‹ Essai sur l'évolution des cérithidés dans le mésonummulitique du bassin de ParisChapitre 21 sur 50 · RAMEAU DU CERITHIUM TRICARINATUM LAMARCK · texte numérisé non relu

RAMEAU DU CERITHIUM TRICARINATUM LAMARCK

J'ai insisté longuement, dans une publication précédente!', sur les faits d'évolution intéresants que nous montre le Cerithium tricarinatum Lamx.; je pourrai donc être bref à ce point de vue: mais j'aurai à compléter mon premier travail par l'exposé d'un certain nombre d'observations faites depuis lors.

J'avais distingué les formes suivantes :

10 Potamides tricarinaltus LAMK., type, caractéristique du Lutétien supérieur (Grignon, Houdan, Vaudancourt).

20 Potamides tricarinalus LAMK. mut. crispiacensis Boussac. -aractéristique de l'Auversien (sables de Beauchamp et de Mortefontaine, Bois-Gouët).

3° Potamides tricarinatus LAMK., mut. arenularius Mux.-Cu.. caractéristique du Bartonien (zone de Montagny et sables de Cresne).

4° Potamides tricarinatus LaAMKk.. mut. vouastensis Mux.-Cu.. caractéristique du Ludien (le Vouast, Quoniam, etc.).

Dans la forme typique (pl. XI, fig. 1), les premiers tours montrent, sitôt après le stade embryonnaire, une carène antérieure et un mince filet granuleux postérieur; sur la carène se dessinent peu à peu de petits tubercules arrondis, à chacun desquels correspond un granule du filet postérieur. Les deux rangées augmentent régulièrement, en restant dans les mêmes proportions, et on voit bientôt

1. JEAN Boussac. Première note sur les Cérithes. Revision du groupe du Potamides tricarinatus LAMK. B. S. G. F., 20 novembre 1905 ; (3), V,p. 669-678, pl. XXIV et XXV.

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s'intercaler un second filet granuleux, médian, qui arrive, chez l'adulte, à égaler Le filet postérieur.

La base du dernier tour montre deux carènes, très rapprochées, coupées par les stries d’accroissement; le labre est proéminent en avant, sinueux en arrière, et présente trois sillons internes, correspondant à chaque carène. Le sillon postérieur est bifurqué. Le canal est court, profond, légèrement tordu dans la direction du dos ; il y a un pli à la columelle.

Il existe une variété sur laquelle on voit, autour du quinzième tour, la carène prendre un grand développement, Les tubercules se comprimer et s’espacer, fermant comme des dents de scie, en même temps que les granules des cordons postérieurs s’effacent plus ou moins (j'ai figuré cette forme, dans l'ouvrage précité, pl. XXIV. fig. 2). Le phénomène s’atténue ensuite, et les derniers tours reprennent une ornementation normale. Nous avons là une variation que nous trouverons beaucoup plus accentuée dans les formes des niveaux supérieurs.

Cerithium tricarinatum Lamk. existe dans le Lutétien du bassin de Paris et dans l’Auversien du Cotentin, à Fresville : même dans certains gisements auversiens du bassin de Paris, à Ducy, par exemple, on trouve encore des échantillons qui s’en distinguent bien diflicilement.

Dans l’Auversien, nous avons affaire au crispiacense Bouss., ainsi appelé du nom de la localité de Crépy-en-Valois, où il se montre particulièrement abondant et avec toutes ses variétés. Le jeune (pl. XIE, fig. 22), immédiatement après le stade embryonnaire, s'orne d'une carène denticulée, mais qui ne porte jamais de tubercules arrondis comme dans le type lutétien, et qui reste toujours à l’état de carène tranchante ornée de denticules aigus. En même temps apparaît une rangée postérieure de granules, toujours beaucoup plus fine que dans C. tricarinatum Lam. Dans la forme considérée comme typique (pl. XIT, fig. 2), ces ornements restent dans les mêmes proportions jusque dans l'adulte Les caractères de l'ouverture sont les mêmes que ceux du type. IL y a aussi dans cette espèce une variété dont les premiers tours sont typiques, mais où l’on voit. aux environs du quinzième tour, la carène antérieure prendre un grand développement, ses denticules s’espacer et les rangées granuleuses secondaires s'effacer (pl. XIL. fig. 4); le phénomène s’atténue ensuite et les derniers tours ont une ornementation normale. Chez d'autres échantillons de la même variété, la modification commence un peu plus tôt et finit un peu plus tard, de sorte qu'une beaucoup plus grande partie

de la coquille est modifiée (fig. 5) ; chez d’autres enfin (fig. 14), la coquille entière, sauf les tout premiers tours, est atteinte. et l’adulte n’a plus comme ornements qu'une carène antérieure tranchante et à denticules espacés, formant comme des dents de scie. Le grand développement de cette carène donne à la coquille un aspect plus large.

