‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 5 sur 180 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

L'ouvrage dont j'indiquais ainsi Torigine reparaît aujourd'hui avec des corrections et des additions nombreuses, qui n'en changent ni l'esprit, ni le caractère, mais qui en changent les proportions jusqu'à en faire un livre nouveau. Destiné d'abord à compléter une édition de la Poétique d'Aristote, j'en avais groupé presque tous les éléments autour de ce célèbre opuscule du philosophe grec ; Texamen de la Poétique en formait comme le centre ; le centre n'en a pas été déplacé ; mais le progrès de mes constantes études depuis trentecinq ans m'a suggéré plusieurs développements dont quelques-uns étaient à peine indiqués ou prévus dans mon premier ouvrage ; j'aurais même été séduit à bien d'autres considérations historiques, si je n'avais dû respecter, autant qu'il était possible, le plan original de mes recherches.

Aujourd'hui, comme en 1849, j'ai voulu éviter l'emploi du mot esthétique, mot d'une application récente à la science du beau et à la théorie des beaux-arts. Plus ancien, le mot critique, que les Grecs ont introduit, et que les Romains leur ont emprunté, s'appliqua d'abord au jugement des œuvres de l'esprit ; mais il s'applique sans effort aux principes qui dirigent la raison dans ses jugements. L'employer seul à l'exclusion d'un mot plus moderne, c'était rester fidèle à la tradition de l'antiquité classique. J'ai donc pu laisser à la phi-

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losophie contemporaine Tusage d'un terme qu'elle s'est approprié, qu'elle a peut-être justifié par certaines vues toutes nouvelles, mais qui garde dans notre langue quelque chose d'ambitieux, et même je ne sais quoi d'embarrassant depuis que la physiologie a décoré du nom à'a?iesthéste et d'afiesthésiques certains états et certains procédés fort étrangers à la théorie des beaux-arts. L'invention récente et toute anglaise de Vesthéiicisme, et le nom d'esthètes que se donnent les adeptes de la nouvelle secte d'artistes devenue célèbre en Angleterre, ne sont d'ailleurs pas faits pour nous réconcilier avec les néologismes tirés du mot aïerôy)- (Jtç, qui n'a jamais connu ces sens divers ni chez Platon et Aristote, ni chez leurs disciples ou commentateurs anciens.

En s'élargissant par de nouvelles études, mon premier essai forme un volimie où il était moins opportun de comprendre la Poétique d'Aristote, avec la traduction française et le commentaire qui l'accompagnaient dans le volume publié en 1849. D'ailleurs, cette seconde partie de l'ouvrage avait été réimprimée à part avec de successives améliorations, en 1874 et les années suivantes. Enfin les six Notes qui formaient l'appendice du volume de 1849 étant destinées à prendre place dans un nouveau recueil, queje projette, de mes opuscules, il devenait inutile de les reproduire ici. L'His-

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