‹ Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive (volume 4)Chapitre 41 sur 83 · II. - i · texte numérisé non relu

II. - i

tg^ tES FIGURINES DU BftOXZE

d'ensemble de sa silhouette (Fig, 3io). L'autre, de la coUeclion Vives (Fig. 3ii)', est d'aspect plus rébarbatif encore ; tout se confond à la surface rugueuse du bronze, qu'on regarde la femme de face ou de dos, et, plutôt que de s'arrêtera cette informe ébauche, il vaut mieux décrire

Fig. 3u. — Prêtresse ibérique. (CoUeclion ^ ives.)

avec soin la curieuse statuette qui est passée au Musée de Madrid avec le legs de D. Eulogio Saavedra (PI. III, en haut, à gauche)*. Son costume,

1. Res'ista de Archivas, igoo.pl. VI,n"ai, p. i35. Hauteur o'",o58. Provenance, Linares (Jaén). Cf. P. Paris, art. cité, p. aog-aio, fig. 4- Remarquer le large pli de style grec archaïque que fait l'écharpc au-devant de la taille.

2. N» i8538. Hauteur o"',o9. Publiée par P. Paris, art, cité, p. ao8, fig. 3,

J'ai clé surpris de retrouver sur un panneau

de bois sculpté d'une armoire de la calhédralc de Tolède une figure dont la silhouette rappelle exactement les figurines ibériques en question. C'est une femme debout sur une Icle d'ange ; ses jambessont serrées dans une jupe en forme de gaine ; ses bras sont écartés du corps, et les mains, relevées à droite elà gauche depuis le coude, soulicnnentdcux grands oiseaux. Sur la tète est posé un voile formant capuchon i

LES FIGURINES DE BRONZE Iû5

surtout, est indiqué avec une précision très heureuse, car il peut servir à expliquer certains détails difficiles à comprendre du costume de quelques statues du Cerro de los Santos et même de la Dame d'Elche. En effet, la petite femme nous apparaît avec son voile accroché au sommet de sa tiare pointue, mais s'étalant ensuite derrière ses épaules et son dos au lieu de les envelopper. On peut ainsi analyser très nettement les pièces du vêtement principal. Il se compose d'une longue chemise ou jupe tombant jusqu'aux pieds sur lesquels elle s'étale en rebord de cloche, et d'un camail croisé en travers de la poitrine, qui enveloppe les épaules et les bras jusqu'aux coudes ; c'est en somme la tunique virile des statuettes correspondantes, mais prolongée jusqu'aux pieds. Le voile, qui offre comme un fond sur lequel se détache le corps, avec ses deux pointes qui tombent à droite et à gauche, donne à la figurine la silhouette d'une flèche . Les traits du visage sont médiocrement modelés, et les petits yeux ronds, que figure une petite boulette, lui donnent une expression vive très étrange. La tiare tombe très bas sur le front, et l'on voit à droite et à gauche, au-dessous des oreilles, deux gros disques, dont la présence n'a rien maintenant qui doive nous étonner.

Le voile-manteau de cette prêtresse est très court ; il peut, à l'occasion, s'allonger et prendre beaucoup d'ampleur, comme le montre encore un bronze de M. Vives (PI. III, en haut, à droite)', dont le mérite d'ailleurs est surtout de nous faire connaître ce détail et de nous montrer à gauche du visage un disque couvre-oreille de dimensions démesurées — celui de droite a été brisé. C'est une exagération vraiment caricaturale du magnifique ornement de la Dame d'Elche. La figurine est très endommagée, très oxydée, et elle n'avait que peu de valeur artistique ; on la dirait sortie d'un moule extrêmement usé. Cependant elle a quelque vie et la silhouette en est pittoresque.

Je rattache à cette série, à cause du geste des mains, un bronze du Musée de Madrid (PI. II, n" 3)\ dont le costume est tout différent.

qui retombe sur le dos et sur les côtés avec avec un peu de palino verte. Provenance,

l'aspect d'ailes repliées (Max JungliiBiidel, Die Caslellar de Santisteban (Jaén).

