‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 33 sur 115 · LA SOCIABILITE II · texte numérisé non relu

LA SOCIABILITE II

dant (i) croit pouvoir affirmer que Tenfant, la nuit, reconnaît, par un accueil différent, le tour de main de sa nourrice ou celui de sa mère. Le fait est exact et très instructif ; mais il paraît difficile d*y voir, avec ce psychologue, ime « suggestion de personnalité », car Tenfant distinguerait pareillement deux machines à bercer différentes. Il n'y a, dans Fespèce, comme dans le cas de certains enfants qui ne s'endorment que dans leur berceau ou dans une demilumière, qu'un cas très précis d'adaptation sensorimotrice.

§9. — M. Baldwin, enrevanche, a bien vu que la répétition, en même temps que la variété des mouvements des personnes qui s'occupent de Tenfant, l'amène à différencier clairement ces personnes de tout le milieu ambiant. Très certainement, la femme qui l'allaite et le soigne devient la première, pour le nourrisson, un être à part bienfaisant, et formidable à la fois, tandis que le père, la mère même, si elle n'est pas nourrice, demeurent quelque temps des images sans intérêt. Presque tous les plaisirs et presque toutes les douleurs del'enfant ont pour antécédent immédiat lui mouvement de la nourrice. Or ces mouvements, malgré leur fréquence régulière, présentent de frappantes variations. La nourrice sourit ou gronde, donne du lait ou des drogues, caresse ou bouscule. Et il en est de même des expériences qui mettent peu à peu l'enfant en contact avec ses proches et les étrangers. Elles contiennent toujours, dans un cadre habituel, un élément d'imprévu et de contradiction. Aussi rien de plus expressif que la physionomie d'un enfant auquel le commerce d'iuie personne a valu des émotions

(i) Ouvr. cité, p. iio et 3o6.

Il8 ÉTUDE DE QUELQUES ADAPTATIONS

discordantes. Si le père, de retour au logis, est tantôt maussade, tantôt disposé à jouer, Faccueil de Tenfant sera visiblement indécis, jusqu'à ce qu'un symptôme : son de la voix, pli de la bouche, geste du bras, ait ouvert la voie aux réactions appropriées. « Ma fille, » écrit M. Baldwin, observe spécialement le visage des » gens pour en tirer les indications sur ce qu'elle peut » en espérer et pour savoir comment agir avec » eux ». (i) Evidemment, l'attitude de l'enfant n'est pas la même vis-à-vis de ses jouets, ni même des animaux qui lui sont familiers et qui n'ont guère de caprices dans la bonne ou la mauvaise humeur. Nous trouvons donc ici, non plus un simple processus de réactions associées ou substituées , comme dans la genèse de la perception spatiale, mais, en outre, une véritable compétition entre des réactions possibles, une sorte de sélection dans l'avenir. Des réactions différentes sont associées à des connexions nerveuses qui ont un ou plusieurs points de coïncidence; et comme l'énergie ne peut se dépenser à la fois en deux sens différents, comme un muscle ne peut à la fois se contracter et s'étendre, le geste reste indécis, tant qu'une indication précise n'a pas donné le signal et le sens du mouvement.

§ lo. — On comprend que ce travail de sélection variée, auquel la vie sociale astreint l'enfant, soit éminemment favorable à la naissance d'émotions et d'attitudes nouvelles et, par suite, au progrès de l'intelligence. L'enfant a le plus grand intérêt à se mettre sans retard d'accord avec un milieu très mobile dont il peut attendre tant de jouissances ou de mécomptes. Et nous voyons précisément apparaître, entre le sixième et le dixième mois, c'est-à-dire à la

(i) Ibid.,^. lia.

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