la Syrie, sont-elles édifiées en pierres colossales, mais non cyclopéennes, ce qui est tout différent ; ces pierres sont taillées et ajustées, au lieu d élrc brutes et entassées, et c'est à coup sûr le système plus habile, plus artistique si Ton veut, que les Phéniciens ont importé en Espagne, et qu'ils ont appliqué à la fortification de leurs comptoirs. Pour moi, je ne mets pas en doute, ayant fait ces constatations, que les ruines cyclopéennes d'Espagne, puisqu'elles sont plus barbares et plus primitives, sont antérieures.

Est-ce à dire qu'elles sont absolument originales, et qu'elles sont comme l'expression instinctive des besoins el des capacilés de la race indigène à l'une des époques les plus lointaines de son histoire.'^ Certes, la chose n'est pas impossible. Cette architecture toute rudimenloire peut naitre spontanément, en dehors de tout exenq^le et de toute inlluence. De même que la décoralion qu'on est convenu d'appeler linéaire ou géométrique a été. dans les régions les plus diverses du globe, et jusque dans des îles sauvages séparées des continents par des mers immenses, in\ entée par des peuplades barbares, la construction cyclopéenne n'a point de secret artistique que ne puisse découvrir sans aide, de sa propre inspiration, un bâtisseur à l'esprit rudimentaire. Rouler au faîte d'une colline des rochers épars, et tels que les a façonnés la nature, sans les équarrir, sans en dresser les faces, les amonceler en épaisses murailles inébranlables, c'est un ouvrage auquel suffît l'effort de bras robustes ; choisir les blocs les plus gros et les plus lourds, malgré les difficultés et les dangers de la manœuvre, c'est une idée toute simple pour qui sent la nécessité d'établir autour de son foyer la défense d'un rempart formidable : et ce ne serait vraiment pas faire aux Ibères un grand honneur que de les juger capables d'avoir à leur tour inventé un système de bâtir aussi simple.

Cependant je crois qu'ils ont eu des initiateurs. Dans le bassin oriental de la Méditerranée, ce n'est pas en pays phénicien qu'existent les plus fameux spécimens de murailles cyclopéennes ; c'est à Mycènes et à ïirynlhe qu'on en va chercher les exemples les plus caractérisés, si bien

L ARCHITECTURE

que répithète mycénien se substitue souvent à celle de cyclopéen pour désigner ce systènne, ou plutôt ce genre de construction. Or il n'est pas téméraire, bien que cela semble paradoxal, d'évoquer u propos des enceintes et des bâtisses en appareil cyclopéen de TEspagne, le souvenir de ce peuple, dont nous ignorons le vrai nom, mais dont nous commençons a bien connaître Tari et la civilisation, et qui eut a Mycènes Tune de ses capitales les plus riches et les plus brillantes. I^ suite de nos études, surtout le chapitre relatif à la céramique de Tlbérie, nous permettra de montrer les Mycéniens en relation plus ou moins directe avec les habitants de TEspagne, et dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que ces derniers aient appris des étrangers dont ils imitaient l'industrie

FiG 21. — Restitution d'une porte de style ibéro- mycénien.

comment on édifie a peu de frais, mais à grand renfort de muscles, des murailles et des fortifications puissantes?

D'ailleurs, ce n'est pas là une simple conjecture, et, par bonheur, la preuve peut être faite grâce u de très curieux documents observés dans les Cilanias du Minho. A Sabroso, à Briteiros, dans les ruines des maisons déjà fort intéressantes par leur plan circulaire et la pierre centrale qui servait sans doute de base à un pilier de bois supportant les chevrons du toit, M. F. Martins Sarmcnto a recueilli un grand nombre de linteaux sculptés, ornés de dessins à peu près semblables, et où il a reconnu les débris de cadres de portes. Or ces ornements sont de pur stjle mycénien '. On en peut juger par un trop modeste essai de resti-

I. Je no connais ces maisons, ainsi que les dans ses Ages préhistoriques de l Espagne

pierres sculptc^os dont jo vais j)arler, que par et du Portugal. (]e sont ses gravures qu©

la description et les dessins de M. Cartailliac reproduisent les miennes.

LARCHITECTCIIK ,S3

tulion graphicjuc d'une poric qu'a très licureiiseineiil tenté M. Murlîns Sarmcnla et que je ino plais a reproduire (Kig, si)', et surtout par uue porte aii\ deux fiers conservée diuis la t'.iv'uhiU- <li' la vallée (l'.l«cor« (Fig. aal". Les torsiulcs et les spirales (|iiî (léeorcnl ees délnis siniL oxacteiiu'iil seniblaMes à (|ueI(|uos-urios do celles qui caractérise ut si nclteiiieiit l'art de Mveèucs, et dont les sculpteurs décoraient les stèles et les Crises', dont les orfèvres einltcllissaioiit leurs liijoii\. leurs armes el leurs

vases de métal précieux '. ()uel(piefois l'ouvrier il)éri(|ue a trouvé d'heureuses variantes. coniui<> sur le petit Tragmeiit que je re]>roduiR d'après M. (iartailliac (Fig. 't3) '■ ou sur le l>loc colossal de Sal>roso connu sous le nom de Pednt ferniustt {l'ig. a'i)". D'autres oruemcuts

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