Baukunst Spaniens, pi. laô). a. N» aOGa. Ancien fonds de la Bibliotbè-

I. Revista de Archivas, igoo, pi. V, que Nationale. n° aa, p. 1 56. Hauteur o">,o64. Bronze rouge

1^6 LES FIGURINES DE BRONZE

Il ne comprend qu'une longue robe sans plis, d'où sortent les pieds pointus, et une sorte de cagoule qui laisse tout le visage à découvert et tombe en rectangle jusqu'à la taille, en laissant les épaules et les bras libres ; on dirait une courte chasuble'.

En Grèce, et en général en Orient, dans les ruines d'un très grand nombre de sanctuaires, parmi les menus bronzes représentant des divinités ou de simples mortels qui constituaient la masse des ex-voto et comme leur monnaie courante, se trouvaient mêlées en quantité les images d'animaux. C'est que l'animal a sa place familière auprès des dieux, ou que les prêtres et les dévots le leur sacrifient comme victime. La religion des Ibères n'a pas échappé à cette loi, et il est facile, rien que dans les collections du Musée de Madrid et de M. A. Vives, de constituer d'importantes séries de figurines qui sont des taureaux, des chevaux, des sangliers, d'autres bêtes encore, sauvages ou domestiques.

L'étude que j'ai faite, au chapitre de la sculpture, des monstres de pierre comme les ïoros de Guisando, la Vicha de Balazole, ou des têtes de Costig fait assez prévoir que le taureau est le plus souvent représenté. J'en ai réuni (PI. V, n" 2, et de la figure 3i2 à la figure 826)^ seize

I. Le chanoine Lozano (Histoire de Jumillà) a donne deux imagos de femmes drapées étroitement (pi. lill, n°^ iv et xi) provenant toutes deux de Monteagudo, qui se distinguent parce que leur tête est nue, avec de grands cheveux tombant à droite et à gauchs du visage, et serrés seulement sur le front par un mince bandeau. Une troisième, de Murcie, est bien plus curieuse; elle a une haute tiare à double étage, semblable à la tiare pontificale. La femme porte un grand manteau à manches, en forme de sac, tombant jusqu'aux chevilles, et une sorte d'écharpe en bandouUière. Les deux bras tombent simplement, et les deux mains, qui semblent brisées, se rapprochaient sur le ventre. La perte de cette figurine est fort regrettable, comme la perte de presque toutes celles qu'a vues et des-

sinées l'historien de Jumilla. J'en ai déjà dit un mot plus haut, p. 191, note 3.

3. PI. V. Collection Vives, Bes'ista de Archivas, 1900, pi. VIII, n" 45. Hauteur o'",o49. Provenance inconnue.

Fig. 3i3. Ibid., pi. VIII, n" ;i6. Hauteur o'",o33. Provient de Séville.

Fig. 3i3. Musccide Madrid, n" 7744 (Cerro de los Santos).

Fig. 3i4. Ibid., n" 77/12 (Cerro de los Santos).

Fig. 3i5. Ibid., n" 35 17 (Cerro de los Santos).

Fig, 3 16. Ibid., n» 7743 (Cerro de los Santos, Revista de Archivas, V, pi. III, n" 9).

Fig. 317. Ibid., n" 8018. Je ne connais pas la provenance.

LES FIGURINES DE BRONZE 107

spécimens divers, tous de types différents. Il serait fastidieux de les décrire l'un après l'autre ; je remarque seulement qu'à côté du taureau

Fie. 3i2-3i8. — Petits taureaux ibériques en bronze. (Provenances diverses.)

debout, se trouve le taureau couché ; à côté de l'animal figuré tout entier.

Fig. 3i8. Ibid., u" 77^1 (Cerro de les Sanlos),

Fig. 3 19. Ihid., n" 77^0 (Cerro de los Sanlos).

