‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 25 sur 115 · II. ATTENTION SECONDAIRE ET RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

II. ATTENTION SECONDAIRE ET RECONNAISSANCE

§ 8. — Passons maintenant de l'autre côté du rideau et analysons tout d'abord l'analogue psychique de la conservation cérébrale, la représentation et la reconnaissance.

Mais n'est-ce pas aller trop vite en besogne ? Dans le chapitre sur l'adaptation sensori-niotricc , nous n'avons reconnu à la conscience que le pouvoir de discerner les réactions motrices, en tant f[u*agréahles ou pénibles, et de les accepter ou de les repousser eu conséquence. Parler de représentation et de reconnaissance, n'est-ce pas sauter à pieds joints par-dessus le seuil de la conscience, où nous devrions reneoiilrer l?i présentation pure et simple, Taperception élémentaire d'une qualité sensible, couleur, saveur, etc. ? 11 faut, croyons-nous, se résoudre à ce saui. Les psychophysiologistes semblent bien s'accorder sur ce point que les sensations qui apparaissent les plus simples à notre conscience sont déjà des additions, ou pliilùt des combinaisons, d'éléments plus obscurs. Parmi les sensations de l'enfant, les premières en date, celle&

loo l'adaptation idéo-motrige

du goût, notamment, sont inséparables d'un arrièrefond de sensations musculaires et olfactives (i). Helmholtz(2) et Stumpf (3)ont démontré pareillement le caractère composite des sons les plus élémentaires. Une couleur simple est, de même, une abstraction ; eUe implique un double processus, chromatique et achromatique (4). Il est fort possible que, chez l'enfant, la coordination de ces éléments en une sensation cohérente soit précédée de processus subconscients dispersés. Mais c'est là un point de vue purement théorique. Nous sommes bien obligés, après avoir décrit, grâce à l'observation objective , le détail des conditions physiologiques des sensations, de ne parler des sensations mêmes de l'enfant qu'autant qu'elles sont déjà pour lui des états subjectifs comparables aux nôtres. Il est donc impossible de décrire, ou même de concevoir, l'invasion brusque de la conscience par un état d'une absolue nouveauté. Toute présentation est, à quelque degré, re-présentation, lonie connaissance est re-connaissance, toute aperception consciente est une synthèse opérée, en une simultanéité, de composants donnés à l'avance (5).

§ 9. — Il résulte de ce qui précède que représentation et reconnaissance sont inséparables. Une repré-

(i) Hœffding, ouvp. cité, p. i3o.

(a) Die Lehre ifon den Tonempfindangen, Brunswick, i863.

(3) Toripsychologie, Leipzig, 1890, p. 64 et suiv.

(4) Hblmholtz, Physiologische Optik, a* éd., p. 278 et suiv.

(5) Ces constatations s^appliquent aux expériences faites sur les aveugles-nés opérés de la cataracte. En eflfet, l'opération n'estréa- Usable que sur un sujet déjà riche de nombreuses expériences tactiles et musculaires et Ton s'explique ainsi que certains sujets

• opérés se disent touchés par la lumière. D'autre part, bon nombre de sujets n'étaient pas dépourvus, avant l'opération, de toute -sensibilité visuelle.

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