‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 18 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

gS LA CÉRAMIQUE

et trouvé à Meca. Il me semble y reconnaître la queue fourchue et la pointe des ailes d'un oiseau volant; le dessin est d'ailleurs plus libre.

FiG. 193-196. — Meca, Elche.

Enfin, les dessins des figures 1 98- 196 pourraient bien se rapporter h des images d'oiseaux ou de poissons fort mutilés.

Je m'arrête tout spécialement sur quelques débris tout petits et très humbles en apparence, mais dont la valeur archéologique est grande. Sur deux d'entre eux sont les seules représentations que je connaisse.

LA CERAMIOLE

dans cette antique céramique, de la figure humaine. Sur le premier (Fig. 197) que possède D. Pedro Ibarra, à Elche, il ne reste plus, par malheur, que le quart environ d'un visage vu de face, c'est-à-dire un peu

Fig. 197. — Elche.

(Colleclion Pedro Ibarra.)

Fig. 198. — Meca. (Louvre.)

du front et deux rangs étages de boucles indiquées par un quadrillage, la moitié de l'œil, très grand, avec les sourcils, l'oreille et un peu de la joue. On ne voit rien du nez, de la bouche ni du menton. II va sans dire que le dessin est tout à fait sommaire, un simple trait lourdement appuyé ; il serait impossible, par exemple, de retrouver la forme anatomique de l'oreille, et quant à l'œil, il est tel que l'aurait pu dessiner le plus maladroit des enfants*.

Sur le second, qui provient de Meca (Fig. 198), en laissant de côté deux dessins impossibles à identifier, il reste une jambe d'homme qui se tend pour se poser sur un objet long et recourbé où je ne puis voir qu'une sorte de barque. La rotule, le mollet,

le talon, la pointe du pied sont très nettement profilés en silhouette noire. C'est le même procédé que j'ai noté sur deux autres fragments

Fig. 199. — Meca,

I. On peut se demander si c'est un œil que représente le dessin de la figure 199 (Nfcca).

lOO 1,A CERAMlQtE

de Meca où l'on peut reconnaître la partie inférieure du ventre et les pattes de quadrupèdes au galop. Le fond libre de l'un des tessons est orné d'une double spirale en forme d'S (Fig. 200, 201).

FiG. 200 et 201. — Meca.

Un autre débris, en guise d'ornement, porte des lettres de l'alphabet ibérique. Une première ligne est formée de quatre caractères ; sur une

seconde on voit les restes de deux autres (Fig. 202). Je ne connais qu'un autre exemple d'inscription ibérique peinte sur un vase, je veux dire peinte avant la cuisson, de telle sorte que les lettres jouent un véritable rôle décoratif; c'est sur le pied très contourné et très haut d'un vase du Musée de Tarragone (Fig. 2o3). Par malheur il ne subsiste que trois signes complets, l'ustensile s'étant brisé juste à la base de la panse que contournait l'inscription.

Le dernier fragment se trouve aussi à Tarragone (n° 2668 du Musée); il est très spécial, et ne peut entrer dans aucune des catégories précédentes. C'est une petite tête de femme modelée en bas-relief qui était appliquée contre la paroi d'un vase, à l'endroit où venait s'attacher une anse. Ce petit morceau de sculpture n'est pas d'un très bon style; elle n'est pas une œuvre d'art, elle n'est ni bien fine ni bien jolie ; mais elle n'en a pas moins une notable valeur archéologique. On ne peut du reste mettre en doute la provenance ibérique du vase d'où elle provient,

FiG. 20a. — Meca. (Louvre.)

Vic. 3o3, — ■ Musée de ïarragonc.

Fie. ao4 — Musée do Tarragone.

car elle est prouvée par la qualité de l'argile et les ornements au pinceau que le potier a ajoutés tout autour de la tête. (Fig. 2o4).

Il va sans dire — je l'ai du reste indiqué en passant — que tous les éléments décoratifs que j'ai décrits et énumérés peuvent se trouver mélangés et combinés sur un même vase. Pour n'en citer qu'un exemple typique, le combat du quadrupède et des oiseaux qui est représenté sur le grand fragment d'Elche (PI. I) occupe une zone au-dessous de laquelle en était une autre où s'étalait le motif purement géométrique des demicercles concentriques. 11 est nécessaire d'insister sur cette remarque essentielle pour l'étude du développement du style.

Cette revue des thèmes décoratifs terminée, il est temps d'examiner la forme des vases et d'insister sur les détails techniques de la fabrication ou de l'ornemenlation qui contribuent à donner à celte céramique son individualité.