Fig. Sao. Collection Vives, lievista de Archivas, 1900, p. i6i, pi. VIII, n» 47. Hauteur 0*^,055. Provient de Palencia. Il faut

remarquer que les cornes sont cinboladas.

On peut voir d'autres létes du même genre, mais d'autre type, t. I, fig. 1 1!\, 1 15.

Fig. 32 1. Ihid., n'' gOoi. C'est une tessèrc ayant doux fois l'inscription suivante : MhXrtr^l^. M. Hubner, qui l'a publiée {Monumenta lingute iberic», p. 174,

I 98 LES FIGURINES DE BRONZE

l'animal réduit à une sorte de torse (Fig. 3 19), on a la tête seule, vue de face (Fig. 330, 822), ou de profd (Fig. 822). Mais le numéro 817 a sur-

FiG. Sig-SaS. — Petits taureaux de bronze. (Provenances diverses).

tant de la valeur, car il est un nouvel exemple de l'emprunt, fait par

n° XL), dit : « De antiquitate ne dubites. Aul lessera hospitalis est, aut massa metalli pro nioneta inserviens. » Le mot ibérique se lit seqfiriris ; il se retrouve sur les monnaies do Segobriga sous la forme seqprices. Donc la provenance doit être Segobriga.

Fig. 3aa. Musée de Madrid, n^ i8o38 (Collection Castcllanos). Noter la boule entre les cornes, sur le front.

Fig. 3a3. Ibid., n" 180^0. Ancienne collection Gastellanos. C'est un petit couvert de vase.

Fig. 3a4. Collection Castellanos. Couvert de vase.

Fig. 3a5. Collection Vives, Revisla de Archivas, 1900, p. 161, pi. VII, n° 44. De môme que les précédents, cet objet n'est pas un ex-voto, mais un petit couvert de vase, comme l'indiquent la forme ronde de la base et le trou postérieur, où passait une charnière. Hauteur o">,o54. Provient de Séville.

Fig. 33o. Musée de Madrid, n° 7739. Provient du Cerro de los Santos (^Revisla de Archivas, V, pi. III, no 8).

LES FIGURINES DE BRONZE 100

l'art ibère à l'art de l'Orient et de la Grèce, de celte attitude des quatre pattes repliées sous le ventre. Ce taureau a été trouvé au Gerro de los Santos, d'oii proviennent aussi la plupart des taureaux que je" reproduis'.

G'estlelieu déparier, à propos de cet objet, d'un fort important monument conservé au Musée de Santa-Agueda, à Barcelone, et que j'ai pu photographier et étudier à mon aise, grâce à la complaisance du savant conservateur de ce Musée, M. Elias de Molins. Ge n'est pas un ex-voto, mais une pièce d'applique ornementale ; en somme, il importe peu. Il s'agit d'un taureau accroupi, large de 9 centimètres, haut de 7 depuis la pointe de cornes jusqu'aux sabots ; le bronze est joliment patiné en vert. vLa tête seule est en ronde bosse; tout le corps est estampé ; un tenon placé au centre de la cavité formée par le ventre servait à fixer l'objet. La tête est tournée de face, tandis que le corps se présente de flanc. Les deux jambes, du côté du spectateur, sont repliées sous son corps, et les deux sabots se rejoignent. L'autre patte de devant est repliée de telle façon que le sabot poserait à plat sur le sol, si le sol était figuré. L'autre patte de derrière ne paraît pas ; mais, sous le genou de celle qui est modelée, on voit une sorte de tige verticale à la surface de laquelle sont creusées des stries en spirale, comme celles d'une corde. G'est la queue de l'animal, bien que l'on ait quelque peine k la reconnaître, car on en voit mal la naissance, et elle passe derrière le genou plié qui en cache une partie. L'œil gauche est creux, mais la cavité de l'œil droit est remplie d'une matière qui m'a paru être la tête d'un petit clou de métal, il faut remarquer les quatre lignes burinées sur la croupe et le ventre ; elles indiquent, semble-t-il, les plis des articulations ; les deux séries de petits traits parallèles qui les accompagnent sont destinées à marquer le

