‹ Essai sur l'esprit musical (volume 2)Chapitre 32 sur 80 · HOO · texte numérisé non relu

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ESSAI SUR LESPllIT MUSICAL

qui les ont fail naître. Et cela n'aurait lien que de très naturel.

Supposez, par exemple, que je compare nn élat psychologique à nne chose matérielle, soit la dureté du cœur à celle du marbre, et que, dans une pièce de vers, au lieu d'énoncer les deux termes de la comparaison, je n'énonce que le dernier. Les naïfs ne comprendront pas ce que j'aurai voulu dire. Beaucoup de gens raisonnables seront à peu près comme eux. D'autres, plus malins, flairerotit une ruse. Ils se diront que la chose énoncée n'est que le terme d'une comparaison par delà lequel il faut aller chercher l'autre terme. Et comme à un même objet matériel ou .à un même attrihut d'objet peuvent se comparer divers états de l'àme, la recherche de l'autre terme ne sera jamais sans péril d'erreur. Nous ne garantissons pas que nos symbolistes du temps présent procèdent toujours ainsi. Il est certain toulefois qu'un poète, dont l'habilude serait de procéder ainsi, aurait quelque droit à être appelé symboliste. Et l'on ne saurait contester que l'emploi d'une telle méthode, même fût-elle contraire à l'essence de la vraie poésie, ne parvînt à jeter un peu plus de lumière sur les vertus suggestives de la mélodie et sur l'étendue de ce qu'en dépit de l'impropriété du terme, ni nous, ni d'autres, j'en ai peur, n'empêcherons qu'on ne continue d'appeler le pouvoir « d'expression » de la musique.

Pas plus qu'il n'est de musique expresï>ive d'états définis de l'àme, il n'est de musique descrqitive. L'une suggère des images psychiques, l'autre suggère des images visuelles. Nous avons montré ailleurs qu'une même mélodie peut suggérer des unes et des autres, alternativement. Il n'est pas nécessaire d'intituler une symphonie « pastorale » pour disposer la fantaisie de l'auditeur aux images champêtres. Il n'est pas suffisant, non plus, de lui donner ce lilrc ])otn' éveiller chez tous des images pitloresqnes. Cela dépend des individus et du tour (rimaginaliou (|ui leur est habilucl.

N'insistons ])l(is sur celh^ pai'tie 1res itnporlanlc cl 1res riche de l'estliélique musicale. Elle n'en est (pi'uuc provinco. C'est une vaste province cl où il i'aiidra loiijours cr.iindr(> de s';i\cnliircr. lanl que la |)s\ chologifî n'aura |)as altorih'

LES CONDITIO.NS OlJJEGïlVES DE L'ESPIUT MUSICAL 301

l'étiule des correspondances {''inolio un elles et sensorielles. Ici encore la PsyclioIo[;ie musicale peut avertir la Psyclio!of!;ii' généiale. Quand celle-ci aura prolilé de ses avei'lissemenls, elle profitera de ses inlbrmalions.Mais elle doit les altendre '.

Nous avons terminé notre tâche. Il entrait dans notre dessein de déci'ire les tondions musicales de l'homme sous leur aspect le plus général et de les suivre jusqu'au degré passé lequel on se dislingue du commun des hommes par une finesse spéciale du sens et de linlelligence. C est Y auditeur et non l'amateur que nous avons questionné, observé, analysé. Nous avons mis à profit pour cela notre expérience, une longue expéi'ience, l'expérience de presque toute une vie. Nous avons conscience d'avoir fait le possible pour éviter l'omission ou I erreur. Nous sommes trop avancés dans la vie pour savoir que ces précautions ne sont jamais infaillibles. Aussi notre dernier mot sera-t-il un franc appel à la discussion et à la critique.

1. Il sera curieux de constater, pour le cas où l'avenir donnerait raison à notre tlicse, que cette idée de la " musique expressive des rythmes passionnels » a été indiquée, pour la pi'emière fois, par M. Fei'dinand Brunetiére dans sa neuvième leçon sur VÊvolution de la Poésie hjvique. Peut-être lui a-t-elle été su::Kérée pur de féconds aiticles de Baudelaire dans le recueil iniitulé : L'Avl romantique. En tout cas, la formula est de M. Brunetiére, et sou droit de pro|iriété nous paraît on ne [teut plus indiscutajjle.

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