Sur le premier point, l'on n'est encore que bien insuffisamment renseigné. J'ai dit dans quel état d'émiettement ont été recueillis la très grande majorité des documents à l'Amarejo, à Meca, à Elche, à l'Alberca de Murcie, à Monteagudo, partout enfm. C'est à peine si une quarantaine de vases complets nous sont parvenus. Sur le nombre je n'en connais que fort peu auxquels on puisse donner un nom précis tiré de la nomenclature antique : c'est d'abord une œnochoé trouvée à Meca (Fig. 170); ensuite une sorte de cruche de même provenance, peut, sans trop d'hésitation être nommée askos\ Il y a de plus un assez grand nombre de plats à rebords plus ou moins relevés, de diamètre variable, qui sont de véritables phiales ou patères, comme il s'en trouve par centaines dans la céramique grecque et romaine. Quelques fragments dont l'argile est très

I. Trouvée à Meca, déposée au Louvre. La figure 169 donne l'oracmenl peint qui la décore.

fine et la peinture très soignée pourraient faire penser à des coupes en forme de kylix, mais je ne suis pas sûr que le pied soit différent du pied des patères précédentes, ni surtout qu'il y ait eu les anses caractéristiques de la kylix.

C'est là tout ; pour chacun des vases entiers qui restent, ou de ceux dont les débris permettent de reconstituer le type, il faudrait une description spéciale ; même la céramique mycénienne, dont j'ai déjà rapidement évoqué le souvenir et qui m'occupera plus encore, cette céramique aux formes plus massives et plus lourdes que celles de l'époque classique mais néanmoins très variées, ne nous offre que très peu de points de comparaison. En Espagne, le galbe des vases décorés est très simple ; les potiers affectionnent la ligne droite. Le vase du Musée de Madrid n° ia527 (Fig. 171) est un simple tronc de cône. L'un des plus jolis vases de Saragosse (Fig. 178), comme le petit vase de Meca (Fig. 172), n'est au fond qu'un cylindre auquel on a ajouté un bord plat en saillie. Le vase de M. Canovas, à Lorca (Fig. 35), ressemble à un barillet trapu construit au moyen de deux troncs de cône unis par un angle à peine émoussé, et ce modèle se retrouve plusieurs fois, très peu modifié, quoique de dimensions diverses. Une variante intéressante est celle où l'on voit le cylindre se resserrer et s'étrangler au-dessous du rebord, afin que l'ouverture soit plus petite (Fig. 33,83), L'urne du Musée des Pères Escolapios d'Yecla, dont les lèvres s'étalent, dont le col est relevé d'un double cordon en relief, a une panse qui donne en profil une droite oblique, et ce n'est que vers le fond qu'elle s'arrondit et se courbe jusqu'à la base (Fig. 28).

Je pourrais multiplier les exemples, mais les formes arrondies ne manquent pas non plus : bouteilles à gros ventre, à court goulot, sans anses (Fig. 21, Amarejo ; Fig. 176, Elche), petites urnes ressemblant à des pélihés sans anses, avec la panse plus ou moins bombée, l'embouchure plus ou moins évasée (Elche, Meca), cruches très simples à une ou plusieurs anses ne dépassant pas en hauteur le niveau de l'embouchure (Fig. 55, 1C8, 176) ', et surtout grands récipients à gros ventre, tantôt en

i. Cf. Furiwaengler cl Lœschcko, Mj-kenische Vasen, Vasonforiucn, n" Go.

loa

LA CERAMIQUE

'cTE).

forme de bouillote sans anse, tantôt en forme de pot ;i graisse ou de marmite. Ces derniers n'ont pas d'anses, ou en ont deux ou trois disposées verticalement ou horizontalement à la naissance du ventre (Fig. ifi. 29, 36). J'ai noté seulemenl un vase avec trois anses allant des lèvres à la panse (Fig. 176).

Comme formes particulièrement intéressantes, j'ai remarqué une cruche du Musée de Madrid (Fig. loa) avec une anse en forme de bride,

comme nos cruches modernes', et un vase imitant un panier rond en vannerie dont l'anse est placée de même (Fig. 2o5).

Enfin le fragment du Musée de ïarragone, où restent quelques lettres ibériques, est un pied de coupe très élevée ; la forme du récipient ne se peut restituer ; mais je ne saurais mieux comparer le support qu'à celui d'un dinos (Fig. 2o3) ^

La forme des anses a sa valeur dans l'étude d'une série céramique ; aussi ^ ai-je recueilli avec soin toutes celles qui mont semblé intéressantes. J'ai déjà signalé quelques vases très anciens ayant servi d'urnes cinéraires, dont les deux anses ne sont vraiment que d«s excroissances d'argile percées d'un trou. Le Louvre en possède un complet, très original, trouvé à Meca. Les tenons en question sont à cheval, si je puis dire, sur le récipient lui-même el sur le couvercle qui adhèrent hermétiquement l'un à l'autre ; un trou est percé dans l'argile de chacun d'eux, dans le sens vertical ; il suffisait de passer une cordelette ou une tresse de sparte dans ces trous pour assurer à la fois la fer-

FiG. ao5. — Musée do Madrid,

I. Cf. FiirlwnMiglor cl Lœschckc, j^yke- 2. E. Poltier, Catalogue des vases anti'

fiische FiascH, Vaseiiformen, II'' ua, sauf les (/ues de terre cuite du Louvre, pi. Kl.

trois pieds. n" i3.