I . Je n'ai pas besoia de rappeler l'importance mythologique et artistique des tètes de taureaux do Coslig. Mais en Espagne même, sans parler des Toros de Guirando et autres monstres analogues, les grandes statues représentant des taureaux n'étaient pas rares. On cite en particulier un monument A'Abedes (paroisse de Santa Maria de Abedes, partido judicial de Vérin, province d'Orcnse), décou-

vert on i58o, où se trouvait sur une colonne de marbre un taureau de bronze (Cean- Bermi'idez, Sumario etc., p. a 16; cf. Murgma, ffistoria de Galicia.i. II, p. ii5). La [terte de ce bronze est dos plus fâcheuses, et l'on en peut dire autant de « una excelcnte cabeza de broncc do un becerro que se derittio para fundir una campana » à Talavera de la Reina (Cean-Bermùdez, p. ii't).

LES FIGURINES DE BRONZE

froncement de la peau ou, ce qui est plus probable encore, les poils, car des traits du même genre se retrouvent sur le front, entre les cornes et

FiG. SaO. — Pièce d'applique ibérique en bronze. (Musée provincial de Barcelone.)

au-dessus des yeux. Il ne faut pas songer à y voir la queue retournée et passée en sautoir (Fig. 826) '.

I. P. Paris, Bulletin hispanique, II, pi. m. Le catalogue du Musée de Barcelone désigne et décrit l'objet comme il suit, à la page ai6, n" 398 :

« Le bœuf Apis, avec les cornes sans le croissant. L'un des yeux, en verre, est conservé. L'objet semble avoir clé plaqué sur quelque meuble. — Cîollpclion Fortuny. »

Suivant un renseignement verbal de M. Elias

de Molins, la provenance du bronze serait Arles en Provence. J'ai peine à admettre cette origine, d'aulanl que quelques vases à décor linéaire ou floral, conservés au même Musée, et dont la fabrication ibérique est certaine, sont aussi indiqués comme apportés d'Arles. J'inclinerais plutôt à croire que la provenance est Emporiae, ou les Baléares,

LES FIGURINES DE BRONZE

Tout cela forme un ensemble fort laid et d'exécution plus que maladroite ; mais il n'est pas sans prix de constater que l'influence étrangère, en particulier orientale, s'est exercée aussi bien sur l'industrie décorative que sur l'art lui-même, et que les artisans comme les artistes ont emprunté des thèmes à leurs confrères d'outre-Méditerranée.

FiG 337-335. ' — Petits chevaux ibériques en branzo. (Collections diverses.)

Après le taureau, le cheval a la préférence des bronziers ibères. Dans les deux collections ou je puise principalement, j'en ai réuni neuf exem-

LES FIGURINES DE BRONZE

plaires ; un dixième appartient à M. Canovas, de Lorca (Fig. 327-338) \ Quelquefois l'animal est très facile à reconnaître ; il représente assez fidè-

FiG. 336-338. — Petits chevaux ibériques en bronze.

lement la nature, sans qu'aucune de ces figurines ait pourtant de valeur

I. Fig. 327. Collection Vives, Revista de Archivas, 1900, p. 160, pi. VIII, n" !\o. L. o™,o'43. Provient du LIano de la Consolacion.

Fig. 338. Musée de Madrid, n" 1718/» (Don de M. Antonio Vives).

Fig. 339. Collection Vives, Revista de Archivas, 1900, p. iGo, pi. IV, n° 43. L. o"\o43. Provenance inconnue.

Fig. 33o. Musée de Madrid, n" 3789. Collection Miro.

Fig. 33i. Ibid., n" 35io. Cerro de los Santos.

Fig. 333. Ibid., no 3o58. Collection Miro.

Fig. 334. Collection de M. le P"" Canovas à Lorca. o™,o/| sur o"',o3. Provenance, Caravaca.

Fig. 33fi. .Musée de Madrid, n" ^-!\i.

Collection Salamanca.