C. tricarinatum Lamk. mut. crispiacense Bouss., se trouve dans de très nombreux gisements auversiens du bassin de Paris ; il existe incontesté au Bois-Gouëêt. Enfin, il y a dans le Cotentin, à Fresville, des échantillons qui s’en rapprochent beaucoup (pl. XII, fig. 3) et qui diffèrent comme lui du C. tricarinatum Lamx. type par leur ornementation plus fine et plus aiguë. |

Dans le Bartonien, les formes sont beaucoup moins granuleuses : on a affaire au C. arenularium Mun.-CnaL. (pl.XIT.fig. 6-7); Les granules sont très effacés : la carène antérieure a des tubercules peu aigus et presque égaux aux granules de la rangée postérieure ; la rangée médiane est ordinairement à peine indiquée, et souvent a disparu. Comme dans l'Auversien, on trouve une variété où la carène se développe en dents de scie, et la modification naît aussi autour du quinzième tour (fig. 8 et 9). Enfin, j'ai déjà montré longuement comment apparaît, et toujours au même âge, une tendance à l'effacement des granules, qui peut affecter, soit surtout la pointe, soit surtout l'adulte (fig. 7). Ce sont ces formes lisses qui sont les plus caractéristiques de la zone bartonienne

Les échantillons du Ludien ont ceci de particulier que tous, sans exception, ont les quinze ou vingt premiers tours lisses, avec une carène antérieure tranchante : c'est la mutation vouaslense Mux.-Cu. J'ai déjà décrit ces formes en détail (Loc. cit., p. 675-676, pl. XXV, fig. 17-24). L'embryon est paucispiré. Les premiers tours sont munis d'une carène lisse et tranchante : à la limite antérieure, tout contre la suture, on voit bientôt apparaître une carène extrémement fine : c'est la variété unicarinata (pl. XI, fig. 11) ; dans la var. bicarinata, la suture est bordée de chaque côté par une fine carène (fig. 10).

Au bout d'un grand nombre de tours, la carène principale devient dentelée et tuberculeuse ; en même temps, dans la variété bicarinata, la carène postérieure devient granuleuse, et dans la variété unicarinata, une rangée de granules se montre à la place de la carène absente. Il n'y a pas de rangée médiane. Les caractères de l'ouverture sont toujours les mêmes que ceux de C. tricarinatum LaAmKk.

Comme dans tous les autres niveaux, nous trouvons des varié-

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tés ; dans l’une, la carène reste lisse dans l'adulte (loc. eit., pl. XX V, fig. 19). Dans une autre, la même que celle qui a déjà été vue dans tous les niveaux inférieurs, la carène devient très tranchante, avec des tubercules aigus et comprimés en dents de scie (pl. XIT, fig.12). J'avais décrit une variété (loc. cit., pl. XXV, fig. 21) où les denticules s'espacent beaucoup plus que dans le type ; ce caractère peuts’exagérer encore davantage, comme le montre la fig. 13. On trouve aussi une forme où les denticules s’effacent sur les derniers tours, en même temps que la carène postérieure se développe presque autant que l’antérieure (fig. 20) : ce processus rappelle celui qui a donné C. mixtum DErr. dans l'Auversien, et dont nous allons bientôt nous occuper. Enfin il y a des échantillons où l’on observe le dédoublement de la carène principale, ce qui donne alors une variété calenata, comme dans les niveaux plus anciens.

En résumé, nous avons quatre formes bien distinctes, et s'échelonnant dans le temps ; elles présentent des variations parallèles à leurs niveaux respectifs, ce qui nous fait supposer qu'elles ont des hérédités communes ; elles semblent toutes dérivées du Cerithium tricarinatum LaAmx., dont elles sont des mutations ’.

Si on jette un coup d'œil d'ensemble sur la série, on constate que l'ornementation n'est pas seule à évoluer ; la forme des tours varie également ; la carène principale, située très en avant, presque contre la suture dans les formes lutétiennes, se déplace peu à peu en arrière, etest presque au milieu des tours dans la mutation vouastense Mux.-Cu.

Nous allons maintenant nous occuper. non plus du rameau même, mais d'un certain nombre de formes qui s en sont détachées au cours de son histoire.

