III. Des distributions de blé. — Leur histoire
IV. Leur établissement définitif. — Leur réglementation. — Quel était le nombre des indigents?
Qu'étaient devenus les colons expulsés de leurs terres par la convoitise des grands et Fusure des chevaliers?
Rome, comme toutes les capitales dans lesquelles la vie afflue aux dépens des provinces, exerçait sur tous, riches et pauvres, une attraction invincible. Pour le riche, c'était le luxe et les plaisirs^ pour le pauvre, le remède à ses maux et la réparation des torts qu'il avait subis. Aussi de toutes parts, des provinces, de l'Italie, on accourait à Rome.
créanciers)^ les lois contre l'mure^ les colonies militaires^ et, surtout dans le principe, les lois agraires. D'autres institutions s'adressent bien aux indigents, mais elles émanent de simples particuliers; ainsi le patronage^ qui à cette époque se résumait en la sportule^ aumône en argent ou en nature que le patron distribuait aux clients qui venaient chaque matin mendier^ à sa porte*. ' On pourrait peut-être voir un secours public dans Texemption d'impôts que le Sénat accorda au peuple après l'expulsion des rois, pour l'exciter à se défendre vaillamment contre Porsenna et les Tarquins. Tite-Live, en eifet, après avoir dit que les impôts levés furent les droits d'entrée et les contributions pour la guerre, prend soin de nous faire remarquer que par plèbes il entend seulement les plébéiens pauvres, car il ajoute : a Ut divites con ferrent^ qui oneri ferendo essent^ pauperes satis stipendii pendere si liberos educarent-, » Il désigne donc clairement les prolétaires, c'est-à-dire, selon la division du roi Servius, la sixième classe du peuple.
Mais la seule institution qui se rattache véritablement à l'administration des secours publics, est celle des distrihutions de blé. De tout temps les édiles avaient été chargés à Rome de l'administration intérieure de la ville et de tout ce qui regardait l'alimentation. Plusieurs fois ils vendirent au peuple, à bas prix, du blé ou d'autres
\. Dezobry, Rome au siècle d'Augvste, tome I, leHie X. 2. Tit.-Liv., Il, 9.
HISTOIUE. 49
denrées. La première distribution de ce genre remonte à l'année 260 ou 2981.
Quelquefois même les riches, voulant arriver aux honneurs et flatter le peuple, firent des distributions gratuites-, mais ces secours extraordinaires venaient à d'assez longs intervalles et n'apportaient aux indigents que la subsistance de quelques jours.
Ce n'était point là évidemment des secours publics réguliers.
Ce n'est que dans L'année 630 qu'ils furent établis par une loi d'une manière permanente.
Les Gracques avaient voulu venir au secours de cette plebs rustica^ qui s'en allait, dévorée par des guerres continuelles et dépossédée par les grands. Mais elle n'était pas là, au Forum, pour les soutenir et voter les lois qu'ils proposaient. Ils étaient obligés de s'appuyer sur la plèbe de Rome, la plebs iirbana^ qui n'avait ni les mêmes vertus, ni les mêmes désirs; et, sans doute, tout en réclamant très-haut, elle se souciait peu de quitter les spectacles du cirque et l'oisiveté souvent bien payée du Forum pour aller cultiver la terre sur les frontières menacées par l'ennemi.
Caius Gracchus, esprit plus politique que son frère aîné Tiberius, le comprit, et il voulut intéresser le peuple de Rome à ses vues en proposant, en 628, la loi Sempronia. D'après cette rogation, les pauvres de Rome devaient recevoir du blé à 5/6 d'as le modius (8 lit. 67 pour environ fr. 07).
En 630, la loi fut votée. Mais elle ne dura pas plus que le tribun qui l'avait proposée, et la mort de Caius,