Fig. 337. Ibid., no i855o. Legs Saavedra.

Fig. 338. Collection Vives, Revista de Archivas, 1900, p. 160, pi. VII, n" 4'. Long. o'",o48. Provient de Grenade. C'est peut-être un fragment de ûbule.

J'ai encore noté au Musée provincial de

Grenade un petit taureau sans intérêt, long de o">,o4, trouvé au Cortijo de Tozar (Iznallôs), n" 1766. Il y a aussi un tout petit cheval. L. o"',o3.

M. J. Cosla (^Esludios ibéricos, p. xxxvn) signale comme trouvée dans la mine de Santo Domingo de Mertola « une petite figurine de bronze, haute de 13 centimètres, représentant un cheval caparaçonné, et peut-être attelé à une charrette ». Il semble h ceux qui l'ont examiné de fabrique espagnole certaine (pour la première fois A. C. Borges de Figuerredo en a parlé dans la Revista archoolôgica de Lisbonne, 1889, p. i i3-i i4> avec fac-similé). Le même auteur a noté des représentations de chevaux sur un bas-relief trouve dans une mine antique de la Sierra de Carthagène (Botella, Descripcia geolàgicominera de las provincias de Miircia y Albacete, Murcia, 1868, t. XXII). Je n'ai pu me procurer k Madrid ces divers ouvrages. La Bibliothèque Nationale est très pauvre en ouvrages relatifs à l'archéologie en général, et en particulier à l'archéologie espagnole.

LES FIGURINES DE BRONZE 2o3

artistique. Mais souvent il faut beaucoup de bonne volonté pour identifier la plus noble conquête de l'homme, et je n'affirmerai même pas catégoriquement que les figures 336 et 337 représentent des coursiers ; l'un a une tête de chien et l'autre une tête de canard à laquelle on aurait pique des oreilles. A part cela, je ne constate rien de bien notable, si ce n'est l'exagération très réaliste du sexe du petit cheval n" 33o.

M. Mélida reconnaît une girafe dans une figurine d'animal à long col et à hautes pattes, et il peut bien avoir raison. Cependant, je suis étonné que l'auteur, s'il a voulu faire une girafe, n'ait pas mieux marqué ce trait caractéristique que l'arrière-train est beaucoup plus bas, chez cet équidé, que le garrot. Ce n'est là peut-être qu'un cheval mal modelé (Fig. 335)*. De même, pour M. Mélida, le petit animal figuré sous le n° 332 est une panthère interprétée d'une manière très fantaisiste. Ici encore, je songe à reconnaître plutôt un cheval, dont la tête serait très grossièrement dessinée ; les pattes et la queue ne me semblent pas bien convenir à une panthère ^

Le sanglier a mieux inspiré nos imagiers. Les trois que j'ai vus au Musée de Madrid (Fig. 34 1, 3/13, PI. IIl) ', bien que très conventionnels, ou plutôt très peu naturels, ont une silhouette assez juste, et l'on sent qu'il serait fâcheux de recevoir un coup de leur boutoir. L'un d'eux (PI. III) a sur le dos un appendice étrange ; c'est une série de quatre anneaux irréguliers, dont je ne comprends pas l'usage ; ils sont peut-être purement décoratifs et n'ont pas d'autre valeur que les trous du même genre que nous verrons plus tard disposés au-dessus du dos de quelques animaux montés en fibules. Ce sanglier, par l'aspect général et la lour-

I. Collection Vives, Revista de Archivas, Fig. S'ja. Ibid., n» 8775 (id.).

iQoo.p. lOo, pi. VIlI,n«38.Hautcuro'",o8i. , PI. III. //jirf., n° 3o8a (id.).

Patine noire. Provenance inconnue. Il existe à l'Académie de rilisloiro un autre

3. Ibid., p. i()i, pi. IV, n" /|8. Hauteur (sanglier haut de o'",ii6 avec le socle sur

o"',o5o. Provenance inconnue. Ce n'est pas lequel il est posé, long de o^.ai, et épais de

un ex-voto, mais un ornement d'applique, o'",io. Il est d'un heau bronze, avec une pa-

comme l'indique la plinthe rabattue par der- tine claire. Sur le dos il avait des anneaux

rière à angle droit. comme celui de la pi. lll, mais ils sont brisés.