J'avais figuré, dans ma première note (pl. XXIV, fig. 10), un échantillon que j'avais considéré comme un C. crispiacense Bous., montrant dans l'adulte des rangées de granules arrondis ; ce dernier trait est vrai, mais il s’agit en réalité d'un Cerithium mixtum DEFRANCE, qui a gardé jusque dans un âge assez avancé la forme des tours et l'ornementation du C. crispiacense Bouss. Cet échantillon est reproduit ici, pl. XI fig. 15; il nous montre. à l'évidence,

1. Je ne suis plus aussi sûr que C. vouastense soit bien une mutation ludienne, c’est peut-être une espèce spéciale, La collection de la Sorbonne en possède deux échantillons, étiquetés comme provenant, respectivement, du Lutétien de Maule et de Braime. M. Pezant m'en a montré un qu’il m'a dit avoir ramassé lui-même dans le Lutétien de Vaudancourt mais cet échantillon avait un faciès tont différent de ceux qu'on trouve à Vaudancourt, Entin la collection de la Sorbonne en possède un exemplaire étiqueté comme provenant de l’'Auversien de Mont-Saint-Martin. Mais aucun de ces faits n’a un caractère de certitude.

EN

que CG. mixtum Derr. dérive de C. crispiacense Bous. Le processus qui lui a donné naissance est le suivant : la rangée postérieure de granules se développe peu à peu dans l'adulte, de façon à venir égaler la carène antérieure, dont les denticules se serrent, au lieu de rester espacés, et constituent un cordon granuleux, tout comme la rangée postérieure ; la rangée médiane peut, ou non, suivre le mouvement. Le phénomène se produit plus ou moins tôt, parfois sur les derniers tours seulement, et reste à l’état d'ébauche, comme dans l'échantillon précité, d’autres fois il se produit dès l’âge moyen; mais les premiers tours sont toujours identiques à ceux de C. tricarinalum LaAmKk. mut. crispiacense Bouss. : les figures 16 et 17 représentent deux jeunes échantillons d'Ézanville qui le montrent bien, et où l’on voit, sur les derniers tours. la rangée postérieure qui commence à s'élever. Les caractères de l'ouverture sont aussi les mêmes, avec une différence cependant : par suite du développement de la carène postérieure, les tours sont plans, et n'ont plus de saillie à leur partie antérieure : l'ouverture, vue de face, sera done plus rectangulaire ; mais l'avancée de la partie antérieure du labre est toujours ia même (fig. 18) ; et la dénivellation du plafond de l'ouverture contre le canal, accentuant la saillie de ce dernier, est très visible, mais pas plus que dans C. tricarinatum Lamx. Ce n'est pas là un phénomène constant, bien que M. Cossmann l'ait considéré comme caractéristique de cette dernière espèce et du sous-genre Potamidopsis.

Cerithium mixtum est tout à fait caractéristique de l’Auversien ; il est extrêmement variable, et toutes ses variétés ayant été décrites par Deshayes, je n'y reviendrai pas : en dehors du bassin de Paris, où on le trouve dans de nombreuses localités auversiennes, il existe dans le Cotentin, à Fresville (fig. 19); l’échantillon figuré possède un grand nombre de tours semblables à ceux du C. tricarinatum Lamk., mais on voit sur les derniers la carène postérieure commencer à se développer, montrant qu'on a affaire au C. mixtum Defr.; M. Cossmann l'avait cité déjà à Hauteville (Catalogue illustré, IV, p. 69), mais dans sa monographie il n'en parle plus.

Dans le Bartonien, Cerithium trivittatum DEsHAYES en est sans doute une mutation ; les types figurés de Deshayes, reproduits pl. XII, fig. 23 et 24, montrent que les tours étaient carénés dans le jeune âge ; les tours adultes ont une surface plane et portant trois cordons longitudinaux simples, proéminents, lisses, égaux et également distants,

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Nous avons vu plus haut qu'on trouvait au Vouast, dans le Ludien, des échantillons (fig. 20), où se répète la modification qui a donné naissance à C. mixtum DErr. : les denticules de la carène tendent à se fusionner pour former des cordons continus, et la rangée postérieure lend à se soulever à la hauteur de l’antérieure. Tout se passe comme si la tendance à se transformer en C. mixtum DErR. s'était conservée chez les lointains descendants du C. crispiacense Bouss., donnant ainsi une preuve des relations de parenté qui unissent ces deux formes.

