MINERVE IBÉRIQUE
STATLETTE DE DKOK/E Df l.A COLLECTION VIVES, A MADHID
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LES FIGURINES DE BRONZE
court et la maladresse technique, comme le raccord dés deux pièces coulées à part qui constituent la statuette, sont autant de témoins irrécusables. Un document de ce genre nous fait saisir et comprendre avec une extrême netteté les procédés et la valeur de cet art d'imitation.
Les Romains, que les Ibères ont connus plus tard, n'ont pas mieux inspiré leurs imitateurs ; les exemples qui prouvent ce fait ne sont pas rares. Le plus typique est peut-être une figurine provenant de Gampo de Griptana (province de Giudad Real), qui appartenait en 1897 à D. José J. Sanchez Villacanas. M. Mélida, qui l'a publiée avec beaucoup de soin, veut y reconnaître un peson de balance romaine à cause de la bélière placée au-dessus de la tête, et où sont encore attachés deux maillons de chaîne ; mais plus simplement on peut la qualifier d'amulette. M, Mélida croit que le personnage pourrait être une divinité ibérique analogue au
Cabire médecin; mais l'ingéniosité subtile de ses observations ne m'a pas convaincu. Pour moi, l'attitude du personnage, qui de chacune de ses mains bouche une des ouvertures naturelles par où peuvent sortir des sons du corps humain, prouve sans doute possible que l'idole n'est autre chose que l'image du double masculin d'Angérona, une sorte de succédané du petit dieu du silence, Ilarpocratc. G'cst là une figure dont l'idée et le culte ont été certainement importés en Espagne par les Romains. Les représentations d'Angérona et de son parèdre mâle sont fréquentes', et M. Mélida en cite même un spécimen de provenance inconnue au Musée archéologique de Madrid ^ Gomme, d'autre part, le bronze de Griptana
FiG. 36 r. — Figurine ibérico-romaine do Gampo de Griptana.
I. Voy. par ex. Salomon Reinach, Clarac. de poche, II, p. 487.
a. No 9609. Le chanoine Lozano a donnd le dessin d'une Angérone dans son Histoire
de Juinilla et dit que la figurine a été trouvée dans cette ville même. La mauvaise image ne permet pas de juger le stylo.
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ne peut être qu'ibérique, à cause du caractère lourd et maladroit du modelé et de la facture — il nous est difficile maintenant de nous y tromper — il faut bien admettre que l'objet n'est que la traduction espagnole d'un objet importé, d'un modèle romain. Et force est de constater que les exemples d'un art arrivé chez les conquérants à un développement très raffiné n'ont eu sur l'art des vaincus qu'une influence très médiocre. A supposer même que les objets introduits en Espagne n'aient qu'une valeur secondaire d'industrie d'exportation, ce qui n'est pas toujours exact, comme en font foi de fort jolis bronzes conservés à Madrid et ailleurs, du moins ces objets étaient-ils infiniment supérieurs aux lamentables ébauches du genre de l'idole de Gulina, et celte idole, en somme, n'est pas très inférieure à l'amulette de Campo de Criptana, avec ses mains et ses bras énormes et difformes, son torse court, ses jambes tordues (Fig. 36i)'.
Une petite image d'Amour ailé ne nous réconcilie pas avec cet art d'imitation (Fig. 362) ". Le petit dieu qui a si délicatement inspiré l'art classique, et dont la figure est une de celles qui rendent les plus attrayantes par leur charme et leur grâce les collections de terres cuites et de petits bronzes, est devenu sous les doigts du modeleur ibère une sorte de gnome plus large que haut, à l'air effaré et grotesque. Je ne sais trop ce qu'indique la tige placée sous sa main droite ; c'est peut-être tout simplement une détestable représentation de la massue d'Hercule. Le bonnet en tronc de
Fig. 363. — Amour ibérico-romain.
(Musée de Madrid.) cônc est sans doulc une adjonction de
l'auteur au modèle qu'il avait sous les yeux
ou dans l'esprit ; on sait le goût des Ibères pour ces hautes coiflures.
Peut-être aussi s'est-il fait chez l'auteur une confusion facile entre
quelque image de Dioscure enfant et celle du jeune Eros.
1. J.-R. Mélida, Revista de Archivas, a. Musée de Madrid, n" 2667, legs Saavedra.
1897, p. i5o, D ; pi. VI, n» a. Hauteur, II existe uneautrc slalucltedu môme type, sauf
o»",o8; poids, 83 grammes. que la tète n'est pas surmontée du bonnet.
LES FIGURINES DE BRONZE
FiG. 3()3. — Victoire ibéricoromaine d'Alcobaça.
C'est aussi une très laide et très maladroite imitation d'un joli sujet hellénistique, cette petite Victoire debout sur une boule et levant de la main droite une couronne, dont M. Leite de Vasconcellos a donné une image ; elle a été trouvée en Portugal, à Alcobaça, comme le chien blessé que j'ai déjà décrit ; mais quelle diflerence entre les deux objets!
Ici, à supposer que l'image soit fidèle, il faut quelque bonne volonté pour reconnaître la déesse légère, ailée, délicate qui dut servir de modèle au rude fondeur espagnol (Fig. 363 ').
La vue des trois figurines ibérico-romaines que je connais encore est un peu moins pénible.
N'étaient le visage, où les traits sont mous et indistincts, le cou, dont la forme rappelle celui du cavalier de la figure 278-379, l'imprécision anatomique des bras et du torse, et cette négligence du fini et de la finesse que j'ai si souvent reprochée à nos fabricants de bronzes, le personnage tenant une patère que je publie après M. Mélida aurait pu passer pour une œuvre romaine (Fig. 36/|)^. Le geste, aussi bien que le costume — une cuirasse par-dessus une tunique qui dépasse en jupon — rappellent de nombreuses statues et statuettes trop connues pour qu'il soit utile d'y insister.
La seconde statuette est un peu meilleure, sans être vraiment bonne.
Bronze de la
collection Vives.