3. Fig. 3-48. Musée do Madrid, 3-78 (Col- Il a été trouvé à Loon, et donné à l'Académie

leclion Salamanca). par D. Modosto Lafucnto.

LES FIGURINES DE BRONZE

deur de sa masse, rappelle les célèbres cerdos d'Avila, dont jal parlé en leur lieu.

FiG. 340-345. — Petits animaux en bronze. (Provenances diverses.)

Donnons en passant une mention à un petit porc qui appartient à l'Ayunlamientô de Palencia, où je l'ai photographié. L'auteur a si maladroitement indiqué la fente des sabots de la bête, qu'il semble marcher sur huit courtes pattes (Fig. 344). N'oublions pas enfin cette tessère trouvée à Los Fosos de Bayona, dans la province de Cuenca. en 1876, et qui, selon MM. Aureliano Guerra, Heiss et Hûbner, représente la moitié d'un sanglier. Suivant leur croquis même, je préférerais y voir une moitié de cheval ou de taureau ; mais je n'ai pas vu le bronze original. Il faut remarquer que la gueule est entr'ouverte (Fig. 346) '.

Fig. 346. — Tessère de bronze -T en forme d'animal.

i. A. Guerra, Boletin de la Acadeinia de la Historia, I, p. i33; A. Heiss, Gazette archéologique, 1888, p. 3ao; E. Hûbner, Moniimenta linguae ihericx, n" XXXIX.

Los Fosos de Bayona ne se trouvent pas sur les cartes. Voici exactement, d'après Hûbner, la situation de ces ruines : « Lieu désert

entouré de murs, avec six portes et des restes d'édifices, appelé aussi Villavieja, ou la Redonda, dans la province de Cuenca, près de Huete, entre Montalbo et Sahelices, el Ilito et Hozalén. » C'est donc tout près de Cabeza del Griefio.

LES FIGURINES DE BRONZE 205

Toutes ces figurines ont un caractère archaïque, ou, si l'on aime mieux, populaire. Au contraire, un sanglier qui appartient depuis longtemps au Musée de Madrid (il faisait partie de l'ancien fonds de la Bibliothèque Nationale) et qui servait très probablement de couronnement à une enseigne de guerre est une véritable œuvre d'art, exécutée avec beaucoup de soin. C'est vraiment la première figurine qui mérite le nom de belle parmi celles que j'ai jusqu'à présent passées en revue'. L'animal est solidement campé en arrêt sur ses quatre pattes, l'arrière-train un peu baissé ; il dresse la tête, dresse les oreilles et ouvre la gueule toute large ; sa queue se retrousse et les soies se sont liérissées tout le long de son épine dorsale. Tout le corps est couvert de poils durs, librement indiqués par le burin. Les formes sont nettes, vigoureuses et justes, sauf le groin qui est très maladroitement figuré. Il est fâcheux que la douille destinée à recevoir la hampe de l'enseigne traverse la plinthe et vienne s'appliquer sous le ventre de la bête, qui sans cela serait beaucoup plus légère et d'aspect plus décoratif. Telle qu'elle est, l'œuvre a du mouvement, de la vie et de la vérité, trois qualités nouvelles dont jusqu'à présent les bronziers de ce pays semblaient peu susceptibles. Du reste, il ne peut y avoir d'hésitation ; l'objet est bien de fabrication espagnole. Ce détail de la gueule ouverte, sur laquelle je reviendrai, est une preuve presque certaine ; mais je ne dis pas que la date de l'enseigne ne soit pas beaucoup plus récente que celle des ex-voto (PI. V, n" 6).