Nous avons dans l'Auversien une autre espèce qui dérive du C. tricarinatum Lamx., c'est le Cerithium Andrei Vasseur du Bois-Gouët (pl. XII, fig. 25, a). Cette jolie espèce ne diffère de C. tricarinatum LAMx. que par sa forme un peu plus courte, ses trois rangées granuleuses presque égales, tandis que la carène antérieure et le labre prennent sur le dernier tour un développement subit et extraordinaire. Certains individus du Lutétien du bassin de Paris ont une granulation (fig. 21) qui diffère bien peu de celle du C. Andrei VAss. et une carène bien développée sur le dernier tour; ils appuient l'hypothèse que ce dernier est dérivé de C. tricarinatum Lamx.

L'histoire de cet intéressant rameau est résumée dans le tableau suivant :

Bassin DE PARIS CoTENTIN | Bois-GouËT |

LUDnIEN mut. vouastense À

BARTONIEN | mut. arenularium C. trivittatum À

CC, MXN — + À C. Andrei AUVERSIEN mut. crispiicense ="; + 7 p— + | 2 2 Reise | var DE 1 A

LUTÉTIEN Cerithium tricarinatum |

RAMEAU DU CEÆRITHIUM LAPIDUM LAMARCK

Le nom de Cerithium lapidum a'été fait par be LAMARCK ! pour une espèce des « champs près de Grignon et des pierres des environs de Paris »; l’auteur signale ses rapports avec le C. cristatum, «mais les tours ne sont pas tranchants ou carénés dans le milieu. On voit à la place de la carène une rangée transversale de tuber-cules obtus à peines saillants. En outre, on observe sur les tours une multitude de côtes verticales arquées. » C'est donc la forme denticulée qui est la forme typique, et l'espèce a été mal interprétée par Deshayes ? et par M. Cossmann *, qui ont considéré comme typique la forme à tours lisses et convexes, qui n'est qu'une variété.

L'évolution de cette espèce est très simple et toujours la même. Les tours, dans le jeune âge, sont lisses et convexes, et s'ornent bientôt de deux petites carènes lisses, à peines saillantes (pl. VIL fig. 15); il arrive que, dans la forme typique, la carène antérieure se développe davantage que l'autre et devient légèrement denticulée (fig. 16); la carène postérieure persiste plus ou moins longtemps et finit par disparaître. Dans la variété, les tours deviennent lisses et arrondis, et les deux petites carènes, plus ou moins longtemps visibles, finissent toujours par disparaitre (fig. 14); il y a tous les intermédiaires avec la forme typique, et on rencontre fréquemment des individus qui sont carénés et denticulés jusqu'à un âge assez avancé, et dont les tours deviennent ensuite lisses et arrondis (fig. 17).

Cette espèce subit de nombreuses variations dans le Caleaire grossier: je n'en étudierai que deux, qui nous mèneront à deux formes importantes de l'Auversien : C. perditum BAYAN, qui persiste dans le Bartonien du bassin de Paris et qu'on trouve aussi au Bois-Gouët, et C. erroneum CossM., qui est localisé dans le bassin de la Loire-Inférieure.

Le C. lapidum LamK. est généralement étroit et allongé, presque cylindrique ; mais il y a aussi de nombreux échantillons plus courts et plus coniques. C'est ainsi qu’on trouve, dans le Calcaire grossier supérieur de Passy, des individus (pl. VIT, fig. 1) chez lesquels l'accroissement en largeur des tours est lent dans le

1. Mémoires sur les fossiles de Paris. Annales du Museum, II, p. 350; 1804 ; et VII, p. 242, pl. XILL, fig. 5a-b ; 1806.

2. Description des coquilles fossiles des environs de Paris. Il, p. 421-422, pl. LX, fig. 21-24; 1835.

3. Catalogue illustré des coquilles fossiles de l'Éocène des environs de Paris, IV, p. 66; 1889.

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Jeune et rapide dans l'adulte, ce qui donne à la coquille un profil légèrement concave.

Les tours sont ornés d’une cartne très obtuse, qui est la carène antérieure, et la postérieure se voit encore dans l’adulte, quoiqu’à peine saïllante; il suflirait que les tours soient un peu plus arrondis et dilatés dans l’adulte, et que la carène postérieure vienne à égaler l’antérieure, pour que nous ayons un C. perditum BAYAN typique, comme celui qui est représenté pl. VIT, fig. 11. Les échantillons de Passy forment donc un passage très net de €. lapidum Lamx. à GC. perditum Bay., et Deshayes, du reste, avait cité la derniére espèce à Passy ; mais J'ai pu voir les échantillons de Deshayes à l'École des Mines et m'assurer que ce n'était pas C. perditum BaY., mais une forme de passage telle que celle représentée fig. 1; il en est de même de l'échantillon de la collection Bezançon, provenant d'Éssômes, et cité par M. Cossmann (Cat., IV, p. 66); il est probable que c’est le cas aussi pour l'échantillon du Vouast de la coll. Chevallier.