LA CERAMIQUE

io5

meture et la suspension do cette sorte de marmite. La forme de ces anses d'une part, de l'autre le sens dans lequel elles sont forées sont des marques, comme on sait, de très haute antiquité (Fig. 206, à gauche).

FiG. 20G. — Meca. (Louvre.)

Une autre urne funéraire de même origine a aussi conservé ses deux anses, mais celles-ci sont des pièces adventices très dégagées de la panse, leur forme est d'ailleurs toute simple, comme le montre la figure 206 (à droite), et leur petitesse prouve qu'elles étaient plutôt destinées à une corde de suspension qu'elles ne servaient à porter l'objet directement avec la main.

Très fréquemment, dans les ustensiles de grandes dimensions, l'anse, comme il est naturel, devient plus large, plusépaisse et se renforce même d'un boudin d'argile en relief (Fig. 207). Quelquefois elle est constituée par deux ou trois boudins juxtaposés (Ihid. ou par une torsade Ihid.). J'ai recueilli un fragment de ce type' dont chaque partie est ornée d'une ligne en zigzags réguliers tracée en creux ou au pointillé (Amarejo).

Il semble que la pratique ait prévalu de placer les anses très près de l'orifice ; j'ai recueilli deux exemples curieux : la lèvre du vase, à l'endroit môme d'où l'anse partait verticalement, était découpée ici en dents.

là en festons arrondis (Amarejo, Fig. 207). J'ignore du reste quelle était l'intention utilitaire ou artistique du potier.

Les anses, ou plutôt les poignées horizontales ne sont pas rares non plus. Tantôt elles ne sont constituées que par un renforcement du rebord du vase, que l'on double d'une torsade (Ibid., Meca), ou d'une série de pastilles concaves où peuvent venir s'appliquer et se fixer les doigts (Ibid., Meca), tantôt elles consistent en une pièce de rapport, de modèle très simple, par exemple une torsade (Ibid.), appliquée contre la panse ou détachée (Elche, inédit).

De toutes ces dispositions on pourrait trouver des exemples un peu partout. En voici une que je crois originale et qui a beaucoup d'intérêt ; j'en ai recueilli deux débris à Meca (Ibid.}. On saisissait le vase par le rebord élargi et épaissi, comme je viens de l'indiquer, mais les extrémités de ces sortes de poignées étaient indiquées par l'adjonction d'une volute qui leur donnait un peu l'aspect d'un chapiteau ionique'. Je ne puis m'empêcher de croire qu'en elTet le chapiteau de ce modèle, dont les Ibères ont fait usage dans leur architecture, a sa part d'influence dans cette ingénieuse invention"-

Tout à fait exceptionnelle est comme technique la forme d'une anse qui est conservée à Madrid et provient peut-être d'Elche : le corps de l'anse résulte de l'assemblage d'une grosse corde entre deux tresses, tout cela modelé en relief; mais au point d'attache, le potier a tracé au pinceau, au-dessous de chacune des tresses, deux jolies spirales opposées. Le motif est heureux dans son élégance (Fig. 208).

Quant à la technique, je n'ai rien noté de bien spécial en ce qui concerne la pâte même des vases ; elle est d'ordinaire fine et bien malaxée, toutes les fois que la surface est destinée à recevoir une déco-

I. Il est peut-être bon de rappeler que les. ^70, 3o3, 378). Mycéniens ont fait usage des volutes opposées a. Chacun connaît les grandes amphores

comme molif de décoration. J'en citerai un grecques dont les anses se convulsent en vo-

excinple sur un cylindre formô d'une plaque Iules 11 est bien entendu que, vu l'époque où

d'or (Schlicmann, Mycènes, fig. 481). Le elles ont été fabriquées, et vu leur beauté,

motif n'est sans doute qu'une traduction de la elles n'ont aucun rapport avec les modestes

représentation conventionnelle du palmier, débris ibériques dont je parle, telle qu'on la voit à Mycènes (^Ibid., fig i63,

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LA CERAMIQUE

ration peinte, que, par suite, elle est d'une fabrication relativement récente, et que le tour a été employé par le potier. Au contraire, la céramique la plus ancienne (l'usage a dû persister à travers les ans pour les poteries communes) qu'elle soit faite à la main ou au tour\ est fabriquée avec une terre très peu argileuse, pleine de petits grains blancs qui semblent du marbre pilé, ou de petits graviers noirs ; la couleur en

FiG. ao8. — Elche? (Madrid.)

varie entre le rose vif, les diverses nuances du jaune, le gris et le noir foncé. J'en ai rapporté au Louvre des spécimens divers. Il faut bien remarquer que dans cette série l'épaisseur des parois ne permet de rien préjuger en ce qui concerne la grandeur du récipient. J'ai trouvé des débris de creusets fort exigus dont les flancs étaient beaucoup plus épais que ceux de jarres de fortes dimensions \ Mais, comme il est juste, puisqu'il s'agit

a. Quelquefois, malgré l'irrégularité évidente et la maladresse du travail, on reconnaît des marques indéniables do tournassage.

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