Parmi les autres animaux de bronze, j'ai noté trois béliers: l'un, qui est au Musée de Madrid, a été trouvé dans la région de Ségovie ; il est tout à fait barbare et difforme et n'a d'intéressant que la façon dont la laine est indiquée par le burin (Fig. 3^7) ^ L'autre, de la collection Vives, est plus mauvais encore, s'il est possible ; son corps est bas et long, son cou démesuré, son museau trop pointu, et les poils de la laine ne sont pas indiqués sur la peau lisse. Entre ses pattes de devant,

1. N" loS.'iQ. Voy. Museo Espagnol de dans les environs, sur le Icrritoiro de Corral Antigiiedades, t. II, p. gi, Ensenas rotna- del lioyo, quatre urnes cinéraires et des idoles nas del Museo arqueolngico nacional (D. de bronze en forme de cerfs, etc., le tout dé- Fernando Fulgosio). Hauteur o'>',i6. couvert dans des ruines en 1791.

Gean-Bermiidez (^Sumario, p, Sg) signale a. N" 3071.

à Alcala de Gisbert (Castellon), ou plutôt

LES FIGURINES DE BRONZE

sur le socle, M. Mélida a fait remarqner qu'il se trouve un objet, probablement symbolique, semblable au lotus (Fig. 35o)'. Le troisième est

FiG. 347-351. — Animaux de bronze. (Provenances diverses.)

assurément le meilleur, bien qu'il soit encore fort médiocre ; il se trouve

I. Collection Vives, Re\>ista de Archivas, 1900, p. i6a, pi. VIII, n" 5o. Hauteur o'",o55 Provenance inconnue.

LES FIGURINES DE BRONZE

au Musée provincial de Burgos, où il est donné comme provenant de Sasamon. La laine est indiquée pardes ondulations qui cerclent le corps ; la tête est levée et l'animal semble bêler. Les pattes surtout sont mauvaises, courtes et massives, en forme de piliers.

La chèvre pouvait difficilement faire défaut à la collection ; c'est un animal qui devait se plaire autrefois comme aujourd'hui dans les sauvages sierras. Joachim Costa, dans ses Estadios ibéricos, parle de petits ex-voto en bronze représentant des chèvres, et en particulier d'une chèvre découverte en i885 au couchant de Caceres et qui appartenait au marquis de Castro Fuerte. Celle-là n'était peut-être pas une œuvre ibère, car elle. portail une inscription lalina. Cependant il la rapproche de deux figurines trouvées en Alemlejo et que les figures 353 et 354 reproduisent d'après M. Carlailhac. On voit qu'elles sont d'un travail assez poussé, sans être de formes bien naturelles. Ce qui a surtout occupé l'artiste, c'est la représentation des longs poils au moyen de traits incis. On ne devine pas trop pourquoi les pattes de la 2)remière sont ainsi prolongées et réunies \ Je me demande d'ailleurs s'il faut avoir une absolue confiance dans les dessins de M. Cartailhac, car M. Lcile de Vasconcellos a donné les mêmes images dans 0 archeologo Português (V, p. 299, 3o6, Fig. 4 et 5), et les figurines y apparaissent beaucoup plus grossières. Il y en a ajouté une autre (p. 298, Fig. 3) dont les pattes sont aussi posées sur

Fig. .H53 el 354. -

bronze. (Alemlejo.)

I. J. Costa, Estudios ibéricos, p. xxxii ; E. Carlailliac, Ages préhislori</ues, p. 3oi, fig. 433, 434. L'auteur, dont le texte manque un peu de précision, dit que ces chèvres se trou>ent « dans les Musées d'Evora et de Lisbonne », et qu'on en a trouvé deux d'à peu près semblables dans une sépulture de l'AIcm-

tejo. Les vaches de Câcercs sont des ex-voto à la déesse Adsegina. \oy. Corpr Insc. Lat., H, supl. n" 0298 et 5299; cf. O archeol. português, V, p. 299. Je no serais pas étonné, d'ailleurs, que ces figurines ne fussent plutôt préhist<iri(jucs qu'ibériques.