L'évolution de C. perditum Bax., bien visible sur les photographies 7,8 et 9, est la même que celle de C. lapidum Lamx. La pointe est allongée, les tours nombreux, étroits et arrondis. Ils s’ornent bientôt de deux petites carènes,très constantes, un peu plus développées que dans C. lapidum ; ces deux petites carènes persistent souvent jusque sur le dernier tour, comme l'avait remarqué Deshayes. A partir d’un certain âge (fig. 7 et 12) apparaissent de petites côtes, correspondant aux stries d'accroissement, et qui produisent des denticules aux points d'intersection avec les carènes longitudinales. Dans l'adulte, ces côtes disparaissent ; il n’y a plus à leur place que des lamelles d'aceroissement, et en même temps les tours deviennent très arrondis, très dilatés, de sorte que le profil général de la coquille est d'ordinaire limité par deux lignes légèrement concaves vers l'extérieur.

Il existe à Nogent-l'Artaud une variété très allongée, dans laquelle l'évolution est facile à suivre, parce qu'elle se fait très lentement (fig. 7, 9, 12), et plus facile à comparer avec celle de C. lapidum LaAMx., à cause de la similitude de forme; on voit, en comparant les figures 15 et 9, combien cette évolution est semblable dans les deux espèces; enfin, le fait que nous trouvons les mêmes variations de forme est encore une autre raison de croire que C.perditum Bay. dérive de C. lapidum Lamx., dont il ne diffère que par l’égal développement et la persistance, dans l'adulte. des deux carènes longitudinales.

Cerithium perditum BAyAN est donc une mutation auversienne

du C. lapidum LamarcGK ; il persiste dans le Bartonien (Cresne). On le retrouve au Bois-Gouët (fig. 18); mais les échantillons figurés sous ce nom par M. Vasseur' et par M. Cossmann” en sont notablement différents et me paraîtraient se rapprocher plutôt du C. scalaroides DEsu.; du reste, M.Cossmann cite, dans son texte, des caractères qui ne sont pas ceux de cette espèce, mais ceux du C. scalaroides Des. C'est une forme très rare au Bois- Gouët, et je n'en ai pu trouver que deux échantillons, dont l’un est représenté fig. 18; elle est plus fréquente à Campbon.

On constate souvent, chez les très jeunes C. lapidum Lamx., en arrière des carènes, un troisième filet lisse postéro-sutural; la plupart du temps, ce filet disparaît avec l’âge ; mais d’autres fois il persiste et devient alors granuleux (fig. 10); c'est là, à mon avis. un passage très net au Cer. erroneum Cossm., du Bois-Gouët, que tous ses caractères rapprochent du C. lapidum Lamx., et qui en serait ainsi une mutation.

BASSIN DE PARIS LOIRE-INFÉRIEURE BARTONIEN + Le AUVERSIEN + CG perditum ——— —— +

î C. erroneum Ÿ pere \ var. VAT LUTÉTIEN \ À À C. lapidum

RAMEAU DU CZRITHIUM SCALAROIDES DESHAYES

Je ne connais pas les formes lutétiennes de cette série. Elle semble débuter dans l'Auversien par le Cerithium scalaroides Desx., qui est surtout très abondant dans les couches les plus sau-

1. G.Vasseur. Recherches géologiques sur les terrains tertiaires de la France occidentale. Paléontologie, pl. IL, fig. 67-70 ; 188r.

2. M. Cossmaxx. Mollusques éocéniques de la Loire-Inférieure, I, p. 177-178, pl. XIV, fig. 13, et pl. XV, fig. 6; 1898.

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mâtres (zone d'Ézanville, par ex.). Il est facile de suivre l’évolution de l’ornementation sur de jeunes échantillons bien conservés provenant de Beauchamp (pl. XV, fig. 44) ; on y voit, comme sur C. interruptum LamK. au même âge, les premiers tours très convexes ornés de deux cordonnets granuleux ; puis d’autres cordons apparaissent peu à peu en avant et en arrière des deux premiers: ces cordonnets sont croisés par des côtes courbes, fines, produisant des granules à leurs intersections avec les filets longitudinaux. L'ouverture est arrondie (fig. 45), le canal très court, à peine formé ; il existe une très légère gouttière postérieure : le labre est sinueux, un peu proéminent en avant.

Cette espèce, quoique peu variable, présente cependant une modification qu'il est intéressant de connaître ; on trouve parfois, et surtout à Ezanville, des échantillons où les côtes tendent à s'effacer, et en même temps les filets longitudinaux cessent d'être granuleux (pl. XV, fig. 43 et 46); on aboutit alors à des formes ornées de filets longitudinaux parfaitement lisses. On retrouve cette variété dans l’Auversien de l’île de Wight, à WhitecHiff Bay, dans la partie supérieure des couches de Bracklesham. à Nummulites variolarius Sow. (fig. 45).

Cerithium scalaroides Drsu. existe au Bois-Gouët. On ne le connaît pas dans le Cotentin.

Dans le Bartonien, on ne trouve plus le C. scalaroides Desu. typique. Les formes qui s’en rapprochent le plus : fig. 36 (Marines). 37 (Montagny). 38 et 39 (Cresne), ressemblent à l'échantillon représenté fig. 43; ils sont de petite taille, à tours très convexes. ornés de costules peu saillantes et de quatre cordonnets fins et aplatis, lisses ; mais les caractères de l’évolution et de l'ouverture sont toujours les mêmes. Il existe en outre des exemplaires pourvus d'une ornementation plus forte, mais toujours de même nature ; les costules sont plus saillantes, les cordonnets longitudinaux sont aplatis (fig. 27 et 40-42) et, en même temps, les tours tendent à devenir moins convexes : c’est alors le C. tetratænia typique de M. Cossmann (fig. 48); l'espèce, à ce niveau, est variable au suprême degré, et on trouve des variétés trapues (fig. 27 et 28), bien semblables au €. Bureaui CossMANx du Bois-Gouët (fig. 2), qui n'est certainement qu'une variété du C. scalaroides Desu. Je propose d'étendre le nom de C. tetratænia Cossm. à l'ensemble de toutes les formes du Bartonien, qui, bien que fort variées dans le détail, ont toutes en commun : la taille, les costules et les cordonnets aplatis, ceux-ci réduits au nombre de trois à cinq, enfin l’aspect fort peu granuleux.

6o JEAN BOUSSAC

Les mêmes variations exactement se reproduisent dans le Ludien, comme le montre la série du Vouast (fig. 19-26 et 29-35) que j'ai fait photographier; on y voit des formes encore très voisines du scalaroides DrEsx., d'autres représentant des C. tetratænia Cossm. typiques, avec tous les passages entre les deux ; là aussi nous avons des formes courtes et trapues et nous avons en outre, comme dans l'Auversien, des individus qui tendent à devenir complètement lisses et où les cordonnets longitudinaux eux-mêmes ont une tendance à s’ellacer.

L'histoire de la série n’est pas terminée dans le Ludien du bassin de Paris ; on en trouve des représentants de l’autre côté de la Manche, dans les couches moyennes de Headon, dans l’île de Wight; c'est le Cerithium ventricosum Sowergy. J'ai dit qu'on trouvait dans le Bartonien des échantillons de C. tetratænia Cossm. courts et trapus et qui n'avaient que trois cordons longitudinaux (fig 4); ces échantillons nous représentent l'ébauche de l'évolution qui a donné le C. sentricosum J. Sow. du Lattorfien du Hampshire, auquel ils ressemblent étonnamment. Ce dernier, dont j'ai fait représenter une bonne série (5-9), est toujours court et trapu, à tours très convexes, orné de costules courbes et saillantes croisées par trois cordonnets longitudinaux plus ou moins fins ; le cordonnet postérieur peut s'atténuer et mème disparaître (fig. 9).

BASSIN DE PARIS | HampPsuiRe | Bois-Gouër

LATTORFIEN (7, ventricosum

LuUDIEN

BARTONIEN C. letratænia — var. à

À 3 cordonnets

AUVERSIEN | Cerithium scalaroides - var. lisse —————+

ÉVOLUTION DES CÉRITHIDÉS G1

Cerithium ventricosum Sow. est. avec Cerithium concavum Sow., un des exemples les plus typiques de formes saumâtres dérivant d'espèces éocènes et persistant dans le Lattorfien du Hampshire malgré l'immigration de la faune oligocène.

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