LES FIGURINES DE BRONZE

quatre liges réunies par en bas ; les cornes manquent, et l'on dirait un chevreau plutôt qu'une chèvre. Dans le même article figurent encore deux bronze, l'un, provenant de Redondo, ressemble à un bélier plus

qu'à un bouc, si l'on considère la toison, mais la barbiche ne laisse aucun doute (Fig. 355) ; l'autre représente bien une chèvre ; sur son corps très primitif sont gravés des zigzags, un losange et des ronds, d'un très maladroit et très rudimen taire système géométrique. Il a été trouvé en 1886 à Santa Cruz (concelho d'Almodovar) (Fig. 356). Enfin, M. Leite n orr » acfi n .-. u j. • • dc Vasconccllos sigualc au Cabinet

Fig. 355 et o5o. — Petits bronzes d origine o

lusitanienne. numismatique de la Bibliothèque

Nationale de Lisbonne deux autres figurines, dont l'une est semblable au bouc de Redondo et dont l'autre, plus petite mais de même Style, a une tige fixée sur le dos ; cette dernière provient de Beja.

Le faon apparaît une fois à Madrid. La statuette, trouvée à Puente- Genil, a ceci de très particulier que sa tcte est en argent, tandis que le reste du corps est en bronze ; le corps est de forme très peu réelle ; les jambes, retournées en -avant, sont trop courtes; l'animal est ithyphal- Irque (Fig. 349)'.

C'est aussi de Puente-Genil que provient la très curieuse panthère de bronze incrustée d'argent qui, de la collection de D. Rafaël Moyano Cruz, est passée dans celle de M. Vives. Les petites plaques d'argent indiquent les taches du pelage de la bête fauve ; les parties de bronze étaient peutêtre dorées. J'avoue qu'il y a dans mon esprit quelques doutes sur la légitimité de cet objet si nouveau en Espagne ; mais je me souviens néanmoins que les Ibères ont connu l'art d'incruster métal sur métal ;

I. N^SSoi. Signalé par M. Mélida, Collection Vi\'es,AAmRevisla de Archivus, 1900, p. 1O2.

LES FIGURINES DE BhONZE âOQ

les publications récentes de M, Heuzey prouvent que l'Orient a aimé ce procédé aussi bien que l'Egypte et la Grèce mycénienne, et il se peut fort bien qu'un imagier d'Espagne en ait voulu faire son profit (Fig.348)'.

La planche V, n° 5, représente probablement un chien, la queue retournée en trompette et faisant anneau. L'animal est couché, à moins qu'il ne soit au contraire lancé au galop ; l'objet servait à quelque usage tout en restant décoratif^ ; la figure 35 1 est l'image d'un petit animal difficile à identifier, peut-être une taupe, pelotonné sur lui-même '.

Enfin, les rudes artisans dont l'aiuvre passe sous nos yeux n'ont pas négligé de représenter des animaux chimériques. En particulier il y a en grand nombre dans toutes les collections de petits bronzes qui représentent deux têtes et avant-corps de taureaux ou de vaches accolés en sens inverse ; j'ai photographié à l'Ayuntamiento de Palencia un mélange analogue formé de deux protomes sommaires de chevaux (Fig. 353) \

Cette multitude de figurines a un trait commun, qu'ont aussi les statuettes d'hommes ou de femmes : elles sont d'un style lourd et d'un faire rond et mou. Ce qui domine, c'est une absence presque complète d'observation ; la nature est pour tous ces fabricants sans originalité comme si elle n'existait qu'à travers des apparences vagues. Ils se contentent et contentent leur clientèle au moyen de vieilles formules routinières ; ils ne cherchent à perfectionner ni la forme de leurs modèles, ni la technique de leur métier. Bien rarement ai-je pu constater quelque velléité d'art et

I. J.-R. Mélida, Revista de Archivas, 1897, p. 874, pi. XI ; 1900, p. 161, pi. Mil, n" 49. Hauteur o'",o3i.

a. Musée de Madrid, n» 8091 (collection Miro).

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